‹ Paris sous Louis XV (volume 3)Chapitre 1 sur 3 · JUSTIFICATION DU TIRAGE · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DU TIRAGE

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AVANT-PROPOS

.. Il y a une quantité singnlière de jolis enfants bien frais, bien blancs, ayant une taille leste, de beaux yeux et i5 ans passés, dont nous tirons parti, à Taide d*une vieille coquine que la misère a poussée dans la route des Montigny et des Gourdan... »

Dk la Baumk (Grvfbt) 176. (?)

c Ce sont toujours les mêmes qui se font tuer ! »

Ce mot célèbre peut s'appliquer également à ceux qui tiennent à la vie et qui ont les moyens de la mener joyeuse. Aussi ne faut-il pas s'étonner de retrouver dans ce volume les mêmes noms que dans le Journal et dans le premier volume de Paris sous Louis XV. Ce sont même ces noms qui nous offrent le plus d'intérêt et viennent à point varier la monotonie de cette énumération de personnages, connus surtout des érudits.

b PARIS SOUS LOUIS XY

Nous nous bornerons, dans cet Avant-Propos^ à relever les erreurs qu'on a bien voulu nous indiquer.

On nous a reproché d'avoir appelé Le Noir intendant de police (p. 6). La faute en est à Taschereau qui le désigne ainsi, à tort, dans la Revue rétrospective : Le Noir était lieutenant général de police.

La Revue critique (n^ 50, 17 décembre 1906) nous fait remarquer justement que Ségur était maréchal en 1783 et non en 1787 (p. 21) ; que Albemarle n'était plus ambassadeur en 1755, et mourait en 1754 (p. 206) ; et que Bougainville (Louis- Antoine de) mourait en 1811, et non en 1814 (p. 55).

Elle ajoute : « Le frère du roi de Suède ne peut être Gustave d'Holstein-Eutin (lire Gottorp) (1) qui était, en 1772, roi sous le nom de Gustave in. »

Nous lisons, en effet, dans YAlmanach royal:

« Gustave d'Holstein Eutin,né le 24 janvier 1746, roi de Suède, 12 février 1771. » C'est lui qui fut tué en 1792, et qui est le héros de l'opéra de Gustave IIIj de de Leuven, dont le père Ribbing

(1) Pourquoi Gollorp, plutôt qu'Ëutin (deux noms de lieu) que donnent les biographies ?

AVANT -PROPOS

avait été Tuii des trois conjurés qui assassinaient le roi. La correspondance amoureuse de Ribbing avec M"'*' de Staël fut léguée par de Leuven à Dumas fils.

Le Prince dont il s'agit (p. 57) est donc Charles, frère du roi, né le 7 octobre 1748.

Dans la Revue critique, M. L. R. nous reproche de ne donner que « le passé de la courtisane^ un signalement banal, son état de fortune et son installation, les demandes et les ofires i>. C'est précisément ce qui fait, à nos yeux, rintérêt de ces rapports où il ne faut pas chercher autre chose. On nous dit : ce sont les petits côtés de l'histoire. Mais nous recherchons précisément ces petits côtés, et pour n'en citer qu'un exemple, nous prendrons un des plus illustres : Bougainville. Le portrait que nous signalons (p. 55) n'est pas celui de son père, Pierre- Yves, Téchevin, mais celui de son frère, l'académicien, mort célibataire en

Les rapports publiés par Lorédan Larchey, dans le Journal des Inspecteurs, ont été mal interprétés par des gens de parti pris qui ignoraient l'époque dont ils parlaient. Bougainville était riche, et pouvait se permettre, comme tous les jeunes gens de son rang, à cette époque, de

mener la vie à grandes guides. Après une partie fine avec la demoiselle Senneterre (p. 290), il entretenait M"' Mirey ou Dumirey, danseuse de rOpéra.

Un peu plus tard, il offrait pour plus de 12.000 livres de meubles à une demoiselle Reybbres (ou Reyber) — probablement Fleury Tallemande, comme on la nomme ensuite, — et il lui donnait, en sus, 12.000 livres de la main à la main, plus 60 louis par mois (1763, 12 août). En outre, il lui ouvrait un crédit chez son banquier avant de partir pour la Guadeloupe, et le 19 août, il partageait les faveurs de Sophie Arnould, âgée alors de 19 ans : il en avait 34.

