‹ Parnasse royalChapitre 25 sur 37 · A RONSARD · texte numérisé non relu

A RONSARD

TON esprit est, Ronsard, plus gaillard que le mien ; Mais mon corps est plus jeune et plus fort que le

[tien; Par ainsi je conclus qu'en savoir tu me passe D'autant que mon printemps tes cheveux gris efface.

L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner, Doit être à plus haut prix que celui de régner. Tous deux également nous portons des couronnes : Mais, roi, je la reçus ; poète, tu la donnes. Ton esprit enflammé d'une céleste ardeur Eclate par soi-même, et moi par ma grandeur. Si du côté des Dieux je cherche l'avantage, Ronsard est leur mignon et je suis leur image.

Ta lyre, qui ravit par de si doux accords, Te soumet les esprits dont je n"ai que les corps Elle s'en rend le maître, et te fait introduire Où le plus fier tyran n'a jamais eu d'empire, Elle amollit les cceurs et soumet la beauté : Je puis donner la mort, toi l'immortalité.

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