JOURDE
Quand on passa au vote des personnes devant faire partie du Comité de salut public, voté par 45 contre 23, les abstentions motivées ci-dessous ont été déposées :
Vu que nous ne pouvons nommer personne à une institution considérée par nous comme aussi inutile que fatale, et où nous voyons poindre un comité de capitulation,
Nous nous abstenons.
Tridon, Vermorel, Avrial, V. Clément, Theisz, PiNDY, Eugène Gérardin.
Les soussignés, •
Considérant qu'ils ont voté contre Finstitution dite Comité de salut ptiblic, dans lequel ils n'ont vu que l'oubli des principes de réforme sérieuse et sociale d'où est sortie la révolution communale du 18 mars ;
Le retour dangereux ou inutile, violent ou inoffensif à un passé qui doit nous instruire, sans que nous ayons à le plagier ;
Déclarent qu'ils ne présenteront pas de candidats, et qu'ils regardent, en ce qui les concerne, Tabstention comme la seule attitude digne, logique et politique.
Ch. Longuet, Lefrançais, Arthur Arnould, Andrieu, OsTYN, JouRDE, B. Malon, A. Serrailler, Beslay, Babick, Clémence, Courbet, E. Géraroin, Langevin, Rastoul, .1. Vallès, Varlin.
Note K (p. 238).
Affaire du Moiilin-ISaqiiet.
Vrrsion dv Moniteur (Paris).
La nuit dernière, vers une heure, un détachement de trouves sortant des tranchées de Viliejuif s'est avancé sans bruit jusqu'aux: avant-postes fédérés.
Les troupes avaient le mot d'ordre des factionnaires de la redoute.
De plus, elles étaient précédées d'un petit troupeau de bœufs, conduits par des soldats travestis en paysans.
Croyant k un ravitaillement inespéré, les sentinelles laissèrent passer le détachement qui put, sans ambages, pénétrer dans la redoute.
La garnison de cet ouvrage se composait de trois bataillons, le 20**, le 55e et le 177^.
Quand le stratagème fut découvert, il était trop tard : les troupes régulières étaient maîtresses de la redoute. Ses défenseurs n'avaient point eu le temps de prendre les armes.
La plupart des fédérés furent faits prisonniers sans coup férir.
D'autres, qui tentaient un semblant de résistance, furent tués, blessés ou pris.
Très -peu parvinrent à s'échapper.
Les soldats eurent le temps de s'emparer des drapeaux, de tous les canons de 7, de quatre mitrailleuses et de les emporter.
Les grosses pièces furent en clouées.
A deux heiu^es du matin, Ivry et les Hautes-Bruyères, qui avaient reçu l'éveil, ouvrirent un feu d'enfer, et les troupes régulières abandonnèrent le Moulin-Saquet, emmenant leurs prisonniers et emportant leurs trophées.
Version du Vengeur (Paris).
Une trahison du commandant Gallien, du 55^ bataillon, et du capitaine d'artillerie, au Moulin-Saqnet, a fait tomber cette redoute en possession des roy^kiistes.
Gallien a été afrêté. Son complice a disparu.
A l'heure où nous éerivons, nous nous sommes réemparés de la redoute.
Veh'sion de TEstafette (Paris).
Hier, le commandant de la redoute du Moulin-Saquet est passé à Fennemi, auquel il a livré le mot d'ordre.
Grâce à cette horrible trahison, les royalistes ont pénétré dans la redoute, où ils ont assassiné lâchement, à coups de couteau, une quinzaine de fédérés.
On a compté jusqu à quatorze coups de couteau dans la poitrine d un garde !
Mais leur succès n'a pas été de longue durée, car quelques instants plus tard, un détachement de cinquante fédérés environ reprenait possession de la redoute, en infligeant des pertes sérieuses aux Versaillais.
Vcrsmi du Gaulois (Versailles).
C'est par une marche de nuit que le général Lacretelle s'est porté du Plessis-Piquet aux villages de L'Hay, Thiais et Chevilly. Les insurgés ont pu croire qu'ils n'avaient en face d'eux que la cavalerie du général du Barrai}, qui tient la plaine depuis Choisy-le-Roi^ sur trois lignes de profondeur, et la surprise a dû être complète lorsque nos colonnes — franchissant les anciennes tranchées prussiennes, si célèbres par les combats où mourut ce loyal général Guilhem, et où le 35e et le 42^ ont laissé leurs plus braves soldats — s'élancèrent jusque dans la redoute du Moulin-Saquet.
