CHAPITRE HE
“érémonie dé l'installation de la Commune. — La place de l'Hôtel-de- Ville vue de nuit, — Dernier acte du drame des quatre sergents de ls Rochelle. — FIGARO vit encore. — Les affiches de M. Ernest Picard. — Première séance de la Commune, — Biographie du général Eudes, dit DescHAmps. — No 4 du JOURNAL OFFICIEL DE LA COMMUNE. — Rampon, Theisz et les postes. — Excitation à la guerre civile. — Le PÈRE DUucHÈNE. — Liberté de la presse. — Un déménagement dans lembarras. — A-t-on tout cassé chez moi? — Le discours de la Commune. — Poisson d'avril. — Coup d'œil sur la situation. — Qui a commencé”?
La Commune étant élue, le Comité central procéda à sa proclamation; mais il tint à le faire assez soennellement pour impressionner un peu la masse du publie.
Une grande draperie rouge à crépimes d'or couvre ine partie de lHôtel-de-Ville et masque la statue Henri IV. Le buste de la Liberté, coiffé d’un bonnet phrygien, se dresse sur un füùt de colonne, entouré de drapeaux rouges. Au-dessous de la statue est une éstrade garnie de fauteuils en velours rouge. Au centre il y a un siége plus élevé, destiné au président... Ass. On arrive à cette estrade par quatre escaliers, dont
a 7 deux communiquent avec lintéricur de lHotel-de Ville; les deux autres donnent accès sur la place.
Une batterie de pièces de 7 est rangée sur le quai Ces canons sont destinés à saluer la proclamation de: votes. D'ailleurs, toute l'artillerie a été retirée de place et rangée derrière les grilles de l'Hôtel-de-Villé
Depuis une heure de l'après-midi arrivent les bé laillons fédérés. Leurs délégués marchent en tête, le bras ceint d’un ruban rouge. Ce ne sont que roulements de tambours et sonneries de clairons. Le publie, qui a envahi toutes les rues adjacentes, ne laisse passer les gardes nationaux qu'un à un, ce qui rend les défilés excessivement longs et sème le désordre dans les rangs. Ce n’est qu'à grand’peine que les bataillons se relorment sur la place, tandis que le drapeau et l'état-major se rendent au pied de l'estrade.
À quatre heures, un long roulement se fait entendre, et avec une exactitude fort remarquée le Comité cens tal monte sur l’estrade. K ranchement, cette fête avait un caractère Hnposant. Le canon tonne, les vivats enr combrent l'air de bruits, les fanfares éclatent, le tambour et les clairons battent aux champs, les képis sont au bout des baïonnettes. Évidemment eeux qui sont là sont tous des partisans du Comité, et l’on voit qu'ils sont convaincus. Le citoyen Assi prononce un discours auquel le bruit et l'éloignement ne font que peu d’auditeurs, ct l'on proclame le nom des élus Après chaque arrondissement, les musiques militaires
ue SRE uent la Marseillaise, et la force de lhabitude fait ae beaucoup de gardes nationaux entonnent à pleine )ix l'hymne de Rouget de Lisle. |
Cette proclamation, ainsi coupée par de la musique, ure jusqu’à cinq heures et demie. Puis il y a eu des cours, que fort peu de personnes ont entendus ; ais quelqu'un ‘qui avait réussi À monter sur l’esrade nous disait qu'il avait été frappé par les paroles aineuses et le ton acrimonieux des improvisations u Comité central. Ces hommes-là faisaient pressentir ut ce qu ‘ils feraient par la suite.
Après les discours vint Île défilé, et tout fut dit our ce jour-là. C'était une imitation de la fédération e la grande République. Le soir, les bataillons ui ont repris leurs postes dans la place de l'Hôtele-Ville se livrent à la joie, et la présence de uelques cantinières permet de former un quadrille. i l’on s'amuse en bas de l'Hôtel-de-Ville, on a Pair ai en haut -aussi. On festine, et le Comité central st recu par la Commune; mais assurément ici la aïté est moins franche que sur la place. Il y a les réoccupations du lendemain qui font pencher ces es ; il y a les soucis de la revanche sociale que ces lommes veulent prendre qui excilent leur bile et les endent maussades malgré eux, quoique dans sa éance d'installation la Commune ait déclaré que la ‘arde nationale et le Comité central ont bien mérité lé la patrie et de la République.
2, rie
Comme 1l est vrai que, seules, les montagnes ne* rencontrent pas! |
Vers onze heures et demie du matin, au coin la rue des Deux-Portes-Saint-Jean, on a arrêté le f meux Bignon, qui a joué un rôle dans l'affaire de quatre sergents Bories, Raoulx, Goubain et Pommier qui furent exécutés sous le règne de Louis XVIII pot avoir voulu être libres.
