‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 87 sur 221 · JOURN.AUX · texte numérisé non relu

JOURN.AUX

Gazette de France du 12 brumaire : « Paris, 11 brumaire. ...Les travaux relatifs aux fêtes du couronnement se poursuivent avec tant d'activité qu'ils ne sont pas même interrompus par les dimanches. Le cloître Notre-Uame, couvert, il y a quelques jours, de décombres de l'ancienne église du chapitre et d'autres vieux édifices qui obstruaient le passage, est maintenant aplani, pavé, sablé, et présente une avenue spacieuse jusqu'à l'île Saint-Louis. Le portai! de l'Hôlel-Dieu paraît au coté gauche du Parvis dégagé des bois qui ont Sî'rvi à sa construction. On pose acluellement les vitrages et les grilles. Plusieurs salles, qui, des deux côtés, masquaient par une façade très saillante celle du nouveau portail, sont démolies jusqu'à la rue Notre-Dame au niveau de la maison des l']nfanls-Trouvés, ce qui donne à la place une étendue carrée et régulière. Devant la principale porte de la métropole s'élève une grande charpente, soutenue par quatre piliers scellés dans des massifs de pierre. On dit que cet édifice doit offrir aux yeux du pape, lors de son entrée à Notre- Dame, une représentation de la façade de Saint-Pierre de Rome. On a établi

[3 NovEiinBE 18041 PARIS SOIS I/EMPIRE 362

dans l'inlcirieur do l'ôglise, des deux côtés de la nef, autour des piliers, un double rang de tribunt^s auquelles on monte par des escaliers de distance en distance »

GLXYII

12 BHLMAIRE AN XIII {'.i NOVEMBUK 1804..

ILM'POHT PK la I'RKFFXTi;i«E DK POLICE DU 13 BRUMAIRE.

[= Étrangers. — Les personnes attachées à la maison de l'ambassadeur ottoman disent, que cet ambassadeur compte partir pour Constantinople aussitôt la cérémonie du couronnement de S. M. l'Empereur; elles ajoutent que personne de l'ambassade ne se plaît à Paris, parce qu'on n'a pas pour eux assez d'égards ni de prévenances. L'arnbassadeur ottoman va régulièrement deux fois par semaine à Bièvre, chez M. Doshon.

Réunions. — Les réunions n'ont rien offert de remarquable hier aux observateurs. On continue de s'occuper des préparatifs du sacre, dont on dit que l'époque est reculée au 25 frimaire.

Spectacles. — On a donné hier, pour la première fois, au Théâtre Louvois, une comédie en un acte et en vers, intitulée : L'Amant soupçonneux. Cette pièce, qui repose sur un fonds très commun à la scène, n'offre rien de remarquable. Le succès en a été faible. Cependant les auteurs ont été demandés : on a nommé MM. Chazet et Lafortelle. Le

calme a duré pendant toute la représentation

Dubois.

(Arch. nal., F^ 3833.)

.lOURNAUX.

Gazette de France du 13 brumaire : « Paris, 12 brumaire. ...S. A. I. la princesse Louise est presque entièrement rétablie. Le jeune prince continue à jouir d'une bonne santé. » — « S. E. M. de Champagny, ministre de l'intérieur, est arrivé h Paris depuis deux jours. » — « M. Camus, ex-membre de l'Assemblée constituante et de la Convention, et archiviste du gouvernement, est mort hier matin d'une attaque d'apoplexie. Il s'était cassé la jambe, il y a environ deux mois, et n'était pas encore guéri de cet accident. . . » — Bulletin potitiqiw et ffénéral de rEurope du 13 brumaire : « Paris, le 12 brumaire. ...M. Spontini, jeune compositeur italien, semble destiné à ne faire, à Paris, de la musique que pour les Petites Maisons. Non découragé par la chute de la Petite Maison, de M. Dieulafoi, il achève en ce moment, la

363 PARIS SOUS L'EMPIRE [4 novembre 1804]

Petite Maison de Socrate. Puisse cette dernière être assez grande pour contenir toute la gloire de M. Spontini, qui, à vingt-six ans, est déjà connu en Italie par dix-huit succès! »

GLXVIII

13 BRUMAIRE AN XIII (4 NOVEMBRE 1804). Rapport de la préfecture de police du 14 brumaire.

Réunions. — L'ordre et la tranquillité ont continué de régner hier dans les réunions publiques, qui ont été très fréquentées. Les conversations ont été vagues et sans intérêt. Il y a eu foule dans presque tous les spectacles. La dame deSaint-Pol, demeurant rue de Bretagne, très liée avec M. de Verdun, ancien fermier général, dit que celui-ci a refusé la place d'administrateur dans les droits réunis, qu'il ne croit pas que cette administration puisse tenir, et qu'il faudra en revenir nécessairement au plan qu'il a proposé, et qu'il dirigera l'opération en chef.

