L EGLISE SAINT-PAUL-SAINT-LODIS
devient un fait constaté. Rebâtie au xin° siècle et très fréquentée, elle fut la paroisse de Charles V et de ses successeurs, après que ces princes eurent fondé leur palais de Saint-Paul. L'église était située rue Saint-Paul même. Augmentée en 1542 et 1547, elle fut l'objet de travaux importants vers I6G1.
Elle peut donc, à bon droit, figurer dans notre programme.
Sur ses antiques vitraux, trois peintures d'une haute curiosité sollicitaient le regard et aussi la pensée. La première représentait un prophète et un roi hébreu, probablement
Moïse et David. L'inscription placée au-dessus d'eux disait : Nous avons défendu la Loi. — Le deuxième vitrail : un guerrier du moyen âge, portant suspendue à un collier ou chaîne, une croix potencée, comme celle de Jérusalem ou de Calabre. C'était sans doute un croisé, tenant d'une main son épée et de l'autre le nom de Jésus en lettres d'or. — L'inscription disait, pour ce guerrier : Etmoi la Foy. La figure du troisième panneau représentait une femme coifTée de bleu, vêtue de vert, appuyant sur une fleur de lys sa main droite armée d'une épée. — L'inscription au-dessus de celte guerrière disait : Et moi le Roy.
L'abbé Lebeuf et d'autres ont reconnu, dans cette figure, Jeanne d'Arc, la libératrice du sol français, et le morceau de peinture était d'autant plus précieux qu'il n'existe à Paris, dans aucun lieu public, une représentation contemporaine de celle héroïne.
Cette église Saint-Paul avait donné la sépulture à Guillaume de Vienne, père du célèbre Jean de Vienne, amiral de France, tué, en 1396, à la bataille de Nicopolis; à Nicolas Gilles, savant chroniqueur, mort en \ 503 ; — à François Rabelais, curé de Meudon, l'auteur de Pantagruel et Gargantua; — enfin aux trois favoris de Henri III, Jacques de Lévi, seigneur de Quélus, François Maugiron et Saint-Mégrin, ce dernier, mort assassiné par le duc de Mayenne, en 1678, la même année que les deux autres. Ce fut donc à l'église Saint-Paul que le peuple, furieux de la mort des Guises tués à Blois, et surexcité par les déclamafions haineuses des moines, se précipita en foule pour détruire les tombeaux somptueux élevés par Henri III à ces méchants, morts en reniant Dieu (comment le savait-on?) et mignons du tyran! indignes d'avoir de si beaux monuments à V église.
Telle fut cette paroisse de Saint-Paul, rue Saint-Paul, démolie seulement à la révolution; mais l'autre église — Saint-Louis — ne fut fondée qu'en 1627, rue Saint-Antoine, sur l'emplacement d'une chapelle que le cardinal de Bourbon avait fait construire pour les Jésuites, auprès de l'hôtel Damville-Montmorency dont il leur avait fait présent. Donation de l'immeuble et construction de la chapelle dataient de 1581 . Les Jésuites se hâtèrent d'édifier là une maison professe — un couvent — n'en ayant jusque là pu obtenir l'autorisation à Paris, et ils patientèrent, à l'étroit dans cette petite chapelle, s'agrandissant à toute occasion qui s'oft'rait d'acquérir du terrain dans le voisinage, et le premier nom qu'ils donnèrent à leur établissement fut : Prêtres de la Maison de Saint-Louis. Leurs acquisitions successives eurent lieu en 1582, 1618, 1629, 1697 et 1706. Ils en arrivèrent ainsi à occuper tout l'angle, ou à peu près, inscrit entre la rue Saint-Antoine et la rue Saint-Paul. Le roi Henri III, pour les assister dans leurs commencements difficiles, leur avait fait présent, l'année 1684, d'une coupe de bois de 12 arpents dans la
forêt de Monlargis. Cependant, plus qu'oublieux de la libéralité royale, ils furent accusés d'avoir pris parti pour la Ligue — on sait l'acharnement de ces ligueurs contre Henri lil — et ils prêtèrent leur maison professe de la rue Saint-Antoine pour les réunions secrètes du Conseil des Seize.
H faut croire qu'ils s'étaient justifiés de cette accusation en 1619, puisque Louis XIII leur fit construire la grande église que nous voyons encore aujourd'hui, et dont il posa lui-même la première pierre. Les louanges et l'encens ne lui manquèrent pas celte fois. Parmi les inscriptions dont le nouveau temple fut décoré, on lisait ce verset gravé sur une des médailles placées aux angles de la première pierre : Vieil ut David, œdificat ut Salomon.
Et comme l'église était placée par le roi sous l'invocation de saint Louis, son ancêtre, l'inscription suivante fut gravée sur la pierre votive ; nous la traduisons, car elle est belle : A Saint Louis qui, par sa piété, par ses armes, voulait faire de tout l'univers un temple à Dieu, Louis Xill éleva ce temple où ce saint roi, que la France honora, ce père qu'elle a chéri, sera vénéré comme un saint habitant du ciel.
