SCÈNE X
BOrRDVLOUE, TROUPEAU, ALBERT.
TROUPEAU. Voici votre carte. . . Je me flatte, messieurs , que vous avez trouvé le dîner
bon? ,, . ,
BOURDALOUE. Un peu sale . je ne vous le cache pas. .. lichtre ! monsieur, comme vous assaisonnez les asperges!... je n'en avais jamais mangé à une sauce aussi... piquante! ALBERT. Voyons, finissons.
BOURDALOUE. Oui, finissons. {À part.) Heureusement, je gagne cent francs sur ma
montre.
TROUPEAU , à fart. On va me payer la
C3rtG .
BOURDALOUE ct TROUPEAU, tendant la main en même temps. :\îonsicur...
BOURDALOUE , regardant la main de Troupeau. Qu'est-ce que vous demandez?
TROUPEAU. Mais , dame!.. . le montant de la carte... et vous?..
BOURDALOUE. Ah! fort bien... la carte.
ALBERT. Dépêche-toi douc!
BOURDALOUE. Commencez , mon brave homme , par me payer ce que vous me devez.
TROUPEAU , le regardant. Ce que je vous dois?
BOURDALOUE. Certainement... la créance du villageois.
TROUPEAU. Ah! bon, bon , je n'y pensais plus... 300 pour \ous, et 200 pour lui. BOURDALOUE. C'est ça... mais finissons-en. TROUPEAU. Dans une petite minute, ça va être prêt.
BOURDALOUE. A la boune heure.
TROUPEAU. On vient de les pétrir.. .
BOURDALOUE, à part, afec ébahissement.
Hein?... On vient de pétrir mes trois
cents francs?
TROUPEAU. Ils sont au four.
BOURDALOUE, « part. Mes trois cents francs sont au four?
ALBERT, intervenant. Que diable, monsieur, expliquez- vous plus clairement!
TROUPEAU. Est-ce que, sur les cinq cents, je ne dois pas vous remettre à vous, trois cents?
BOURDALOUE. Nous y voilà!... nous y sommes!... Allez les chercher.
TROUPEAU. Mais ils ne sont pas faits.
BOURDALOUE, à part. Comment!... il les fait lui-même!... C'est un faux monnayeur!... {Haut.) Payez-moi; je m'y connais, et je verrai bien. ..
TROUPEAU, criant. Mais je vous dis qu'ils ne sont pas cuits !
BOURDALOUE, criant aussi. Pas cuits!...
qu'est-ce qui n'est pas cuit ?
TROUPEAU, de même. Les écbaudés !
BOURDALOUE. de même , crescendo. Je ne vous parle pasd'échaiulés!... je vous parle de mes trois cents francs !
TROUPEAU, de même. Je ne vous dois pas trois cents francs!... je vous dois trois cents échaudés*!
BOURDALOUE. Ah! grand Dieu!. .. je crois y être!... des échaudés!... Mais malheureux!... c'est moi qui le suis, échaudé!... ALBERT. Tu es encore volé, voilà tout.
BOURDALOUE, exaspéré. Comment ! voilà tout?... voilà trop!... Ça ne va donc pas finir, à la fin !... Le vol aux échaudés, le vol aux asperges!...
TROUPEAU , se fâchant. Plaît-il , monsieur?...
BOURDALOUE. Oui, le vol aux asp...
ALRERT, l'arrêtant. Voyons, voyons; le plus court e;>t d'en rire.. . Traiteur, voilà votre argent... Et toi... (Riant.) Monsieur mon mentor, suis-moi.
BOURDALOUE, hors de lui. Ah! le brigand!.. . Mais où le retrouver?...
TROUPEAU. Où le retrouver?... Eh! parbleu ! voilà son adresse.
BOURDALOUE. Son adresse?... Vovons**!
[Lisant.) Rue Thibautodé, N° 28.
j * Bourdaloue, Albert, Troupeau.
1 ** Albert, Bourdaloue, Troupeau.
ALBERT. Ah bah !
MAGASIN THÉÂTRAL
BOURDALOUE. Tout Paris loge donc rue Thibautodé, 11° 28 ?
ENSEMBLE
Air :
bourdaloue.
Trahison ! perfidie!
Quel affreux dénoùment !
Ah! j'ai soif de ta vie, Scélérat de Normand !
ALBERT
Nous perdons la partie; Perdons-la plus gaiment, Et permets que je rie De ce tour de Normand !
TROUPEAU
S'attrister, c'est folie :
Prenez ça plusgaîraent; Il vaut mieux que l'on rie Du bou tour du Normand.
Ih se dirigent vers le fond, Le rideau baisse.
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