Jou7maux. — La Gazette de France extrait du Courrier milanais un article qui paraît devoir exciter une attention particulière. Le journaliste italien fait des réflexions assez étendues sur ce qu'on a inséré dans une autre gazette que le motif de l'imposition établie en dernier lieu à Naples était le séjour de l'armée française dans les Etats du roi des Ueux-Siciles. Il repousse fortement une pareille conjecture ; il observe au contraire que l'armée française, par sa consommation dans le pays, y procurait un avantage de douze millions environ ; et il ajoute que la supposition d'un pareil motif à l'impôt en question vient de la mauvaise opinion que l'on a généralement en Italie de l'incapacité des ministres de la cour de Naples. Il pense qu'on aurait pu trouver un motif plus plausible à l'impôt, dans les dépenses folles., les goûts extravagants, la trivialité des plaisirs et la puérilité des intrigues, qui distraient, absorbent, énervent la cour et mettent en évidence la nullité constante et l'incertitude de sa politique . Acton est également peint dans cet article sous de fortes couleurs. Les rédacteurs de la Gazette de France, dans une note dont ils font suivre cet article, observent qu'il peut paraître vigoureux, mais qu'il le paraîtrait bien davantage, s'ils n'avaient pris soin, en le traduisant, d'en adoucir les expressions.

Culte. — La fête patronale de Saint-Eustache a attiré dans l'église de ce nom une foule considérable avant hier soir, et hier toute la

'5 Nf.vDMiiuE 1804] l'AIilS SOIS I.I'MIMI'.K 3fi4

journée. M. Bossu, curé de cette paroisse, a l'ail le piùne ; il s'est beaucoup plaint de la liérleur des fidèles sous le rap|iortdc> aumônes et sous celui du peu d'assiduité au service divin. . .

Bourse. — Il s'est fuit peu dafluires dei)uis la dernière bourse; les rentes, qui étaient t^ès oflértes, samedi, ont été beaucoup plus fermes aujourd'Imi, et le cours s'est fermé dans des conditions assez favorables. Le papier sur Paris est, dit-on, très offert. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 francs ; 58 fr. 10 ; 58 francs. Actions de la Banque de France, 1.122 fr. 50; 1,120 francs.

Dubois.

(Arch. nal., F^ 3833.)

14 BRUMAIRE AN Xlll (5 NOVEMBRE 1804).

Rapport de la préfecture de police du 15 brumaire.

Ri'un'ions. — Les réunions |)ubliques continuent de n'offiir aucune espèce d'intérêt. Les travaux seudjlent chaquejour doubler d'aclivilè, ( t les ouvriers sont parfaitement tranquilles.

Journaux. — Les feuilles politiques de ce jour ne donnent lieu à aucune remarque. Elles sont presque toutes remplies d'articles officiels publiés liier par le Moniteur.

Spectacles. — On a donné hier, au Théâtre-Français, la première représentation de VAvis aux maris, comédie en trois actes et en vers. Le fond de cet ouvrage a paru le même que celui des pièces qui viennent d'être représentées sous le même titre aux théâtres Louvois et du Vaudeville; mais il a traité ici avec plus de détails et plus de vrai comique. Le public a reconnu quelque mérite dans cette nouvelle comédie et a même généralement demandé l'auteur. MM. Chazet et Sewrin ont reçu de nombreux applaudissements. Rien dans l'ouvrage ne donne lieu à la moindre allusion politique. La tranquillité a été parfaite pendant tout le spectacle. . .

