‹ Paris sous Napoleon (volume 4)Chapitre 25 sur 46 · LE DRAME SHAKESPEARIEN · texte numérisé non relu

LE DRAME SHAKESPEARIEN

peare, travestis à la mode pseudo-classique par Ducis, qui en avait élagué les images trop vives et les incidents trop désordonnés. Le talent de Talma entrait pour beaucoup sans doute dans ce succès, comme à un moindre degré le jeu expressif de sa femme dans Othello et de Mlle Raucourt dans Macbeth (1). Il n'y en a pas moins là un curieux indice de l'évolution qui s'ébauchait dans les goûts du public.

Cette évolution naissante était d'autant plus remarquable que, par prévention antibritannique ou par attachement aux doctrines littéraires de Voltaire et de Laharpe, tout ce qui faisait autorité s'obstinait à proscrire le théâtre de Shakespeare comme répugnant et ridicule. Le Premier Consul déclarait en plein Conseil d'État : « Je l'ai lu, il n'y a rien qui approche de Corneille et de Racine. Il n'y a pas moyen de lire une de ses pièces, elles font pitié (2) . » La philosophique Décade estimait que seul l'art de Talma pouvait faire supporter « les délirantes horreurs du théâtre anglais (3) »; un autre gazetier, en critiquant Macbeth, avait la niaiserie de formuler une réserve en faveur du « mérite de la versification » de Ducis (4). Quant à Geoffroy, son thème favori consistait à proclamer le drame shakespearien incompatible avec la délicatesse de l'esprit français, avec l'ordre rétabli en toutes matières par le gouvernement napoléonien : « Cette espèce de tragique, très bon autrefois pour effrayer la canaille de Londres, ne convient point au peuple de Paris (5)... Depuis notre retour

(i) Mlle Raucourt jouait le rôle de lady Macbeth, que Ducis avait jugé à propos d'affubler du nom mérovingiea de Frédégonde.

(2) 19 pluviôse an XI (8 février 1803) : Mémoires sur le Consulat (par Thibaudeau), p. 399.

(3) An XI, t. III, p. 244.

(4) Mémorial dramatique, 1810, p. 37.

(5) Journal des Débats, !•' nivôse an XIII (feuilleton).

à la raison et aux idées saines, le goût de la nation française repousse ce tragique étranger et grossièrement féroce, fait pour les hordes du Nord (1). » Malgré son ordinaire antipathie à l'égard de Voltaire, il écrivait certain jour : « Ne fallait-il pas que la nation fût en délire pour supporter Othello, quand elle avait Zaïre?... Voltaire, avec un goût délicat, avait dépouillé le Maure de Venise de tout ce qu'il pouvait avoir de hideux pour nous (2). »

Geoffroy n'en avouait pas moins avec un soupir, en 1812, que « le Théâtre-Français aura bien de la peine à se débarrasser de ces farces anglaises (3) «. Par moments même, il avait la hardiesse de discerner et de dire qu'une traduction aussi littérale que possible du texte anglais eût été bien préférable aux édulcorations de Ducis : « L'original anglais (d'Hamlet), qu'on a mutilé, défiguré, énervé, pour en composer une pièce française, a du moins le mérite d'être varié, comique, amusant, et d'une singularité sauvage qui réveille... Ducis, à la place de ces fohes bouffonnes, a mis des choses à peu près régulières, mais très froides et très ennuyeuses (4)... M. Ducis a retranché les absurdités et les folies grossières de Shakespeare : cela n'était pas difficile; mais il s'en faut de beaucoup qu'il ait rendu toutes ses beautés. 11 l'a prodigieusement affaibli et dénaturé en plusieurs endroits; gâter Shakespeare est à peu près tout ce qu'il a fait dans toutes les froides copies qu'il a exposées sur notre scène d'un original monstrueux, il est vrai, mais quelquefois étonnant et même sublime. J'aime mieux Shakespeare tout nu que

(1) Journal de l'Empire, 25 mai 1807 (feuilleton).

(2) Ibidem, 9 mars 1809.

(3) Ibidem, 19 mai 1812.

(4) Ibidem, 22 juin 1807.

