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167 PARIS SOUS L'EMPIRE [7 août 1804]
Journaux
Journal des Débats du 20 thermidor : « Paris, 19 thermidor. ...Les eaux de la Seine viennent de prendre un accroissement si considérable et si prompt que plusieurs trains de bois ont été broyés. Hier matin, entre le pont de la Concorde et Chailiot, la rivière était toute couverte de bûches flottantes et de batelets à leur poursuite... » — « Politique. On tomberait dans une grande erreur si l'on jugeait de la situation politique d'un pays tel que la France par les variations de prix qu'éprouve le cours des effets publics. On sait que ces variations sont le produit des petites ruses que les joueurs à la hausse et à la baisse employent pour se surprendre réciproquement, et des pièges qu'ils tendent en conséquence à la crédulité publique. La source de ces stratagèmes est intarissable ; et comme les hommes sont facilement entraînés par les passions de la crainte et de l'espérance, il arrive que des esprits bien faits, des gens qui raisonnent sagement sur tout autre objet, se laissent aveugler par la cupidité, au point d'ajouter foi aux bruits les plus absurdes. Il est heureux pour le peuple, dont le bonheur est essentiellement attaché à la stabilité du gouvernement, que l'influence de ces manœuvres sourdes, de ces combinaisons secrètes, soit circonscrite dans des bornes étroites. On ne s'alarme plus de ces nouvelles débitées dans un coin de Paris pour être transmises à la Bourse et y faire la hausse ou la baisse. A peine y fait-on attention. La nouvelle du moment fait place à une autre, qui se trouve assez ordinairement dirigée en sens contraire ; et les personnes sages ne voient dans ce petit manège qu'un échange de bruits ridicules, et, pour trancher le mot, un commerce de mensonges. Les agents de l'Angleterre s'emparent de ces faux rapports, et les font passer à Londres. Ils amusent un moment les oisifs de cette capitale et fournissent quelques articles de remplissage aux journalistes anglais, qui ne cessent de faire rougir les honnêtes gens de leur propre pays par les mensonges impudents et les calomnies atroces dont ils remplissent les colonnes de leurs journaux. Mais il est une vérité bien reconnue, c'est que la tranquillité publi([ue ne dépend nullement de faux bruits qu'on fait circuler, soit à Paris, soil dans les départements. Le bonheur de la France repose sur un fondement trop solide, pour être ébranlé par les vains rapports de la sottise et de la malignité. » — Gazette de France du 20 thermidor : « Paris, 19 thermidor. .. .M. et Mm* Talma se disposent à partir sous quelques jours pour Bordeaux, où ils comptent rester environ cinq semaines. Les habitants de cette ville se trouveront ainsi amplement dédommagés du départ de M. Lafond ; car il n'y a, en ce genre, qu'un départ dont on ne puisse être dédommagé ; et bientôt les Bordelais en sauront là-dessus autant que les Parisiens. » — a Monvel, acteur des Français, vient d'éprouver un affaiblissement de mémoire extraordinaire. On croit qu'il ne pourra jamais reparaître sur la scène. » — Publiciste du 20 thermidor : «Paris, le 19 thermidor. Les collèges électoraux de département et d'arrondissement du département du Pô ont été convoqués par décret impérial du 28 messidor. Le collège du département sera ouvert le 8 fructidor, et sera présidé par S. A. Lie prince Louis. Les opérations de ce collège ont pour objet la nomination de candidats pour le Sénat conservateur, de candidats et suppléants de candidats pour le corps législatif, et de candidats pour le conseil général du département »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 21 thermidor.
Bourmoiit . — Le 10 messidor, M'"« de Bourmonl partit en poste de Besancon avec ses enfants et une femme de chambre, annonçant <|irelle se rendait à Paris, pour solliciter la liherlé de son mari. Le préfet en rendit compte le même jour {Bulletin du 15) '. Par une seconde lettre du 20 (analysée dans le Bulletin du 24) ^, le préfet annonça que M'"* Bourmont avait fait une fausse couche en route, que son mari demandait la permission d'aller lui donner ses soins, promettant de se réintégrer à la citadelle, dès qu'elle serait rétablie. Le Préfet observait qu'il le croyait incapable de manquer à son engagement. Le commandant craignait que l'inquiétude qu'il éprouvait ne nuisit à sa santé. L'indisposition de M""" de Bourmont n'a pas été longue; elle est à Paris. Le préfet de police est chargé de faire surveiller, avec tout le soin possible, la maison qu'elle habite et toutes ses démarches, étant vraisemblable que son mari lui donnera bientôt avis de son évasion et de sa retraite actuelle. Son départ de Besançon avec leurs enfants, après avoir passé avec lui tout le temps de sa détention, fait présumer qu'elle a eu connaissance du projet d'évasion, et qu'elle a pu en préparer les moyens d'exécution
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Opinion publique. — Tous les esprits sont tendus vers la guerre, et tous les regards sont fixés sur les cabinets. Les relations du Nord et de l'Angleterre sont recherchées avec un empressement particulier. Pas un mot, pas une démarche, pas une opinion d'homme d'État qui ne soit avidement saisie et commentée de même. On ne s'occupe que d'économie politique dans les cercles les plus distingués: hommes et femmes, tout s'en mêle. On suppose à S. M. l'Empereur le projet de diviser l'Europe en quatre grandes puissances; celte entreprise, dit-on, est laseide qui puisse aliuienler sa prodigieuse activité.
1. .Nous n'avons pas reproduit celte partie du Bulletin du 15 messidor an \li. parce qu'il n'y était question de rien qui se passât à Paris.