Bourse. — La Bourse a été consacrée à peu près exclusivement aux négociations de rentes. Elles ont été exlraordinairement nombreuses, et le cours a éprouvé une hausse très sensible. Le motif de cet élan est l'escompte de 3 à 400.000 francs de rentes, faite ;iujouril'luii par M. Lcdhuy, agent, et l'on pense généralement que l'élévation sera encore plus forte au moins jusques après la liviaison de ces rentes escomptées. On ne parle d'aucune variation importante dans

365 PARIS SOUS L'EMPIRE [2 novembre 1804J

Jes U'ansacliuns commerciales. — o 0/0, j(jiiis?ance de vendémiaire

an XIII, 58 fr. 25, 30, 20, 35, 40, 30 c. Actions de la Banque de

France, 1.120 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F', 3833.)

Journaux.

Courrier français du 15 brumaire : a Paris, 14 brumaire. ...W^°de Crécy, qui vient d'épouser M. Louis de Bréhan de Plelo, est nommée dame pour accompagner S. A. I. M^ie la princesse Elisa... * » — Journal des Dames et des Modes du 15 brumaire : « Paris, ce 14 brumaire. . . .Avec son chapeau sans bords, de velours ou de panne, sa redingote à grand collet et ses demibollcs, une élégante de Paris, se promenant sur le boulevard, ne ressemble pas mal, vue de loin, à un conducteur de vélocifère... » — « Le matin, passe, une jeune femme veut bien avoir l'air d'un conducteur de vélocifère ; mais le soir, au concert, au bal ou au spectacle, elle ne paraîtra jamais que portant un carquois sur le côté, un diadème sur le front, ou un croissant sur le haut de la tète : il faut à une élégante de Paris au moins un des attributs d'une déesse, et quelquefois une seule porte tous les attributs de l'Olympe »

15 lîlîU.MAlii;: AN XIII (6 NtJVEMB-RE 1804).

Rapport de la préfecture de police du 16 brumai'.se.

La ville de Paris n"a pas joui, depuis longtemps, d'une tranquillilé aussi complète. Malgré l'affluence des étrangers qui arrivent tous les jours et qui se répandent dans tous les lieux publics, et surtout dans les cafés, chez les restaurateurs et dans les théâtres, l'ordre n'est point interrompu. Les rapports les plus exacts ne présentent à cet égard que des résultats très satisfaisants. La malveillance cherche à semer au hasard quelque fausse nouvelle ; elle trouve peu de gens crédules, ou elle est démentie à l'instant même. Les Bourbonistes seuls voient de mauvais œil les préparatifs pour la cérémonie du sacre; beaucoup d'entre eux sentent que tout espoir du retour de l'ancienne dynastie est perdu pour eux ; mais ils n'en tiennent pas moins à leur poste. On rap[)orle cependant que plusieurs de ces individus, pressés par le besoin, s'occupent de tous les moyens de trouver des places.

1. En cfict, (]a.nii VAlinaiHir/i inijic'iidl pour l'an XIII, à l'artick' « maison de la princesse Elisa », une des deux ci dames pour accompagner » est <■ Madame llrehan-Plelo-de-Crécy »; l'autre est Madame Chambaudouin.

16 NOVEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIRE 366

Journaux. — On ne trouve rien de remarquable dans les feuilles de ce jour, qu'un article, commun aux journaux le Puhlichte et les Débats, consistant en une lettre signée F. W. F., adressée au rédacteur et datée de Paris le 15 brumaire. Cette lettre administre la preuve que le (laquet de lettres pour Tonning était soustrait à sa véritable destination, par suite d'une opération que M. Harwood, agent anglais, Taisait dans son cabinet à llu^uin. . .

Bourse. — Le mouvement des négociations de renies n'a pas été moins animé qu'hier ; le cours a éprouvé successivement des variations de hausse et de faiblesse, mais le résultat a été à son avantage. Les spéculateurs ne sont occupés que de l'opération dirigée par M. Ledhuy ; cet agent a fait encore, dit-on, aujourd'hui, des achats considérables ; il a donné ses noms et ceux de M. Lessert *, pour les rentes qu'il a escomptées, et cette conclusion imprévue de nombreux marchés donne lieu à une liquidation à peu près semblable à celle de la fin du mois. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIU,

58 fr. 90 ; 59 fr. 10 ; 59 francs ; 59 fr. 15, 10 ; 59 francs ; 58 fr. 80 ;

59 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

JOUK.NAUX.