En 1772, il avait donc 43 ans, et revoyait Miïe Mirey, une ancienne connaissance, et enfin il fréquentait une élève de M"« Clairon, la jeune Brida.

Ces peccadilles n'empêchaient pas Bougainville de préparer sa coûteuse expédition aux îles Malouines, de concert avec son oncle, riche financier, qui Faimait beaucoup, et qui ne l'eût pas laissé dans l'embarras.

Rien dans ces rapports ne peut donc entacher la réputation de ce brave marin, un peu « fêtard », malgré les calomnies sans fondement d'un agent de police qui prétend que « quand

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le jeu Ta maltraité, il trouve chez la demoiselle Mirey ou Dumirey des ressources ». Ce sont là des racontars de policier, auxquels il ne faut pas accorder plus d'importance qu'ils n'en méritent. Bougainville n'en reste pas moins un fort galant homme et un grand navigateur.

A propos de la Dumirey, cette jolie danseuse de rOpéra, nous apprenons, par Lorédan Larchey, que M. de Cramayel, fermier général, avait fait bien des sottises pour elle.

François de Fontaine, fermier général (1749- 1772), succédait à son père dans sa charge, et achetait la terre de Cramayel, près de Lieusaint, en 1753, terre qui était érigée en marquisat en 1772. Sa femme, Françoise-Monique de la Borde (1724-1808), sœur de J.-Benj. de la Borde, le premier valet de chambre du roi, l'auteur des Chansons, guillotiné en 1794, avait eu des faiblesses pour le marquis de Saint-Marc, officier aux Gardes, et rendait à son mari la monnaie de ses infidélités.

Elle suivait, du reste, l'exemple de son homonyme, Henriette-Charlotte de la Borde, fille du fermier général, épouse légitime d'Auguste- Louis-Simon Brissart fils, fermier général, qui était l'amie très intime de Dufort de Cheverny, bien que ses Mémoires, revus et maladroite-

lO PARIS SOUS LOUIS XV

ment diminués, n'en parlent pas. Dufort n'est pas aussi discret, et nous regrettons les coupures qu'on a cru devoir faire par un scrupule exagéré, à notre avis.

Lorsque nous disons que le nom d'une femme ne se trouve pas dans Campardon, ce n'est pas un reproche : cette femme est en général une figurante et tient un rôle secondaire. Cette remarque n'enlève rien à la valeur des publications d'un consciencieux chercheur qui ne peut pas, évidemment^ énumérer toutes les figurantes : elles sont trop.

Nous ne sommes pas un concierge ; nous avons la prétention de faire œuvre d'historien, et les lettres nombreuses que nous avons reçues nous encouragent à continuer la publication de ces rapports que nous croyons indispensables à tous les curieux qui désirent connaître la vérité sur une époque « dont on parle beaucoup sans la connaître encore bien », pour nous servir des expressions de Lorédan Larchey.

AVANT PROPOS II

M. H... {Revue historique) n'est pas comme M. Villemain, et il n'oublie qu*une seule chose qui donne tout l'intérêt au Paris sous Louis XV ; ce sont précisément les noms des hommes, des libertins. Nous pouvons nous promener au Prado tout seul, et si Dubois n'avait pas connu la Fillon, le complot de Cellamare aurait pu avoir de graves conséquences.

Les documents ignorés et inédits sur la du Barry sont d'une réelle importance historique ; ils auraient réjoui Vatel, s'il les avait connus, lui qui voulait des preuves.

Heureusement que tout le monde ne comprend pas l'Histoire de la même façon que M. H... et le succès du livre auprès des érudits est là pour le prouver.

M. H... qui profite de la publication de ce travail pour attaquer Louis XV, prétend-il juger une époque de Thistoire avec nos idées modernes ? Un peu dlndulgence : regardonsnous 1 Assurément, M. H... retarde : qu'il se mette à l'heure. A bon entendeur, salut!

Paris, 1907.

(N. B.) On nous a reproché de ne pas avoir suivi Tordre

chronologique. Nous avouons que nous aurions pu apporter de Tordre dans ces notes, mais qu'il était trop tard quand nous nous en sommes aperçu. Ce mal, du reste, facile à réparer, provient du manuscrit.

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