Le Moulin-Saquet et les Hautes-Bruyères sont deux redoutes d'inégale force, qui sont pour ainsi dire des avancées de nos forts. Le Moulin-Saquet est un grand ouvrage très-ouvert à la gorge, coupé en deux par la route de Vitry, entouré de fossés assez peu profonds, munis d'abris qui, à la rigueur, peuvent résister à l'obus de campagne, mais ne défieraient pas les projectiles de siège. Cette redoute est si-» tuée en avant du fort d'Ivry, entre ce fort et cekii de Bicétre.
Le général Lacretelle a lancé ses troupes silencieusement ; quelques hommes ont escaladé les murs, tandis que d'autres entraient par la gorge. On est tombé sur Tennemi, qui a essayé de faire résistance, et la position étant complètement cernée, il a IMlu se rendre.
Dix pièces de calibre très-ditïérents armaient la redoute ; huit ont été traînées jusqu'à nos positions; deux qu'on ne pouvait démarrer ont été culbutées par dessus les courtines.
Trois cents insurgés, dont quatre l'emmes et deux médecins, ont été faits prisonniers.
Note L (]). 247).
l*rocè.^-werbal de la séance de la Commune du 5 mai 18*91.
Présidence du citoyen Johannard. — Assesseur : le citoyen Jacques Durand.
Le citoyen Raoul Rigault. — Yous vous rappelez qu'il a été convenu que quand il aurait été procédé à l'arrestation d'un collègue, on ferait un rapport à la Commune; je le fais aujourd'hui, non pas dans les vingt-quatre heures, mais dans les deux heures.
Aujourd'hui nous avons appelé devant vous le citoyen Blanchet. Depuis longtemps nous étions prévenus que ce nom n'était pas le sien; que sous un autre nom il avait exercé des fonctions et subi une condamnation qui ne lui permettaient pas de rester parmi nous.
Quoiqu'il ait toujours voté avec la majorité et le Comité de sûreté générale, à cause de cela surtout, je n'ai pas gardé de ménagements. (Approbation.) C'est le citoyen Ferré qui a fait Fcnquète. Le citoyen Blanchet s'est présenté devant nous; je ne crois pouvoir faire mieux que de vous lire le procès-verbal que nous avons dressé de cette entrevue :
« L'an mil huit cent soixante et onze, le cinq mai,
(( Devant nous, délégué à la sûreté générale, et membre dudit Comité, est comparu le membre de la Commune connu sous le nom de Blanchet,
(( Lequel, inter])ellé })ar le citoyen Ferré, a déclaré qu'il ne s'appelait pas Blanchet, mais bien Pourille (Stanislas).
« Sur seconde interpellation, Pourille déclare qu'il a bien été secrétaire de commissaire de police à Lyon; qu'il est entré, à Brest, dans un couvent de capucins en qualité de novice vers 1860 ; qu'il y est resté huit ou neuf mois.
« Je partis, ajoute-t-il, en Savoie, où je rentrai dans un second couvent de capucins, à Laroche. Ceci se passait en 1862.
(( Revenu à Lyon, je donnai des leçons en ville. On me proposa d'être traducteur-interprète au palais de justice; j'acceptai. On me dit après qu'une place de secrétaire dans un commissariat était vacante; j'acceptai également : je suis entré dans ce commissariat vers 18G5, et j'y suis resté environ deux ans.
« xVu bout de ce temps, quand je demandai de l'avancement, quand je demandai à être commissaire spécial aux chemins de fer, ma demande étant restée sans réponse, j'offris ma démission, qui fut acceptée. C'est après ces événements que je vins à Paris.
« J'ai été condamné à six jours de prison pour banqueroute à Lyon. J'ai changé de nom parce qu'il y avait une loi disant qu'on ne pouvait signer son nom dans un journal lorsqu'on a été mis en faillite. »
« Nous, délégués à la sûreté générale, et membre dudit Comité, envoyons à Mazas le sieur Pourille.
