ACTE QUATRIÈME
LAU RE
Vous pouvez pourtant bien aller là où est votre place... avec vos égaux.
BIEGLER
C'est ça mes égaux, mademoiselle Laure. Ne vous y trompez pas, c'est là qu'est ma place. Je ne fais plus partie du monde où vous vivez... Dans celui où je vis, on a la gale, et ça pue l'eau-de-vie; on se crache sur les pieds, quand ils sont blessés, parce qu'on n'a pas de quoi s'acheter de la pommade, et on vend son salut éternel pour un faux certificat.
LAURE
Mais, pourtant, vous êtes toujours ici.
BIEGLER
Autant dire que je n'y suis plus. Je m'en vais demain matin.
LAURE
Mais pourquoi ça ? Attendez donc un peu.
238 PAUMI LES PIERRES
BIEGLER
Jo n'attends plus rien du tout, rien de bon, rien de mauvais. Je m'en vais de toute façon. Maintenant qu'ils ont appris de ma propre bouche quel homme je suis... Non, pas un jour de plus... Ça été seulement comme un beau rêve. Le voilàfini... Ah! je le regretterai, ça, oui. Oui,lanuit, quandlaluneéclairetous'cesblocs... tenez, là, voyez-vous... Dans le jour, c'est gris... mais, la nuit, on dirait du marbre. Souvent, je me suis promené au milieu d'eux, j'en caressais un, puis un autre, et je me disais : « Quel est l'heureux mortel qui le taillera ? « Et puis, quand enfin tout se tait, dans les rues, tout autour d'ici, on reste là, assis au milieu de l'univers, comme enveloppé d'un beau manteau, bien chaud ; on est bien tranquille, bien... je vous l'ai déjà dit hier, mais ce n'est que bien plus tard, vers le mat...
Il s'interrompt et prête l'oreille, avec anxiété.
Qu'est-ce que c'est ?