Shakespeare habillé et garrotté par M. Ducis... (1). Sous prétexte de corriger, de châtier Shakespeare et de le ranger au devoir, il a fait de ce farouche habitant des forêts et des montagnes un petit citadin bien gauche, bien empesé, bien froid (2). » Ces appréciations, et plusieurs autres analogues, font assurément honneur à l'intermittente indépendance d'esprit de Geoffroy : mais surtout elles marquent le début d'un mouvement d'idées qui aboutira en un quart de siècle à la préface de Cromwell.

« Voici un fait », notait à la fm de i804 Beyle- Stendhal : « les plus mauvaises tragédies attirent beaucoup de monde, tout est plein; les meilleures comédies n'attirent personne (3). » L'année suivante, Mme de Rémusat regrettait de trouver la salle vide à deux excellentes représentations du Philosophe sans le savoir et du Festin de pierre (4). Ce décri complet de la comédie inspirait à Geoffroy de fréquentes doléances f5).

La cause en était tout d'abord aux circonstances politiques, à l'atmosphère morale ambiante, à la célébrité exceptionnelle du talent de Talma, qui conspiraient à maintenir la vogue exclusive de la tragédie. Notons

(1) Journal de VEmpire, 21 janvier 1809.

(2) Ibidem, 18 mars 1813.

(3) 10 nivôse an XIII (31 décembre 1804) : Journal intime, p. 107.

(4) A son mari, 17 messidor an XIII et 24 vendémiaire an XIV (6 juillet et 16 octobre 1805) : Lettres, t. I, p. 314.

(5) Cf. notamment le feuilleton du 24 août 1811 (Journal de l'Empire).

encore l'influence personnelle de Napoléon, qui prisait peu la comédie et ne s'en cachait guère (1). Au sortir du spectacle des infortunes ou des prouesses des héros et des demi-dieux, les mondains, les hommes cultivés^ les personnages qui tenaient à la cour jugeaient humihant et mesquin de redescendre aux mésaventures vulgaires, sinon triviales, que la comédie classique mettait en scène. La préférence plus ou moins raisonnée d'une élite sociale s'imposait par pur esprit d'imitation dans le reste de la population, et jusque dans les milieux les plus modestes. Geoffroy dénonçait à ce propos l'erreur des acteurs, qui croyaient remplir leur salle en affichant un programme comique pour le dimanche : « Il n'y a pas de spectateurs qui afl'ectent plus de dédain pour la comédie que les gens du peuple... Ils ont entendu dire que les farces sont pour le peuple, et personne ne veut être peuple (2). »

Il faut dire aussi que la commotion révolutionnaire, si violente, si profonde, avait relégué très loin dans le passé et dans l'oubli les institutions sociales de l'ancien régime. Par suite, le répertoire comique des dix-septième et dix-huitième siècles était devenu en majeure partie inintelligible à la masse du pubHc, puisque les personnages se passionnaient pour des distinctions aboHes, pour des prétentions devenues sans objet. C'est ce que Beugnot, l'homme politique et l'administrateur,

(1) Il faut mentionner au moins une curieuse exception. A son retour du couronnement de Milan, Napoléon prit un vif plaisir (le 27 juillet 1805) à une représentation du Tartuffe de mœurs, comédie datant de 1789 et imitée de Sheridan par François Chéron, neveu par alliance de l'abbé Morellet. S'étant enquis de l'auteur, et apprenant qu'il avait siégé à la Législative, puis aux Cinq-Cents, l'empereur le nomma immédiatement préfet de la Vienne (Mme de Rémusat, Mémoires, t. II, p^ 162). Chéron s'annonça d'ailleurs comme un excellent préfet; malheureusement, il mourut dès 1807.

(2) Journal des Débats, 8 thermidor an X (feuilleton).

faisait ressortir dans une lettre familière qui était un excellent morceau de critique littéraire : « Le style du Cercle (1 ) est énigmatique pour le plus grand nombre des auditeurs; Turcarel n'est plus pour nous qu'une tradition, et le Bourgeois gentilhomme est aussi loin dans le passé que V Eunuque de Térence (2). » Ceci était particulièrement vrai du théâtre de Dancourt, presque exclusivement fondé sur le prestige des gens de qualité et sur les sentiments d'admiration ou d'envie dont ils étaient l'objet : tantôt ces très fines comédies se jouaient devant une salle vide (3), et tantôt, comme il arriva en 1811 à certaine représentation des Bourgeoises de qualité, le parterre excédé d'ennui finissait par siffler ce qu'il ne comprenait pas (4).

