SCÈNE Vlll
AIJBRY.BOLRDALOL'E, ALBERT, puis TROUPEAU.
Anbrv, en costume de marchand de bestiaux: pantalon de velours et guêtres, grand chapeau, une grosse canne d'une main, une sacoche de Vautre. - Accent normand.
AiiBïiY, appelant et frappant de sa canne sur la table à gauche. Ohé! la maison!... ohé ! la fille ! .. . . ohé ! la boutique, s il vous
n pos! 'sûr la table sa sacoche et fait sonner de l'argent.
BOURDALOUE , se retournant. Quel est ce
''"^^LBERT. Quelque gros marchand de bœufs, . oui fait sonner ses écus... •„ j„ 1
^BOURDALOUE. Et qui éprouve le besom de se faire plumer à Paris... Homme des champs,
^^ ilSlu , entrant. Que faut-il servir à ■
""Tubry! 'assis. Une bouteille de bière et des échaudés.,. force échaudés c est ma
^"""troupeau , criant, à la cantonade. Bière, écliaudés, au cmq!
Un garçon les apporte.
aubry , riant. Tiens! je'sonne le cinq! ... ohtoh! oh!... c'est-y drôle !... faudra que.ie raconte ca aux autres. . i„
^ BOURDALOUE , 6as. Oh! c't'impression de vovaseî... gros abruti, va! ,, . j
AUBRY, mangeant à deux échaudés a la foxT^l tatigué ! ... ah ! fiche ! ah ! chien !. .. Lue fameux e^chaudés ! que chouette échaudés ! ( A Troupeau. ] C'esi-y vous , papa qui fabriquez de la pâtisserie de c'te finesse-\a? TROUPEAU , fièrement. « Troupeau, patis^traiteu;.^ « {Avec modestie^ Proprieaie, le dimanche... quand j'ai le temps. • . Mon établissement est renomme pour la pa-
tisserie.
• Aubrj-, Troupeau, Bourdaloue, Albeit.
AUBRY Et c'est bien fait. ..Ah ! les crâne I échaudés !... il faudra que... {S'arrêtant se 1 levant et baissant la voix.) Ecoutez un brin 1 par ici , papa. ... que je vous disions ça tout bas... dans le tuyau... Il y a là des jeunes ' messieurs qui se ficheriont de moi. ..[H L attirée l'extrême gauche. Tout bas.) J'ons une idée d'emporter au pays une provision de ^os échaudés, pour le restant de mes jours..... Combien que vous les vendez , la , d amiiie . TROUPEAU. Pour tout le monde, un sou pièce... pour vous, douze sous la douzaine. ^ AUBRY , riant et le poussant Ah ! farceur de farceur, va!., .je te vas tordre le cou!. . (Bas ) Eh! bien ! vieux père, faut m eu labriquer là, daidar,... cinq cents.
TROUPEAU, e/on/ié. Plaît-il?... cmq cents
AUBRY.' Chut donc ! .. . Pas un de moins . . ( Frappant sur sa sacoche, qui résonne .) Oh . y a de quoi... comme ça chante!.. Ça vautil l'orchestre à M. Buzard , hein ! vieux .
TROUPEAU. Comment! vous voulez...
AUBRY, bas. Cinq cents échaudés, comme ceux-ci, pour 25 francs... ça vous va-t-ll?... chaudlà!... je paye d'avance, tenez.
li lui donne vingt-cinq francs.
TROUPEAU. Mais est-ce que vous allez emporter toute la fournée ?
' AUBRY. Nenni, da!... v'ià l'adresse de ' l'auberge où ce que je perche à Pans.
TROUPEAU. Bien... je vais les mettre au four... [A lui-même, en s'en allant.) Cinq cents échaudés!... ,
Il sort a droite.
BOURDALOUE. Allous , c'est fin , c'est délicat, je suis content de ce repas.
ALBERT. Oui , mais il doit être cher.
BOURDALOUE. Attends , je vais consulter la carte... [Il prend une carte de traiteur.) Nous disons donc... « Bordeaux : 1 fr. 50. » Ah ! ce n'est pas trop. ..
ALBERT. Sans doute. , , j- . i
BOURDALOUE. « Bordeaux... » Ah ! diable l ALBERT. Quoi donc?
BOURDALOUE , Se levant et sortant du ber- €€aM. « Bordeaux-Lafïitle : sept livres... « Sept livres!,., une méchante petite bouteille qui a le cou si mince et pas de hanches du
tout!...
1 ALBERT , même jeu. Il est bon , mais un
peu cher.
! BOURDALOUE, Usant . « Asperges : six francs!... « Et il y en avait douze !... dix sous l'asperge 1... Et j'ai eu l'imprudence
i d'en laisser une!... Je diminuerai dix sous
1 sur l'article asperges.
' ALBERT. Nous sommes volés !
! BOURDALOUE. Pourquoi diable as-tu com-
I mandé de ces choses-là ?
ALBERT. C'est toi !
MAGASIN THEATRAL
BOURDALOUE. C'est lui !
ALBERT ,JJ^/scrt^me. Ou plutôt... ce sont elles.... c'est leur présence.... Le gueux de traiteur a abusé de la situation.
BOURDALOUE. Ah ! voilà.. .le vol à l'amourpropre.
ALBERT. Pa^ons, et allons-nous-en.