« Laurent, Ferré, A. Vermorel, Raoul RiGAULT, A. Dupont, Trinquet. »
Le citoyen Rigault. — Voici les faits. Je n'insisterai pas beaucoup sur les détails, à moins que l'assemblée ne le demande. (Oui! oui!) Alors, puisque vous le voulez, j'insiste. H y a quelque temps, deux citoyens, qui étaient près de la porte d'entrée, voyant sortir Blanchet, me dirent : « Connaissez-vous bien ce citoyen? Nous sommes de Lyon, et nous croyons qu'il a été secrétaire du commissaire de police de Lyon. » Nous nous livrâmes à une investigation, et nous avons reconnu qu'il y avait concordance parfaite comme âge, comme signalement, etc., entre le nommé Blanchet et le nommé Pourille.
L'identité établie par le témoignage de ces deux citoyens que je ne connaissais pas, mais dont nous avons les noms, nous avons continué l'enquête. D'autres rapports sont venus nous démontrer que ce i:51anchet avait été chez les capucins, qu'il avait embrassé la vie monastique avec tout ce qu elle comporte.
Hier, nous nous sommes fait délivrer un extrait du casier judiciaire, qui relatait que le nommé Blanchet avait été condamné à six jours de prison pour banqueroute frauduleuse, en 1868, par le tribunal de Lyon. Nous l'avons appelé devant nous; nous étions tous présents, et nous avons été d'accord qu'il fallait d'abord lui demandei* sa démission, que je dépose sur le bureau du président. Puis persuadé que sous ce nom de Blanchet il pouvait avoir commis des
faux, j'ai cru qu'il fallait renvoyer à Mazas ; c'est donc sous cette inculpation que je l'ai fait arrêter.
Il a i'econnu tous ces faits ; je ne lui ai pas demandé de signer, mais nous étions présents tous les six, et c'est devant nous qu'il a avoué ce que je viens de vous lire. Par conséquent, je vous demanderai de vouloir bien confirmer son arrestation et d'acrepter sa démission.
Le président lit la démission du citoyen Blanchet : « Je soussigné, député à la Commune sous le nom de Blanchet, déclare donner ma démissioTi de membre de la Commune.
« PouRiLLE, dit Blanchet. »
Note M {p, 264).
La déiuissioii de Ros^iel.
Paris, le 9 mai 1871.
Citoyens membres de la Commune,
Chargé par vous à titre provisoire de la délégation de la guerre, je me sens incapable de porter plus longtemps la responsabilité d'un commandement où tout le monde délibère et où personne n'obéit.
Lorsqu'il a fallu organiser l'artillerie, le comité central d'artillerie a délibéré et n'a rien prescrit. Après deux mois de révolution, tout le service de vos canons repose sur l'énergie de quelques volontaires dont le nombre est insuffisant.
A mon arrivée au ministère, lorsque j'ai voulu favoriser la concentration des armes, la réquisition des chevaux, la poursuite desréfx^actaires, j'ai demandé à la Commune de développer les municipalités d'arrondissement.
La Commune a délibéré et n'a rien résolu.
Plus tard, le comité central de la fédération est venu olfrir presque impérieusement son concours à l'administration de la guerre. Consulté par le Comité de salut public, j'ai accepté ce concours de la m-ànière la plus nette, et je me suis dessaisi, en faveur des membres de ce comité, de tous les renseignements que j'avais sur l'organisation. Depuis ce temps-là, le Comité central délibère et n'a pas en-
core su agir. Pendant ce délai, l'ennemi enveloppait le fort d Is.sy d'attaques aventureuses et imprudentes dont je le punirais si j'avais la moindre force militaire disponible.
La garnison, mal commandée, prenait peur, et les officiers délibéraient, chassaient du fort le capitaine Dumont, homme énergique qui arrivait pour les commander, et tout en délibérant évacuaient leur fort, après avoir sottement parlé de le faire sauter, chose plus impossible pour eux que de le défendre.
Ce n'est pas assez. Hier, pendant que chacun devait être au travail ou au feu, les chefs de légion délibéraient pour substituer un nouveau système d'organisation à celui que j'avais adopté, afin de suppléei* à rimpré voyance de leur autorité, toujours mobile et mal obéie. Il résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes, et une déclaration de principes au moment où il fallait des actes.