Si l'on venait encore à la comédie, c'était moins pour la pièce que pour les acteurs : MoIé, Fleury, Mlle Contât, Mlle Mars, avaient des admirateurs qui prenaient plaisir à les entendre et à les applaudir. Mais, comme il a été dit déjà, ces excellents comédiens, au lieu de s'appliquer à faire valoir les chefs-d'œuvre du répertoire, mettaient leur vanité à briller dans des rôles soit composés exprès pour eux, soit assez insignifiants en soi pour qu'aucun applaudissement ne s'égarât vers l'auteur, a Autrefois » , grondait Geofi'roy, « les pièces faisaient les acteurs; ce sont aujourd'hui les acteurs qui font les pièces (5) ». De là le succès factice et éphémère de la Femme jalouse, du Vieux célibataire, des Fausses infidélités,

(1) C'était un petit acte de Poinsiaet, qui avait brillamment réussi en 1764, à cause des allusions et des épigrammes dont il était bourré.

(2) A Roger, 15 septembre 1809 : Roger, Œuvres diverses, t. I, p. 376.

(3) Des Granges, Geoffroy, p. 354.

(4) Journal de l'Empire, 2 juillet 1811.

(5) Journal des Débats, 13 pluviôse an X (feuilleton).

du Jaloux sans amour, et de tant d'autres pauvretés où les acteurs en vogue trouvaient un rôle, une scène à leur convenance.

L'ancêtre des comédiens français et le créateur de la comédie classique, Molière lui-même, n'échappait pas à ce décri général. Si ses pièces se donnaient encore de temps à autre, c'était par tradition, par respect humain, mais l'indifférence du public n'avait pour égale que la négligence des acteurs. « Les ouvrages de Molière », pouvait-on écrire au lendemain de la reconstitution du Théâtre-Français, « ne se jouent maintenant que lorsqu'on n'a rien de mieux; c'est l'expression vulgaire : ils ne font que des recettes au-dessous des médiocres (1). » Le bruit courut, au printemps de 1803, que le Premier Consul était personnellement intervenu pour que le répertoire de Molière cessât d'être abandonné aux doublures (2) : la nouvelle était controuvée sans doute, car Bonaparte se souciait fort peu de la comédie, même classique, et tout ce que nous savons de ses goûts dément cette légende d'un Napoléon moliériste. Quoi qu'il en soit, les chefs d'emploi persistèrent dans leur dédaigneuse et quasi systématique abstention; Geoffroy put continuer à dénoncer telle représentation des Femmes savantes, « froidement jouée par tout l'arrière-ban des acteurs (3) », à déplorer que Mlle Contât refusât d'incarner Arsinoë ou défigurât Philaminte, car c'était un autre travers des acteurs en vogue, quand ils consentaient à accepter des rôles de Molière, de les travestir au gré de leurs prétentions ou de leur coquetterie. Si V Ecole des femmes fut représentée, c'est par la volonté formelle du

(1) PujouLX, Paris à la fin du diX'huitième siècle, p. 49.

(2) AuLARD, Paris sous le Consulat, t. III, p. 828.

(3) Journal des Débats, 27 ventôse an XII (feuilleton).

ministre Chaptal, et parce qu'il avait pris fantaisie à sa protégée Mlle Bourgoin d'être l'innocente Agnès (1). Les sociétaires laissaient même tomber la tradition séculaire qui leur imposait de paraître tous, pour rendre hommage à la mémoire de Molière et pour contenter la curiosité du public, dans les deux « cérémonies » du Bourgeois gentilhomme et du Malade imaginaire : il fallut qu'un ordre exprès de Rémusat leur en fît une obligation (2), obligation dont bon nombre d'entre eux continuèrent à se dispenser (3) . Devenu pour les comédiens un objet d'indifférence, le répertoire de Molière eut au printemps 4800 ce surcroît de malechance, d'encourir la suspicion de l'autorité militaire. Le brave et légendaire Lefebvre, qui brillait plus par le zèle que par la culture littéraire, se parait du titre de «premier lieutenant ^^Wra/ du général Bonaparte (4) » pour dénoncer tout scandalisé à Fouché t la pièce de Pourceaugnac, qui a été jouée sur plusieurs théâtres de Paris (5), où un individu portant l'uniforme et les marques distinctives de commandant de place se laisse corrompre à force d'argent et trouve qu'on ne lui en donne jamais assez (6) ».

