MARIE STUART
INée en i 542
Théine de "France de 1 559 ^ ' ^^°
"Décapitée en 1 5 87
CHANSON
sur la mort imprévue de François II, Roi de France, j 56o
EN mon triste et doux chant, D'un ton fort lamentable, Je jette un deuil tranchant De perte incomparable ; Et en soupirs cuisans Passe mes meilleurs ans.
Fut-il un tel malheur De dure destinée, Ny si triste douleur De dame fortunée, Qui mon cœur et mon œil Voit en bière et cercueil.
Qui, en mon doux printemps Et fleur de ma jeunesse,
Toutes les peines sens D'une extrême tristesse, Et en rien n'ay plaisir Qu'en regret et désir.
Ce qui m'estoit plaisant Ores m'est peine dure, Le jour le plus luisant M'est nuit noire et obscure, Et n'ai rien si exquis Qui de moy soit requis.
J'ay au cueur et à l'œil Ung portrait et image Qui figure mon deuil En mon pasie visage, De violettes tainct, Qui est l'amoureux teinct.
Pour mon mal estranger Je me m'arreste en place ; Mais j'ay eu beau changer Si ma douleur j'efiface, Car mon pis et mon mieux Sont les plus déserts lieux.
PARNASSE ROYAL ICJ
Si en quelque séjour, Soit en bois ou en prée, Soit sur l'aube du jour
Ou soit sur la vesprée, Sans cesse mon cœur sent Le regret d'un absent.
Si parfois vers ces lieux Viens à dresser ma veue, Le doux trait de ses yeux Je vois en une nue ; Soudain je vois en l'eau Comme dans un tombeau.
Si je suis en repos, Sommeillant sur ma couche, J'oy qu'il me tient propos, Je le sens qu'il me touche.
En labeur, en recoy (i), Toujours est près de moy.
Je ne vois autre objet, Pour beau qu'il se présente, A qui que soit subjet,
i) Recoy-repos,
Oncques mon cœur consente, Exempt de perfection, A cette aÊfection.
Mets, chanson, ici fin, A si triste complainte Dont sera le refrain :
Amour vraie et non feinte Pour la séparation N'aura diminution.