BOURDALOUE. Oui, allons-nous-eu! {Tirant sa montre.) \ïms donc , il est sept heures.
LE GARÇON, pendant qu'Aubry, qui s'csjt levé, s'approche de Bourdaloue et parait examiner ses habits. Pardon, monsieur, vous n'oublierez pas le pour-boire ?
BOURDALOUE , tenant toujours sa montre.
S'il vous plaît?.... un pour-boire, au prix où sont les asperges!... Tiens, j'en ai laissé une.... elle vaut cinquante centimes.... négocie-la , et bois-la à ma santé.
AUBRY , regardant la montre de Bourdaloue. Ah! palsangué! qu'elle est donc jolie!
BOURDALOUE , le remarquant. Plaît-il , monsieur?... {Àpart.) Qua donc l'homme des champs, à tourner autour de moi?
AVURY , se découvrant. Pardon, excuse, mes jeunes messieurs .. je ne sommes qu'un pavsan... Pierre Grandgousier, des environs
de'Caen, dans le Calvados Je venons de
débiter mon bétail au marché de Poissy... {frappant sur sa sacoche qui est sur la table) qu'en v'ià la conséquence... et je voulions vous demander... si c'était un effet
de vot'bonté l'adresse de monsieur votre
tailleur. . .
BOURDALOUE. Ah ! bah !
AUBRY. Ah ! dam ! c'est que vous êtes fignolés dans le chenu... sous vot'respect.
BOUDALOUE, modestement. Je ne suis pas mal fignolé , non. [A part.) Ce rustre a du tact.
AUBRY. Et je voudrions faire aussi un petit peu le mirliflor... V'ià comme j'arrangeons ça... Sur le prix de mes bœufs, je voulons acheter des rcàingntes et toutes sortes de gilets... Sur la vente de mes moutons , je voulons me donner douze paires de bottes... une pour chaque mois... et des vernies , sous vot'respect!... Enfin, sur le bénéfice de mes porcs. . .
BOURDALOUE. Ah! VOUS cultivez aussl... .
cet insecte ?
AUBRY, s extasiant. Oh ! mais, des amours de porcs !... gras , dodus... c'est à se dire, en les voyant : Si j'étions pas un homme, je voudrions être ça.
BOURDALOUE, vivement. Moi, pas!... je ne voudrions pas... J'estime assez les morceaux détachés de cet animal., omnivore... mais, entier, je le méprise... {Avec aplomb.) J'ai le courage de mon opinion. .. je le méprise.
ALBERT, riant. Enfin... sur la vente de ces messieurs... que comptez-vous acheter , mon brave?
AUBRY, avec importance. Une montre!
BOURDALOUE. Ah! ah!
AUBRY. Pas une roquette de montre , grande comme l'œil... qu'on ne sait jamais s'il est midi ou ben minuit... une maîtresse montre , ben large , ben épaisse , où c'qu'il y a de bons gros mouvements , qui font : toc , toc !
BOURDALOUE. Quelque chose qui flotte entre l'oignon et la bassinoire.
AUBRY. Tenez , comme celle que vous aviez tout à l'heure î...
BOURDALOUE , tirant sa montre. Celle-ci?
AUBRY. \'\'?. m'n affaire !
BOURDALOUE. Le fait est que la gaillarde est la plus vaste de tout Dijon... Elle n'a jamais trouvé de concurrence sérieuse que dans le cadran de l'hôtel-de-ville. . . et encore , il y a eu des paris !
AUBRY. A la bonne heure !... v'ià un bijou!...
ALBERT , basa Bourdaloue y en riant. Il admire ta montre !
BOURDALOUE , /'tts. Quand je suis honteux déporter en société, ce... monument!
AUBRY. Voyons , à la bonne Iranquelte. . . combien avez-vous payé ça ?
BOURDALOUE. 200 fraucs.
AUBRY. J'en donne 300.
BOURDALOUE , vivement. Ça me va !
ALBERT. Par exemple!... tu ne dois pas. ..
BOURDALOUE , bas. Laisse donc !.. ce Bas- Normand mérite une leçon. {Haut.) Ça me va... voilà le joyau.
Il le lui donne.
AUBRY , montrant sa sacoche. Et v'iàles noyaux. ..je paye comptant... {Tapant sur la sacoche.) Oli ! la bourriche est pleine, allez!.... {Fouillant dans sa poche.) Eh ben?.. eh ben?.. où c'qu'est doncla clef?., je ne trouvons plus la clef!..
ALBERT. Vous l'aurez perdue.
BOURDALOUE. Ouon VOUS l'a volée...ailons, on vous l'a volée !..
AUBRY, riant. Oh! le bêtas!... ils prenont la clef, et melaissont la boîte!., oh! oh! oh!
BOURDALOUE, voulant reprendre la montre. En attendant , voilà notre marché rompu.
AURRY. Oh! que nenni! J'avons des
recouvrements à faire du bon argent
comme celui-ci... attendez... {Appelant.)Ohé\ père Troupeau!...* (.1 Bourdaloue.) Vous avez confiance eu lui, pas vrai?... un homme établi.
BOURDALOUE. Parbleu !
AUBRY, appuyant. Il a un payement à me
* Bourdaloue, Aubry, Albert.
faire pour une fourniture de bêtes à cornes.. . un pavement de 500 francs... Nous allons
pieiuln' vos cent écus là-dessus Père
Troupeau!...
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