SCÈNE X
CORA, ROSINE, ALBERT, MOHICAN, AUBRY, BOURDALOCE, M""^ MOHI- CAN, GRISETTES, toujours à droite et à gauche.
ALBERT, sortant delà chamlred gauche.
Voici, monsieur, un écrit "qui doit rassurer votre soUicitude.
AUBRY, à part. Lui! {Haut.) Qu'est-ce donc ?
BOURDALOUE, gaiement. Une promesse de mariage... Rien que ça!
AUBRY. Plaît-il?
MOHICAN. Oui, cher parrain, monsieur m'a demandé la main de ma nièce... que j'avais promise à ce cher Ménilmontant... et, comme je n'ai qu'une parole... je la reprends.
AUBRY, sévèrement. Ma filleule, ma petite Rosine à monsieur!... Quoi! oncle imprudent!... sans consulter son parrain, son second père, vous avez. ..
MOHICAN. J'ai accepté.
AUBRY, avec force. Et moi, je refuse!... {S' approchant de Rosine*.) Moi, qui suis le parrain de ma filleule... tout autant que vous êtes l'oncle de votre nièce!
CORA. Comment ?
ROSINE. Que dit-il ?
ALBERT. Mais, de quel droit, monsieur ?.. .
AUBRY. De quel droit!... vous me le de-
* Cora, Rosine, Aubry, Albert, Mohican, Bourdaloue, madame Mohican.
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mandez, monsieur !. .. Et voilà comme on est volé dans ce maudit Paris!. .. une pauvre jeune (ille d'une famille si respectable, si honorable, si vénérable !.. . fi! c'est affreux, monsieur!...
BOURDALOUE. Ah ça, qu'cst-ce qu'il a donc, l'homme au pâté?
MOHICAN, à part. Où diable a-t-on été chercher ce parrain-là ?
ALBERT. Mais vous expliquerez-vous enfin, monsieur?... Qu'avez-vous âme reprocher?
AURRY. De vouloir vous introduire dans notre sein, vous, qui êtes sans ressources ! TOUS. Sans ressources !
AUBRY. Faites] éionné, monsieur... comme si vous ne saviez pas la baisse survenue à la Bourse et qui ruine toutes vos espérances ! ALBERT, Que dites-vous!... une baisse?
AU6RY. Qui vous ferait perdre cent mille francs de plus, si vous pouviez les pa\er... et vous le savez bien, vous, qui étiez réduit hier à emprunter de l'argent à un usurier... lequel vous payait eu bouteilles vides, en perroquet et en mirhtons !
TOUS. En mirlitons* !
CORA. Je me disais aussi : mais où ce monsieur a-t-il pris tant de mirlitons ? ALBERT. Ruiné!
AUBRY, bas, à Bourdaloue, qu'il prend à part. Et c'est pour accomplir un pareil mariage, que ma filleule n'a pas craint d'élever à la dignité d'oncle et de tante de misérables portiers.
BOURDALOUE, ^as. Des portiers?...
AUBRY. Eh ! sans doute !
BOURDALOUE. Vovousça... {Allant derrière monsieur et madame Mohican , qui causent.) Cordon, s'il vous plaît!
Mohican et sa femme surpris font tous deux le geste de tirer le cordon.
MOHICAN. Hein ? qu'est-ce que c'est ?
BOURDALOUE. A c te loge, portiers, à c'te loge !
Mohican et sa femme remontent.
ALBERT, à Rosine. Des portiers!... ah!
mademoiselle, c'est affreux!
*Cora, Rosine, Aubrj-, Bourdaloue, Albert, Mohican, madame Mohican.
CORA. Eh ! bien ! il est gentil, le parrain que tu t'es choisi là !
ROSii\E. Moi?... maispasdutout !... c'est toi qui me l'as amené !
Aubry remet dans ses poches toutes ses bouteilles.
BOURDALOUE. Qu'est-ce qu'il fait donc, le parrain ?
CORA. Mais je ne connais pas du tout ce monsieur !
ROSINE. C'est la première fois que je le vois !
ALBERT. Comment! cet homme n'est pas votre parrain?
ROSINE. Non, monsieur.
CORA, à Aubry, qui est revenu au milieu, chargé de tous ses comestibles. Nous expliqucrez-vous, monsieur, comment vous êtes ici*?
AUBRY. Certainement.
ALBERT, de même. Me direz-vous, monsieur, de quel droit vous vous occupez de mes intérêts?
AUBRY. Certainement.
MOHICAN, criant. Qui demandez-vous monsieur?... Pariez au portier!
BOURDALOUE, criant aussi. Des explications ! beaucoup d'explications !
AUBRY. Je suis prêt à les donner... Seulement, vous viendrez les chercher chez moi.
BOURDALOUE. OÙ Ça, monsieur 'i'
AUBRY. Rue...
BOURDALOUE, vivement. Attendez' sais... rue Thibauiodé!.. .
AUBRY. N" 28
Il sort.
je