II AVERTISSEMENT
sant avec soin non seulement les allusions, tolérables tout au plus à titre d'expédient dans les temps où la presse politique n'est pas libre, mais les rapprochements, qui sont souvent superficiels et risquent toujours de faire tort à ^impartialité ou, comme on dit à présent, à l'objectivité du récit.
Môme sur le terrain purement historique, on déclare volontiers cette impartialité impossible à réaliser pour Técrivain qui demeure attaché à une croyance confessionnelle. Il serait aisé, trop aisé de répondre que l'absolue indifférence n'existant pour ainsi dire point en pareille matière, Thostilité n^'est point une meilleure garantie d'impartialité, et qull faudrait donc proscrire toute étude d'histoire religieuse. Il vaut mieux sans doute déclarer une fois de plus que des convictions dogmatiques très nettes n^apparaissent nullement comme inconciliables avec la scrupuleuse recherche de la vérité historique, et que celui qui les professe n^est à aucun degré obligé de se cantonner dans l'histoire dite « édifiante ». En ce qui me concerne, je ne me suis permis de rien dissimuler des misères, des faiblesses ou des lacunes que les documents m^ont révélées chez les représentants de PÉglise catholique au début du dixneuvième siècle. Je demande seulement à mes lecteurs de juger la conduite et le langage de ces personnages diaprés le milieu où ils vivaient, et non diaprés les habitudes d'esprit qu'ont créées chez nous la licence de la presse, la disparition du sens
AVERTISSEMENT m
de l'autorité, la violence habituelle de nos manifestations verbales.
Dans ce volume plus encore que dans les précédents, parce qu^il s'agissait de sujets plus délicats, je me suis astreint à multiplier les citations, au risque d^alourdir le récit. « Le grand malheur de rhomme qui ne veut pas dépasser les textes, » écrivait Taîne à Gaston Paris, « c^est Tobligation de n'être pas littéraire (1). » J'ai vérifié pour ma modeste part la justesse de. cet attristant aphorisme : plus d'une fois, en rapprochant des documents un développement de portée plus générale, un jugement sur les hommes ou sur les événements, la conscience m'a fait un devoir de le sacrifier, parceque je me suis aperçu que je tombais dansl'amplification conventionnelle, et que, selon l'expression de Taine, je « dépassais » les textes sous couleur de les commenter. Je me suis donc le plus possible effacé derrière eux.
J'ai taché de mettre à profit les très nombreuses publications qui se rapportaient à mon sujet. En fait de documents inédite, à défaut des archives encore inaccessibles de l'ancienne direction des Cultes, j^ai compulsé, aux Archives nationales, bien des cartons où liasses des séries AF.IV, F7 et
(1) 17 mai 1881 : H. Tatne, ia vie et sa correspondance, t. IV, p. 117.