‹ Parnasse royalChapitre 30 sur 37 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

Faict en l'honneur de Dieu

par Henry de Bourbon

quatriesme de ce nom,

très chre$ticn roy de France et de Navarre,

après la bataille obtenue sur les Ligueurs

en la plaine d'ivry

le 14 mars 1591 (vieux style)

Puisqu'il te plaist, Seigneur, d'une heureuse [poursuite Espandrc, libéral, sur moy ton serviteur Un monde de bienfaicts, et qu'ores en ma faveur Tu as mis justement mes ennemis en fuite ;

Je ne veux me cacher sous un ingrat silence, Ou trop fier m'eslever en ma foible vertu ; Je veux dire que toy, ce jour as combatu, Et rompu des meschans la superbe arrogance.

Je chante ton honneur sous l'efFect de mes armes, A ta juste grandeur je rapporte le tout : Car du commencement, du milieu jusqu'au bout, Toy seul m'a garanti au plus fort des alarmes.

L'ennemi forceneur appuyé sur son nombre Se promettoit le gain du combat furieux; Enflé de trop d'orgueil, pensoit victorieux Mettre dessus mon chef un si mortel encombre.

Rien que sang ne que meurtre en son camp ne résonne Là l'Espagnol cruel et l'avare Germain, L'Italien, le Suisse, et le lâche Lorrain, Se vantoyent, insensez, de perdre ma couronne.

Du plus haut de ton ciel regardant en la terre, Mesprisant leur audace et de graves sourcis. Desdaignant ces mutains, soudain tu les a mis Au plus sanglant malheur que sçeut porter la guerre.

Comme l'ours qui descend du haut de la montaigne

Estonne furieux le troupeau qui s'enfuit,

Geste armée par toi estonnée produit

Le semblable soudain en quittant la campagne.

J'ai vu l'estonement, et ma troupe esbranlée A demy la senty ; mais alors, tout certain De ton secours, Seigneur, j'ai suivi mon dessein Et marchay courageux encore en la meslée.

La victoire esbranloit douteuse et incertaine ; Certaine toutefois elle tourne vers moy, Mes gens reprennent cœur et secourent leur roy, Renversant, foudroyant ceste troupe inhumaine.

L'heure à demy encor ne s'estoit avancée Qu'avancé je me vis au dessus des mcschans, Et mesprisant l'efifort de leurs glaives tranchans Je veis en ma fureur leur fureur renversée.

Du coursier généreux la carrière plus viste Tardive se trouvoit à tous ses gens fuyards Courans espouvantez, rompus de toutes parts: J'ay la terre rougie en leur honteuse fuite.

Le jour cesse plutost que la chasse ne cesse,

Tout ce camp désolé ne se peut asseurez

Et à peine la nuict les laisse respirer:

Car les miens courageux les poursuivoyent sans cesse.

Là i'a}' foulé l'orgueil de l'Espagne trop fière, Et au prix de son sang j'ay gravé, valeureux, Du trenchant coutelas sur son soldat paoureux De fuite et lascheté la lasche vitupère.

L'Italie a sa part à ce honteux diffame, Le Vallon, le Lorrain y a perdu l'honneur, Le desloyal François y reçoit la terreur, En tremblant estonné ma douceur il réclame.

Mille et mille sont morts ; et en ceste poursuite J'ay veu les grands effects de ton saint jugement, Qui tarde quelquefois, mais plus violement Les meschans en ruine enfin il précipite.

C'est toy, Seigneur, qui a parachevé ceste oeuvre : Cest oeuvre tout entier, ô mon Dieu ! tu l'as faict, Tu t'es servy de moy pour le rendre parfaict Et sur moy en cela ta bonté se descouvre.

Humble, recoignoissant tes bontés paternelles, Je loue ta grandeur de tout ce qu'est en moy ; Et puisque je n'ay rien que je n'aie de toy, A toy rendre je dois ces grâces solennelles.

Seigneur, tu m'as donné la volonté très bonne De ne rester ingrat ; donne-moy les efifects, Car je veux tesmoigner les biens que tu m'as faicts Et faire que ton nom en ma France raisonne.

Ny le sceptre royal ny la grande mondaine De divers courtisans, ny mes propres desseins, N'empescheront jamais qu'au milieu de tes saincts Je ne chante toujours ta bonté souveraine.

Je ferai que ton nom très sainct et admirable

En ma France sera sainctement honoré,

Afin qu'estant de moy et des miens adoré,

De plus en plus, Seigneur, tu nous sois favorable.

PARNASSK ROYAL I35

VIENS AURORE î

VIENS aurore, Je t'implore, Je suis gai quand je te voi , La bergère Qui m'est chère Est vermeille comme toi.

D'ambroisie

Bien choisie, Hébé la nourrit à part,

Et sa bouche

Quand j'y touche Aie parfume de nectar.

Elle e<t blonde

Sans seconde, Elle a la taille à la main,

Sa prunelle

Etinctlle Comme l'astre du matin.

De rosée

Arrosée, La rose a moins de fraîcheur,

Une hermine

Est moins fine, Le lis a moins de blancheur.

Pour entendre

Sa voix tendre, On déserte le hameau,

Et Tityre

Qui soupire Fait taire son chalumeau.

Les trois grâces

Sur ses traces Font naître un essaim d'amours,

La sagesse,

Sa justesse Accompagnent ses discours.

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