Journal des Débats du 16 brumaire : « Paris, 4o brumaire. . , .S. M. l'Empereur en visitant, le 6 brumaire, l'exposition des productions modernes, a reconnu et vu avec satisfaction le portrait sculpte du ])rave eonlrc-amiral Latouche-Tréville, mort à bord du Burentaure, eu lade do Toulon. Il a ordonné à M. Denon, directeur général du Musée, de faire exécuter ce buste on marbre par l'auteur, M. Renault, statuaire, pour être placé dans la galerie de son palais de Saint-Cloud . . » — Gazette de France du 16 brumaire : « Paris, 1o brumaire. .. Des savants de l'Allemagne se sont amusés à dresser l'invenlaire du crâne philosophique de h'ur célèbre compatriote Kant Ils y ont trouvé la réflexion ta|)ie dans une voûte, la mémoire dans une grande case, la philosophie embouchée dans une espèce d'ornière, la raison dans un bassin percé comme une écumoire, etc. On ne voit i)as lro|) où |)euvciit conduire les observations que ces savants ont i)U faire sur le crâne de M. Kaul ; car, à moins d'ouvrir les crânes dont on serait curieux de connaître le Miobilior, on sera toujours l'orcé de juger les hommes par leurs œuvres et la ipialité des arbres par celles de leurs fruits; on ne trouvera pas, même parmi les pliilosophes les plus friands de recherches et les plus jaloux des progrès des sciences, des gens disposés à se laisser inventorier l'intérieur du cerveau. Ainsi on continuera nécessairement de toiser les beaux esprits, les esprits forts et les génies, de la même manière qu'on les a toujours loisés ; en sorte

I. Il .s'a;.'il sans doute du banquier Drlesscrt, rue Co(i-lléron. n" 181.

367 PARIS SOUS L'EMPIRE [7 novembre 1804

qu'un homme, pour prouver qu'il a de la raison, sera obligé de faire et de dire des choses raisonnables ; pour prouver qu'il n'est pas philosophe, sera obligé de croire en Dieu ; pour prouver qu'il a de la mémoire, sera obligé d'apprendre quelque chose par cœur ou de faire des pièces de théâtre comme celles qu'on fait de nos jours ; il sera forcé d'en passer par là, si mieux il n'aime se faire ouvrir le crâne, à l'effet de faire constater par un procèsverbal qu'il renferme du bon sens, de la rétlexion, de la philosophie ou autres meubles semblables... » — Courrier français du 16 brumaire : '■(Paris, 15 brumaire. .. .Le gouvernement vient de faire les dons nécessaires pour la dotation des filles dont le mariage doit se faire dans chaque arrondissement pour l'époque du couronnement, afin que chacune reçoive, le jour même de la cérémonie, le bienfait qui lui est destiné. La justice que l'on a mise dans les choix n'a pas toujours permis de le fixer sur une personne domiciliée dans le chef-lieu de l'arrondissement. Dans ce cas, la célébration du mariage se fera à l'avance dans le chef-lieu du domicile ordinaire, mais les époux se transporteront dans le chef-lieu pour prendre part aux fêtes qui y auront lieu »

Rapport de la préfecture de police du 17 brumaire.

Réunions. — Une dame de la Biochais, Bretonne, ex-religieuse, demeurant rue Cassette, dit que difierenles lettres de Rennes portent que les ci-devant nobles de Bretagne sont désolés de tout ce qui se passe, et surtout de voir quelques familles bretonnes solliciter du service dans la maison impériale. Celte dame ajoute que nombre de prêtres et d'ex-religieuses se proposent de supplier le pape d'obtenir du gouvernement la restitution des biens qui pourraient n'être pas vendus et le payement de la totalité de leurs pensions.

Le sieur Epaud, maire de Girouard, déparlement de la Vendée, qui a fait, le 21 vendémiaire dernier *, une déclaration relative à un prétendu rassemblement de conspirateurs, qu'il assurait avoir vus dans un bois voisin de Girouard, a été interrogé sur tous les détails de sa déclaration, que l'on avait toujours considérée comme très suspecte, surtout d'après les renseignements arrivés dans la Vendée. On est parvenu à lui arracher l'aveu que, se trouvant plus que gêné dans ses aU'aires, il avait imaginé ce moyen, croyant obtenir une récompense, qui le tirerait d'embarras ; il a déclaré qu'il avait fabriqué

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