Voici comment eut lieu cette arrestation :
Un petit-fils de Pommier était assis devant le caf de l'Yonne et causait avec un de ses amis. Tout coup il se leva brusquement et alla droit à un hommit qui passait dans la rue de Rivoli: |
— Vous êtes Bignon, le dénonciateur des quatre sergents de La Rochelle, et je vous arrûête !
— De quel droit ?
— Vous me demandez de quel droit, vous qui avez fait assassiner mon grand-père par la RestaurationŸ
Bignon ne répondit pas et voulut fuir. La foule s’amassa devant le café, et Bignon parvint à s’enfuir. Le petit-fils de Pommier se met à sa poursuite en criant :
— Arrêtez-le ! arrètez-le !
Bignon fut arrêté, et la foule apprenant que c'était lui qui avait fait arrêter les quatre sergents de Ba Rochelle lors du procès, voulut le fusiller séance te* nante. Le peüt-fils de Pommier s’interposa. Deux gardes nationaux s’emparèrent de la personne de BE
non ct le conduisirent à la mairie du 42 arrondis- “ment, où le maire le fit mettre en lieu sûr jusqu'à qu’il soit statué sur son sort.
| Bignon est un homme âgé d'environ soixante-dix-
uit ans. Il est de petite taille et semble assez aisé.
Le Figaro reparait, mais pour peu de temps. On ui signifie d’avoir à suspendre sa publication.
| Bercy est dans la consternation. Un ordre du Conité vient d'interdire formellement l’exportation des ‘ins. Toute voiture chargée de vin est arrêtée à la barrière. Le Comité central craignait qu'on allamät Paris, et il prenait ses précautions.
Tandis qu’il empêchait de sortir les denrées servant à l'alimentation de Paris, il empêchait d'entrer les affiches du gouvernement de Versailles.
M. Ernest Picard, ministre de l'intérieur, informait la population, par affiches apposées dans Paris, que la Commune était vaincue sans efforts à Toulouse, Saint-Étienne et au Creusot. Des bataillons entiers furent commandés pour déchirer ces affiches, et des patrouilles furent organisées pour s'emparer des aflicheurs s'ils renouvelaient leurs affichages.
| Première séance de la Commune. — Il ne faut pas oublier que c’est sur une proposition du citoyen Eudes que le conseil municipal de Paris a pris le nom de
Commune.
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Puisque le nom de M. Eudes vient ici, nous allon dire qui est ce jeune homme, et nous ferons de mêm au courant des événements la biographie des membre du conseil communal.
Eudes, François-Désiré, dit Deschamps, est né ; Roncey (Meurthe). Il n’est âgé que de vingt-six ans, et été tour à tour élève en pharmacie, puis sténographe
On se rappelle la tentative du parti blanquiste contre la caserne des sapeurs-pompiers de La Villette (14 août 1870). On ne peut se refuser à dire que, dan: cette circonstance déplorable, la conduite d’Eudes avail eu un certain côté chevalcresque. Voyant que l’effusion du sang était imminente, il s'était avancé en face du groupe des pompiers, et découvrant sa poitrine il avait dit: Si le sang doit couler, que le mien seul soit répandu ! |
Nous étions à l’audience du 29 août 1870 quand Eudes et Bridau comparurent : leur attitude était ferme et sans pose. L’organe de l'accusation voulut absolu ment voir dans les accusés des agents prussiens exagérations maladroites et trop familières aux organes de l’accusation sous tous les régimes. — L'un des avocats, Me Gatineau, releva chaleureusement cette accusation, et Eudes ajouta, avec un accent de sincé= rilé qu'on ne peut méconnaitre, ces mots: Voici mu lêle, prenez-lu; mais ne me déshonorez pas ! Cette réponse n’influa pas sur le jugement du conseil de guerre, qui le condamna à mort.
TT
Eudes est marié ; il a un enfant d'environ trois ans. JL a été gérant de la Libre pensée, journal athéiste, et comme gérant de ce journal, Eudes a été condamné à trois mois de prison.
» Ilest presque imberbe : on ne lui donnerait pas ‘son âge. Sa taille est moyenne, son regard est vif, et sa physionomie ne manque pas d'intelligence.
L’Officiel contenait l'avis suivant :
Les citoyens membres de la Commune de Paris sont
‘convoqués pour aujourd’hui mercredi, 8 germinal, à une heure très-précise, à l’Hôtel-de-Ville, salle du Conseil.
Germinal! Pourquoi pas mars? Quand donc cessera le pastiche de 89?
Le lendemain, nous devions savoir ce qui avait été décidé dans cette séance. Le Journal officiel paraissait avec un nouvel en-tête (1) :
Ne 1.