Mon indignation les ramena à d'autres pensées^ et ils ne me promirent pour aujourd'hui, comme le dernier terme de leurs efforts, qu'une force organisée de 12.000 hommes avec lesquels je m'engage à marcher à l'ennemi. Ces hommes devaient être réunis à onze heures et demie; il est une heure, et ils ne sont pas prêts; au lieu d'être 12,000, ils sont environ 7,000. Ce n'est pas du tout la même chose.
Ainsi, la nullité du comité d'artillerie empêchait l'organisation de l'artillerie ; les incertitudes du Comité central de la fédération arrêtent l'administration ; les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysent la mobilisation des troupes.
Je ne suis pas homme à reculer devant la répression, et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d'exécution les attendait dans la cour. Mais je ne veux pas prendre seul l'initiative d'une mesure énergique, endosser seul l'odieux des exécutions qu'il faudrait faire pour tirer de ce chaos l'organisation-, l'obéissance et la victoire. Encore, si j'étais protégé par la publicité de mes actes et de mon impuissance, je pourrais conserver mon mandat. Mais la Commune n'a pas eu le courage d'affronter la publicité. Deux fois déjà je vous ai donné des éclaircissements nécessaires, et deux fois, malgré moi, vous avez voulu avoir le comité secret.
Mon prédécesseur a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde.
Éclairé par son exemple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situation, j'ai deux lignes à choi sir : briser robstacle qui entrave mon action ou me retirer.
Je lie briserai par loljslacle, car rol»stacle, c'est vous et votre faiblesse : je ne veux pas attenter à la souveraineté publique.
Je nie retire, et j'ai Tbonneur de vous demander une cellule à Mazas. Signé : J\0S9iEL,
Note N(jp. 281).
Lettre de Ch. Beslay motivant sa cl émission.
Depuis cinquante ans que je m'occupe de politique, j'ai toujours aimé, en toutes circonstances, les opinions franches et les situations nettes, et je vous demande de vouloir m'accorder Thospitalité de vos colonnes, pour expliquer et justifier la démission que je viens d'envoyer à la Commune, comme membre de la municipalité nouvelle et comme délégué de la Banque de France.
Voici les faits :
Depuis ma nomination comme délégué à la Banque, je me suis appliqué à poursuivre deux résultats, pour moi également importants, et que je résume ainsi :
Défendre absolument l'institution de la Commune et maintenir intact le crédit de la Banque de France, aussi nécessaire à la Commune quà la Bépublique tout entière.
Or, l'on est venu m'apprendre aujourd'hui que la Banque de France était cernée par des gardes nationaux en armes. Ce n'est qu'avec peine que j'ai pu me rendre à mon poste pour congédier cette force armée, et j'ai dû reprendre le lit à mon retour.
Mais j'ai regardé comme un devoir d'envoyer immédiatement à riIôtel-de-Ville ma démission comme membre de la Commune et comme délégué à la Banque de France, parce que je considère cette occupation momentanée de la Banque comme une désapprobation de ma conduite et de mes actes, et comme une mesure essentiellement préjudiciable à la Commune et à la République.
Permettez-moi d'ajouter deux mots, en terminant, sur le décret qui ordonne la saisie et la démolition immédiate de la maison de M. Thiers.
N'ayant pu, pour cause de maladie, me rendre à riIôtel-de-Yille, je n'ai pas voté ce décret; mais après avoir attaqué personnellement M, Tbjers, et tout prêt à Fntlaquer encore, je rlois dire queje n'aurais
pas approuvé le décret rédigé dans ces termes, et voici sur ce point mon opinion :
J'estime qu il est temps d'introduire dans le monde politique le principe de la respoiisabilité^ qui est la hase de la morale, et que nous trouvons comme sanction dans notre existence privée. Le mandat politique ne doit plus être le but des visées vaniteuses et intéressées des ambitieux, mais l'accomplissement d'un devoir rigoureux, sur lequel doit peser une responsabilité sérieuse. Je ne comprends pas que la guerre dont le pays est victime ne retombe pas sur ceux qui l'ont déchaînée sur nous.