Deux jésuites architectes fournirent les plans de l'église : l'un, Martel Ange, avait proposé de reproduire les dessins de la belle église du Gesu de Rome, par Vignole, un chef-d'œuvre ; l'autre , le père Derrand , présentait ses dessins à lui. Le Conseil de l'Ordre, mal inspiré, donna la préférence au second des concurrents. L'architecture de l'édifice est lourde, prétentieuse, et surchargée d'ornements dont la sculpture manque de goût et même d'exécution. Le caractère général de cette œuvre est la recherche, à tout prix, de l'efîet et du riche. L'intérieur en était orné avec tant de magnificence, que certaines descriptions contemporaines, qui peut-être n'ont voulu qu'être exactes, semblent avoir exagéré l'éloge avec une secrète ironie; jugeons-en :
« 11 y a peu d'églises dans le monde chrétien (cela s'écrivait en 1735 et l'écrivain avait vu Rome) qui soient aussi riches en argenterie [sic) et en ornements que celle-ci. Le tabernacle est d'argent, enrichi d'ornements de vermeil doré. — Elle possède une quantité prodigieuse de chandeliers, de candélabres, de girandoles, de vases, de lampes et de reliquaires d'argent ou de vermeil doré. — Il y en a même qui sont d'or, et parmi ceux-ci un grand soleil enrichi de grosses perles et de quantité de diamants d'un prix très considérable. On n'est pas moins surpris de la magnificence des ornements (sacerdotaux, sans doute) sur lesquels les perles et l'or sont mis en œuvre avec un goùl qui donne encore du prix à la richesse de la matière. — Tout, dans cette église, resplendit d'or, d'argent et de pierreries. » Ne pourrait-on pas soupçonner la sincérité d'un pareil éloge?
Le portail, ajoute le panégyriste, est un grand morceau d'architecture qui a beaucoup d'apparence, et même il y a du beau. On pourrait remédier à la lourdeur des innombrables ornements qui le surchargent, mais cela coûterait bien cher, et l'on ne trouve pas tous les jours des ministres aussi magnifiques que le cardinal de Richelieu (qui en avait fait la dépense et l'avait constaté fastueusement , comme toujours, dans une inscription gravée, en lettres d'or, sur la frise : A Saint Louis, Louis XIII consacra l'église, Armand, cardinal, duc de Richelieu, le portail (1635). En un mot, rien ne manquait en cette maison — que le goiit — mais il manquait un peu partout.
On a fait cette remarque, que l'église Saint-Louis fut une des premières, en France, qui n'ait pas été soumise à l'orientation, c'est-à-dire, dont l'abside ne soit pas à l'Orient et l'entrée à l'Occident.
Le cœur de Louis XllI fut déposé auprès du maître-autel, dans un monument commandé par Anne d'Autriche à Sarrazin, l'illustre sculpteur, qui mit tout son génie dans cette composition.
Le cœur de Louis XIV était placé en face, dans une splendide chapelle composée et exécutée par Coustou le jeune, travail pour lequel le Régent et Louis XV employèrent six cent mille livres. Le métal d'argent y entra pour 475 marcs. Commencé vers 1718, cet ouvrage ne fut terminé qu'en 1730.
On admirait dans Saint-Louis : le mausolée du Grand Condé, élevé à la mémoire de ce fier capitaine par le président Perrault, secrétaire des commandements du prince et, plus lard, président à la Chambre des Comptes. Le cœur seul du prince y était renfermé. Ce monument que le Bernin estimait : l'ime des plus belles choses qui fussent alors en France^ se composait de quatre vertus de bronze de grandeur naturelle, assises sur des piédestaux de marbre noir et entourées de symboles allégoriques. Les flgures modelées par Sarrazin, fondues parPerlan.
Là aussi on voyait les urnes qui contenaient les cœurs de Louis de Bourbon, duc du Maine, et de plusieurs membres de la famille deTurenne, etc.
L'église n'était pas seule dépositaire des richesses de la maison professe des Jésuites. Leurs salles de congrégation, de conseil et leurs galeries étaient ornées de précieuses toiles des plus grands maîtres de toutes les écoles, entre autres une curieuse Descente de croix, de Quentin Metsys {Je maréchal), d'Anvers, une Nativité de Carrache, un Louis XIV à cheval, de Van der Meulen — cinq pieds de hauteur, la plus grande proportion parmi les portraits dus à ce maître. . -
Et le cabinet des médailles, des plus riches dans les trois genres — et la bibliothèque enrichie de celles léguées par Ménage et par le savant Huet, évêque
d'Avranches et précepteur de Monseigneur — le grand Dauphin — fils aîné de Louis XIV.
Une autre libéralité de Louis XIII envers les Jésuites fut celle-ci : les abords et la perspective de l'église Saint-Louis étant gênés par le défaut d'espace et le voisinage trop immédiat de la fontaine de Birague, élevée en face vers 1579, par le cardinal de Birague, le roi fit don à l'église de la petite place sur laquelle s'élevait la fontaine et qu'on appelait le cimetière des Anglais. La fontaine de Birague, reculée,