(1) F. LoLiÉE, la Comédie-Française, p. 475.

(2) Janvier 1805 : Laugier, Documents historiques sur la Comédie- Française, p. 77.

(3) Les registres de distribution indiquent très exactement, pour chaque représentation de ces deux pièces, les sociétaires ayant figuré à la cérémonie et les absents (Arch. Com.-Fr.).

(4) En réalité, un arrêté consulaire du 45 pluviôse an VIII avait récompensé Lefebvre de son adhésion décisive au Coup d'État en le confirmant dans les fonctions, à lui attribuées le 48 brumaire, de « lieutenant du général en chef Bonaparte » (Wiwth, le Maréchal Lefebvre, p. 432-133).

(5) Dans ces premiers temps du Consulat, où la liberté des théâtres était encore très grande, un certain nombre de petites troupes jouaient les farces de Molière concurremment avec le Théâtre-Français .

(6) 2G germinal an VIII (16 avril 1800) : F7, 3491.

Si le général Lefebvre pratiquait trop peu Molière, tel de ses collègues aimait à l'excès le poète comique, puisque cette passion malencontreuse le portait à remanier et à expurger une comédie du maître. Le trait est si inattendu, qu'il convient de citer ici un témoignage irrécusable, à savoir les registres de distribution, qui portent à la date du 22 brumaire an XI (13 novembre 1802) : « Le Cocu imaginaire de Molière n'avait pas été joué à Paris depuis environ cinquante ans, ou au moins quarante. Une des principales raisons qui empêchaient cette pièce était les mots de cocu^ carogne et autres qui ne pouvaient plus convenir au siècle. Le général Mélinet, admirateur enthousiaste de Molière, a cru pouvoir et devoir essayer de faire disparaître ces mots et rendre au théâtre une des pièces dignes d'honorer la mémoire de Molière... Le c. Grandmesnil a joué le rôle au refus du c. Dugazon (1).» Le pudibond camarade de Lefebvre... et de Gambronne avait naturellement corrigé aussi le sous-titre, et l'affiche portait Sganarelle ou le Mari qui se croit trompé. Le parterre, qui eût peut-être en effet été choqué d'entendre les mots crus de Molière, s'étonna et s'amusa du soin que le vigilant général avait mis à les faire disparaître; on apporta le texte original, pour se rendre mieux compte des corrections, et le scrupule dont elles s'inspiraient fut déclaré « aussi étrange qu'inutile (2j ».

Une autre reprise de Molière eut lieu pendant la période napoléonienne, dans des conditions assez singulières. C'est en effet le succès du Don Juan de Mozart à l'Opéra qui donna l'idée aux sociétaires, en octobre 1805, de remettre à la scène le Festin de pierre. Un peu dérouté

(1) Arch. Com.-Fr.

(2) Rapport du préfet de police, 23 brumaire an XI (14 novembre 1802) : Aui^ARD, Paris sous le Consulat, t. III, p. 395.

au premier abord par ce mélange de comédie et de drame fantastique, le public se montra en somme intéressé. Il faut dire que la pièce avait été soigneusement montée, ce qui était l'exception pour le répertoire de Molière : Fleury faisait don Juan, et Dugazon Sganarelle.

Les successeurs de Molière n'étaient pas moins délaissés que lui-même : on jouait assez régulièrement, par une sorte de routine, Regnard, Lesage, Piron, Dancourt, Gresset, Dufresny, mais la salle demeurait à peu près vide ces soirs-là, à moins que par hasard l'attrait d'un début ne compensât la défaveur où était généralement tenue la comédie classique; ainsi, à une représentation de la Métromanie, Geoffroy montrait les spectateurs f étonnés de trouver la pièce aussi nouvelle pour eux que la débutante (1) ». Regnard pâtissait en particulier d'un préjugé qui le taxait de vulgarité, presque de grossièreté : si les sociétaires ne faisaient point émonder le Légataire universel, comme Sganarelle, du moins ils glissaient sur les mots jugés par eux trop vifs, et les laissaient à peine parvenir aux oreilles des spectateurs, ce qui dénaturait complètement l'allure des personnages et la pensée de l'auteur (2).