Donc, à ce point de vue, je puis approuver la saisie, le séquestre et la confiscation, après jugement., des biens des hommes criminels qui nous ont précipités au fond de l'abîme oii nous sommes, et les deux décrets de la Commune, en date des 3 et 13 avril, relatifs à la saisie des papiers et des biens des hommes du gouvernement du 4 septembre, et de MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Simon et Pothuau, ont pu recevoir mon approl ation.
Mais entre la saisie et l'expropriation après jugement et la démolition immédiate d'un immeuble, il y apour moi un abime. Ne démolissons pas les maisons. C'est un capital que nous amortissons^ et nous en avons besoin pour nous li])érer des lourdes charges qui pèsent sur nous.
Tel est le motif qui m'aurait fait voter contre la démolition de l'hôtel de M. Thiers, malgré la pluie d'obus qu'il fait tomber sur nous.
Salut et fraternité. Ch. Beslày.
Note O (p. 300).
Déclaration de la minorité de la Commune.
Par un vote spécial et précis, la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d'une dictature à laquelle elle a donné le nom de Comité de salut public.
La majorité de* la Commune s'est déclarée irresponsable par son vote, et a abandonné à ce Comité toutes les responsabilités de notre situation.
La minorité à laquelle nous appartenons affirme, au contraire,
cette idée, que la Commime doit au mouvement révolutionnaire politique et social d'accepter toutes les responsabilités et de n'en décliner aucune, quelque dignes que soient les mains à qui on voudrait les abandonner.
Quant à nous, nous voulons, comme la majorité, l'accomplissement de la rénovation politique et sociale ; mais, contrairement à sa pensécj nous revendiquons, au nom des suffrages que nous représentons, le droit de répondre seuls de nos actes devant nos électeurs, sans nous abriter derrière une suprême dictature que notre mandat ne nous permet pas de reconnaître.
Nous ne nous présenterons donc plus à l'assemblée que le jour où elle se constituerait en cour de justice pour juger un de ses membres.
Dévoués à notre grande cause communale, pour laquelle tant de citoyens meurent tous les jours, nous nous retirons dans nos arrondissements, trop négligés peut-être.
Convaincus, d'ailleurs, que la question de la guerre prime en ce moment toutes les autres, le temps que nos fonctions municipales nous laisseront, nous irons le passer au milieu de nos frères de la garde nationale , et nous prendrons notre part de cette lutte décisive, soutenue au nom des droits du peuple.
Là encore, nous servirons utilement nos convictions, et nous éviterons de créer dans la Commune des déchirements que nous réprouvons tous, car nous sommes persuadés que, majorité ou minorité, malgré nos divergences politiques, nous poursuivons tons le même but :
La liberté politique;
L'émancipation des travailleurs. •
Vive la République sociale !
Vive la Commune!
Sigïié : Ch. Beslây, Jourdp:, Theisz, Lefrançais , Eugène Gérardin , Vermorel , Clémence , Andrieu , Serraillier, Ch. Longuet, Arthur Arnoult, Victor Clément, Avrial, Ostyn, Franckel , PiNDY, Arnold, Jules Vallès , Tridon , Varlin , Gustave Courbet.
Note P {p. 334).
Tribunaux de la Commune.
JURY d'accusation.
Interrogatoire du 9?omwé Taussin, à V audience du W mai iSli.
Taussin déclare qu'il a d'abord servi dans l'armée, puis il est entré dans le corps des sergents de ville au mois d'août 1867.
Le substitut du procureur de la Commune. — Dès cette époque, vous deviez cependant être bien fixé sur le rôle qu'on réservait aux sergents de ville; pourquoi donc êtes-vous entré dans ce corps?
Taussin. — Pour vivre ; après le 4 septembre, j'ai fait le service des remparts, et j'étais très-bien vu de mes camarades. J'ai fait alors mon service en bon citoyen.
Le substitut du procureur de la Commune. — Vous oubliez de dire qu'après avoir été sergent de ville, vous êtes entré parmi les gardiens de la paix. Vous connaissiez le rôle des sergents de ville dans le passé et celui auquel les gardiens de la paix étaient réservés dans l'avenir. Vous saviez où vous alliez.
