SCÈNE X
POLYCARPE, un instant seul, puis BAPTISTE, ensuite
ADHÉMAR DE VERASOY, puis KERCKOFF.
POLYCARPE, tirant le cordon de sonnette à la cheminée.
J'espère qu'Adhémar rendra justice à ma promptitude; maintenant achevons notre œuvre.
Il s'assied à la table de fancbe.
• BAPTISTE*, entrant de droite.
Monsieur a sonné ?
POLYCARPE, écrirant.
Tu le sais bien, puisque te voilà.
BAPTISTE
Cest juste, monsieur... mais ça se dit.
POLYCARPE
As-tu une place ?
BAPTISTE
Pas encore, monsieur.
Très-bien. Je t'arrête, tu entres comnie valet de chambre chez monsieur le comte Adhémar de Verasoy, qui va arriver tout à l'heure.
* Polycarpe, Baptiste.
i6 PARIS VENTRE A TERRE
BAPTISTE
Les conditions?...
POLYCARPE
Les mêmes.
BAPTISTE
Pardon,., monsieur, chez madame Hcrmosa... il y avait...
POLYCARPE
Des profits?... c'est juste... tu auras le double. Dis au cocher, au palefrenier, à la cuisinière qu'on les garde également.
BAPTISTE
Bien, monsieur...
POLYCARPE, qui écrirait tout en parlant.
Porte ces deux lettres au Cercle, et passe ensuite chez mon tailleur, mon chemisier et mon coiffeur, et prie-les de se rendre ici dans une heure.
ADIIEMAR, paraissant du fond à droite *. .
M. Polycarpe de Follebraise?
POLYCARPE, courant à lai.
Adhémar!...'mon cher Adhémarl...
ADHEMAR, lui serrant la main.
Me voilà !
Baptiste s'en vai POLYCARPE.*^
Eh bien? et ton tuteur, le chevalier?
ADHÉMAR
Il est encore à la gare; un colis perdu, des tableaux... je ne sais quoi... je lui ai laissé un mot au Grand-Hôtel, il viendra me rejoindre ici.
POLYCARPE
Parfait!
ADHÉMAR
Chez qui sommes-nous donc?
POLYCARPE, passant, chapeau à la main, chevtux plats, pardessus démodé, petit sac de voyage en sa\itoir.
Chez toi.
* Polycarpe, Adhémar.
** Adhémar, Polycarpe.
ACTIÎ PREMIER 17
ÂDIIËMAR.
Coiumcnt .. chez moi?
POLYCARPE
Oui.... Ah 1 j^ai usé largemcnl de la carte blanche que tu me laissais. Tu en as déjà pour cent cinquante mille francs.
ADHÉUAR.
Peste!
POLYCARPE, se promenant avec Adhémar.
Hier, tu as été reçu à l'unanimité de notre Cercle : le cercle des Interdits.
A D H Ë M A R , g'arrétant .
Mais je ne suis pas interdit, moi !
POLYCARPE
Tu Tas peut-être âlé..
ADHÉMAR
Mais non ?
POLYCARPE
Eh bien ! tu léseras! On l^est, le fut^ ou le doit éire^ c'est notre devise. Demain... tu auras vingt amis; dans huit jours. . . lu en auras cent.
ADHÉMAR
C'est beaucoup.
POLYCARPE
Oh ! ils durent si peu ; tu as trois voitures, cinq chctaux On attellera à quatre heures ;^ nous irons au Bois... à cinq heures tu iras chez la maîtresse.
ADHÉMAR
Ah bah!
C'est arrangé!... elle t'aime déjà. A six heures et demie lu viens diner au Cercle, je te présente à nos amis, puis nous allons dire bonsoir à Mustcnilûle.
ADHÉMA R.
Muslenllûte?
POLYCARPE
C'est ta mai! rosse.
ADHÉMAR
Ah! bon!
POLYCARPE
Ta maltresse, à qui tu auras porté une avant- scène du théâtre du Palais-Royal. A minuit nous allons au bal chez madame Beaucornet. A trois heures nous soupons au café Anglais. Demain nous allons aux courses. Après-demain...
Un instant... un instant... tu m'effrayes!
POLYCARPE
Ah! bien... tu n'es pas au bout.
BAPTISTE, entrant*.
Le tailleur de monsieur le comte.
ADHÉMAR
Qu'estrce que c'est que celui-là ?
Ton valet de chambre. (Baptiste salue Adhëmar. -^ A Baptiste.)
Fais entrer.
ADHÉMAR
Ah ! mais, permets... J'ai deux malles pleines d'habits,
POLYCARPE
Connu I... Tu les donneras à Baptiste.
ADHÉMAR
Baptiste?
POLYCARPE, s'asseyant sur le canapé.
C'est ton valet de chambre,.
Entrée du taWeur **, ADHÉMAR.
Ah! bon!
POLYCARPE
Mon cher Kerckoff, monsieur le comte Adhémar de Vérasoy devient votre client ; il lui faut un costume complet dans deux heures... et une toilette irréprochable pour ce soir... Est-ce compris?
KERCKOFF, s'inclinant.
Oui, monsieur.
* Adhémar, Baptiste, Polycarpe.
** Adhémar, Kerckoff, Polycarpe,