De cette défaveur générale, Marivaux était excepté : t Marivaux », écrivait ce bourru de Geoffroy, « est presque le seul des anciens qui soit encore fêté, parce qu'il est maniéré, précieux et métaphysique (3). » Un peu déconcertante chez des amateurs de tragédie, chez des hommes d'action, cette préférence est pourtant bien d'accord avec les goûts littéraires du temps; elle s'éten-

(1) Journal de l Empire, 26 mai 1810.

(2) Reichardt, Un hiver à Paris, p. 92.

(3) Journal de l'Empire, 14 mars 1807 (feuilleton).

dait jusqu'aux médiocres émules de Marivaux, tel ce Boissy dont le nom même est oublié aujourd'hui (1). Ceux qui reprochaient à Molière d'être trop terre à terre, trop trivial, trop exclusivement imprégné des idées et des mœurs de son époque, ceux-là devaient goûter dans le marivaudage les complications sentimentales, les traits de bel esprit, les données invraisemblables ou plus exactement irréelles, en un mot tout ce qui marque la dissemblance avec la comédie classique.

Ils aimaient pareillement le théâtre de Beaumarchais, qui dans un genre très différent s'écartait autant de la tradition classique, et qui était presque un contemporain, puisqu'il venait seulement de mourir en 1799. La foule se pressait même à l'ennuyeux drame de la Mèi^e coupable, où Mlle Contât croyait trouver un rôle avantageux. La verve un peu travaillée et l'animation factice du Barbier de Séville attiraient les Parisiens du Consulat et de l'Empire. Ils accouraient surtout au Mariage de Figaro. Sans doute, ils battaient des mains sans conviction, et par pure tradition, aux épigrammes contre les privilégiés de la naissance; sans doute aussi, moins libérale ou moins débonnaire que la monarchie de Louis XVI, l'administration napoléonienne arrêtait soigneusement au passage, comme s'en vantait l'ex-constituant Rœderer, « des phrases qui, autrefois, faisaient beaucoup rire aux dépens du gouvernement (2) » . Mais à défaut des attaques contre l'ancien régime, qui avaient perdu leur à-propos, à défaut des allusions pohtiques

(1) Journal de l'Empire, 23 janvier 1806.

(2) Rapport à Bonaparte, 30 floréal an X (20 mai 1802) : Rœderer, Œuvres, t. III, p. 588. C'est à propos des coupures imposées dans le Mariage de Figaro qu'Edmond Géraud écrivait en juin 1810 : « Le nombre des choses moquables, dont il n'est plus permis de se moquer, augmente tous les jours. » (Maurice Albert, Un homme de lettres sous VEmpire, p. 115.)

biffées par la moderne censure, un attrait subsistait dans sa primitive saveur, attrait acre et malsain, qui n'avait point échappé jadis au public de roués des premières représentations (i), et qui avait de quoi flatter l'impudeur plus naïve des spectateurs du Consulat et de l'Empire. Ici encore, la grondeuse droiture de Geoffroy a vu juste : t A présent, ce n'est plus la satire qui soutient l'ouvrage : c'est l'indécence et l'immoralité; c'est le développement de la puberté d'un jeune page; c'est la passion ridicule d'une grosse comtesse pour cet enfant qui cesse de l'être; c'est la crapule d'un seigneur, encore plus sot que débauché (2). » En indiquant dans Chérubin « le rôle le plus neuf de la pièce (3) », Geoffroy na pas osé dire que c'en était aussi la partie la plus classique en un sens, la plus indépendante des circonstances de temps et de lieu; par là, l'œuvre de Beaumarchais prenait rang parmi les classiques du libertinage, les seuls assurés d'obtenir auprès de la postérité une faveur aussi constamment égale que peu enviable.

(4) « Selon le comte d'Artois dont je n'ose citer le mot, c'est l'appel aux sens, l'éveil des sens qui fait toute la verdeur et toute la saveur de la pièce. » (Taine, Origines de la France con temporaine, t. II, p, 115.)

(2) Journal de l'Empire, 4 brumaire an XIV (feuilleton).

(3) Journal des Débats, 9 prairial an X (feuilleton).

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