Le président, — Tous suivent la même impulsion : un misérable intérêt d'argent.
Taussin. — Je me suis toujours conduit en bon citoyen. Le substitut du procureur de la Commune. — Même quand vous assommiez le peuple de Paris! Le 18 mars, vous n'ignoriez pas qu'il s'agissait d'aller reprendre les canons restés dans la possession du peuple; qu'il faudrait tirer sur le peuple, et entre une punition pour refus d'obéissance en pareille circonstance et la prévision d avoir à tirer sur le peuple, vous n avez pas hésité?
Taussin. — Si j'avais été sans armes, j'aurais pu me retirer; mais j'avais mon fusil, et il ne m'était pas possible d'abandonner mon rang.
Le substitut du procureur de la Commune. — Quand avez-vous été arrêté ?
Taussin. — Le 18 mars, à Montmartre, par des gardes nationaux, sans qu'aucune lutte ait été enfïagée.
Un membre du jury. — Vous dites qu'aucun fuïiil n'était chargé, et cependant il y a eu des victimes parmi nous.
Le président, — Vous saviez quelle division d'opinion il y avait entre le peuple de Paris et le gouvernement; vous connaissiez les sentiments du peuple, ne fût-ce que par les journées du 31 octobre et du 22 janvier. D'autres ont donné leur démission ; pourquoi n'avez-vous pas fait de même?
Note Q (p. 350).
Programme des spectacles de Paris pour le lundi ZZ mai, 5^^ jour de combat.
(Spectacle remis pour cause de guerre civile.)
Théâtre de l'Opéra. — Sept heures et demie. — Lundi 22, représentation extraordinaire au bénéfice des victimes de la guerre (veuves et orphelins) et du personnel de l'Opéra, avec le concours (les artistes de FOpéra, de FOpéra-Gomique, du théâtre des Italiens et du Théâtre-Lyrique. Orchestre complet conduit par M. Georges llainl, chef d'orchestre de l'Opéra.
Ouverture du Frexjschiitz ; Hymne aux Immortels, de R. Pugno; le Trouvère (4^ acte), MM. Yillaret, Melchissédec, M^^ Lacaze; air du Bal masqué, par Caillot (Théâtre-Lyrique).
Patria, de Yictor Hugo, chanté par M"'^ Ugalde ; air des Bijoux^ (le Faust, chanté par W^- Arnault; chant patriotique? Quatre-vingtneuf, chanté par Marère ; final du 4^ acte de Nahel, de Litolf, chœur de solo, chanté par W^^ Morio, de la Scala de Milan.
La L\ivorite (4^ acte), MM. Michot (Fernand), Melchissédec (Balthazar); la Favorite (M^^e Ugalde), exceptionnellement; Alliance des peuples, chœur de R. Pugno; trio de Guillaume Tell, chdiWXé par trois lauréats du Conservatoire (1870); Vive la liberté! chœur de Gossec.
Théâtre du Gymnase. — Aujourd'hui lundi, à sept heures et demie, Comme elles sont toutes, la Veuve au Camélia, les Femmes IrrrihJps. le Marrha})d dn Prorframmrs. les Grandes Drmoisplles,
Théâtre de la Gaîté. — Dernières représentations de la Grâce, (le Bleu, qui va bientôt faire place à un spectacle entièrement nouveau. — On commence à sept heures et demie par le Prince Toto, vaudeville en un acte.
Théâtre du Château. — A 7 heures et demie, pour les représentations données par M. Régnier et M^'^^ Dica-Petit, VAnge de Minuit, drame fantastique en 6 actes.
Théâtre des Délassements-Comiques. — Tous les soirs, à huit heures un quart, les Colites de Fées , grande féerie en douze tableaux, par Mi"«s Eudoxie Laurent, Rouvion, Clara Lemonnier, MM. Heuzey, Dumoulin et vingt-cinq jolies femmes. Trucs, décors, costumes entièrement nouveaux.
Note R (p, 375).
Rapport de la Ligue cVuiiioii républicaine sur les événements de Paris.
Dimanche 22 mai, la Ligue d'union républicaine des droits de Paris recevait les délégués du congrès de Lyon et se séparait d'eux, à minuit, en maintenant son programme, la défense pacifique et légale de l'autonomie communale de Paris.
Pendant ce temps, l'armée française pénétrait dans Paris.
Le lendemain matin, aussitôt ce fait connu, des membres de la Ligue et deux délégués de TUnion des cent neuf chambres syndicales et corporations ouvrières se réunirent au siège social, rue Déranger, 3.
Ils avaient pour but d'essayer encore, puisque leurs efforts de pacification avaient échoué, de se placer entre les deux camps.
Les délégués du congrès de Lyon ayant voulu se rendre compte par eux-mêmes des intentions de la Commune, vinrent lui faire part de l'entrevue qu'ils avaient eue avec le Comité de salut public.
Le Comité de salut public leur avait remis une déclaration. Cette déclaration, malheureusement, ressemblait aux déclarations antérieures de la Commune : elle manquait de toute précision.
Aussi, les délégués du congrès de Lyon se décidèrent-ils à retourner immédiatement en province.
Des membres de la Ligue les accompagnèrent jusqu'en dehors de l'enceinte, et la Ligue résolut de se tenir à son poste pour remplir le but qu'elle s'était assigné le jour de sa fondation.
Si elle n'a pu arrêter la lutte engagée dans les luies de Paris, son devoir est d'expliquer les causes qui l'en ont empêchée.
Le 24, alors que la Commune dpvait, en face de l'évidence de la défaite, comprendre l'inutilité de la prolongation de la lutte, la Ligue essaya de se mettre en rapport avec elle. Elle ne put y parvenir. Pas un membre de la Commune n'était resté à l'Ilôtel-de-Ville. Le Comité central s'était emparé du pouvoir. Il déclara qu'il apporterait des conditions d'armistice à la Ligue d'union républicaine.
Trois de ses membres vinrent lui apporter la déclaration parue au Journal officiel de la Commune du '25. Dans cette déclaration, le Comité central, n'acceptant pas sa défaite, maintenait toutes ses prétentions et intervertissait les rôles.
La Ligue d'union républicaine ne pouvait se charger de transmettre au gouvernement une pareille décla]\ation. Elle résolut d'attendre, espérant que le lendemain le Comité central, se rendant à, l'évidence, consentirait à mettre fin à la lutte.
Le mercredi matin , elle apprenait ces dévastations qui épouvantent l'imagination.
Des membres du Comité central vinrent en leur nom individuel trouver la Ligue d'union républicaine, et, convaincus de l'aberration de la lutte, ils firent appel à son influence morale pour la terminer, et se mirent à sa disposition pour prévenir de nouveaux désastres.
Quelque faible que fût le pouvoir de quelques hommes sans armes réunis sur le terrain même de ceux dont ils combattaient les actes, la Ligue put sauver momentanément de l'incendie le Grenier d'abondance, et définitivement Notre-Dame, les Archives, llmprimerie nationale, le Conservatoire des arts et métiers, la mairie du3e arrondissement et le Temple.
11 ne s'en est fallu que de quelques minutes qu'elle n'arrivât à arrêter la main incendiaire qui a détruit l'IIôtel-de-Ville.
Malheureusement, la fureur avait seule pouvoir, et ces membres du Comité central furent obligés eux-mêmes de nous avouer leur impuissance.
La Ligue demeura à son poste, non sans péril, répondant à la pressante invitation de l'Alliance républicaine des départements,
qu ayant en exécration les forfaits dont le Comité central et la Commune s'étaient rendus coupables, voyant que ceux qui pourraient les arrêter étaient sans inlluence, elle ne pouvait s'associer à aucune action qui eût quelques rapports avec les auteurs de la ruine de Paris.
La Ligue attendit, espérant que peut-être quelque lueur de raison dissiperait cette orgie de destruction.
Elle attendit en vain, impuissante à arrêter les malheurs auxquels nous assistons.
Voilà les faits. Ils sont attestés par les procês-verbaux de la Ligue, tenus heure par heure pendant ces tristes jours.
Dès que les circonstances le permettront, la Ligue d'union républicaine les publiera; ils donneront l'explication de beaucoup de faits et feront incomber à chacun de leurs auteurs sa part de responsabilité.
(Suivent les sirfrialures.J
26 mai 1871. '