‹ ParnyChapitre 24 sur 38 · LE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LE CINQUIÈME

J'ai le bonheur d'être bon catholique.

Et, comme tel, je suis un peu surpris De voir un Juif, un Turc, en paradis.

l'ange

Entre, et rejoins les tiens sous ce portique. Venons à toi ; quelle religion As-tu suivie ?

LE SIXIÈME

Aucune.

l'ange Aucune ?

LE SIXIÈME

Non.

l'ange Mais cependant quelle fut ta croyance ?

LE SIXIÈME

L'âme immortelle, un Dieu qui récompense Et qui punit ; rien de plus.

l'ange

En ce cas, Entre, et choisis ta place où tu voudras.

Ainsi raisonne, ou plutôt déraisonne Un philosophe, un sage de nos jours.

Sage insensé ! Mais que Dieu lui pardonne, Si Dieu le peut, cet étrange discours.

Français, croyez tout ce qu'ont cru vos pères ; Femmes, aimez ce qu'ont aimé vos mères ; Croyez, aimez ; et lorsqu'il vous plaira, Du ciel pour vous la porte s'ouvrira.

Non, arrêtez : la guerre vient d'éclore Dans les hauts lieux ; le royaume d'azur A Jésus-Christ n'appartient pas encore : On va combattre; attendre est le plus sûr.

Trop négligés dans leur petit domaine, Les dieux païens subsistaient avec peine : L'encens manquait. Leurs rivaux plus heureux Escamotaient les terrestres prières, Les chants discords, les offrandes, les vœux. Et les parfums là-haut si nécessaires.

Gens affamés n'entendent pas raison. Peu satisfaits de leur maigre pitance, Quelques Sylvains d'un appétit glouton Pleuraient un jour leur première abondance.

Leurs poings fermés, leurs regards menaçants,

Sur les chrétiens se détournaient sans cesse ;

Ils déclamaient contre l'humaine espèce;

Quand tout à coup un nuage d'encens

De leur humeur adoucit la tristesse.

« Bon ! dit l'un d'eux, celui-là vient à nous ;

De sa vapeur d'avance je m'enivre.

Comme il est gros ! Amis, rassurez-vous ;

Pour quelque temps nous aurons de quoi vivre. »

A bien dîner à tort il s'attendait.

Quarante saints, qu'un ange commandait, Au Paradis convoyaient ce nuage.

Il s'approcha des Sylvains étonnés, Et passa juste à deux doigts de leur nez. Ce qui n'était qu'un simple badinage Au sérieux fut pris par ces pandours.

De Jupiter l'ordre est précis ; n'importe ; A coups de sabre ils tombent sur l'escorte. L'escorte a peur ; elle crie au secours : En attendant les coups pleuvent toujours. L'ange, privé de ses ailes rapides, A pied s'enfuit ; on houspille les saints ; Tout se disperse, et déjà les Sylvains Sur le convoi portent leurs mains avides. Du Paradis accourent par bonheur D'autres chrétiens qui leur font lâcher prise. D'autres païens arrivent par malheur, Qui des premiers soutiennent l'entreprise. Trente contre un ces chrétiens combattaient ; Plus aguerris, ces païens les frottaient ; Et la victoire est encore indécise.

Mais j'aperçois Samson. Tremblez, faquins! L'arme fragile, instrument de sa gloire, Vaincra toujours : cette heureuse mâchoire Brisa cent fois celle des Philistins ; Fuyez, vous dis- je, ou c'en est fait des vôtres. Et toi, Samson, prends garde aux sept cheveux Qui font ta force : invincible par eux, Défends-les bien ; laisse arracher les autres. Le casque en tête, il s'élance d'un saut Au premier rang. Un Sylvain téméraire Pour le combat se présente aussitôt.

« Attends, dit-il, attends ; mon cimeterre Va chatouiller cet énorme derrière,

Et de ce dos mesurer la largeur.

Je veux... » Soudain la mâchoire funeste,

Sur la mâchoire atteint ce discoureur.

La pulvérise, et supprime le reste

De sa harangue : alors chaque païen

Se défendit sans parler, et fit bien.

Samson triomphe, et le parquet céleste

Des dents* qu'il brise est déjà parsemé.

Par un courrier intelligent et preste,

De ce dégât Hercule est informé.

A ce récit, le vaillant fils d'Alcmène

Répond : J'y cours ; et, quittant les remparts,

D'un pas rapide il traverse la plaine,

Et des chrétiens étonne les regards.

Lorsqu'en hurlant une hyène sauvage,

De qui la faim augmente encor la rage,

Du Gévaudan abandonne les monts,

Le feu jaillit de sa rouge prunelle ;

L'effroi, la mort descendent avec elle

Sur les troupeaux épars dans les vallons ;

Tout fuit, enfants, chiens, bergers, et moutons.

Des Philistins le vainqueur intrépide,

Se promettant un triomphe de plus,

Seul attendit le vainqueur de Cacus.

Impunément on n'attend pas Alcide.

De prime abord au héros des Hébreux

De sa massue il porte un coup affreux.

Brave Samson, ton casque est mis en pièces ;

Ton crâne saint, frappé si rudement,

Est ébranlé sous ses croûtes épaisses ;

Ton large front s'incline forcément ;

Ton œil se trouble et voit mille étincelles ;

Sur tes grands pieds un moment tu chancelles ;

Un seul moment. « Ce n'est rien, ce n'est rien. »

Il dit ; ce mot fait rire le païen.

0 du Très-Haut assistance imprévue !

De la mâchoire un coup miraculeux

En mille éclats a brisé la massue.

Le fier Samson relève un bras nerveux ;

Le fier Alcide au visage lui lance

Le court tronçon qui formait sa défense,

Et brusquement le saisit aux cheveux.

A cet aspect tous les chrétiens pâlissent,

Et leurs clameurs dans les airs retentissent :

« Maudit païen ! il va les arracher.

Laisserons-nous dans sa main furieuse De notre ami la tête précieuse?

Défendons-la. Ferme ! osons approcher. » D'im épervier quand la serre sanglante Vient de saisir l'alouette tremblante Qui s'élevait en chantant jusqu'aux cieux, Aux sons plaintifs que pousse la pauvrette, Du bois voisin le peuple harmonieux,.

Moineau, pinson, sansonnet, et fauvette, S'élancent tous sur le tyran des airs Que n'émeut point leur impuissante rage, Suivent son vol, et de leurs cris divers Font vainement retentir le bocage.

Tel des chrétiens le courage discret Défend Samson ; mais sourd à leur colère, L'autre tirait sur l'épaisse crinière, Tant et si fort, qu'il emporte tout net, Et montre aux siens le bienheureux toupet. Ce fut alors que les cris redoublèrent. Du gros Samson la factice vigueur S'évanouit, et ses genoux tremblèrent.

Il voulut fuir ; l'intraitable vainqueur D'un coup de poing acheva sa défaite.

De nos héros l'âme était stupéfaite. Leurs ennemis s'élancent de nouveau Pour se saisir du nuage en litige.

A reculer d'abord on les oblige ; Car nous tenions à ce friand morceau : Mais l'appétit chez eux se tourne en rage. Revenant donc en vrais déterminés, Ils forcent tout, et s'ouvrent un passage. Il fallait voir sur l'odorant nuage Les combattants follement acharnés.

En sens contraire on le pousse, on le tire ; Chacun y met la griffe : on le déchire, On le dépèce ; et les flocons épars, Chargés d'encens, volent de toutes parts. On court après. Notre milice entière Du paradis débouche en ce moment.

Du grand Michel tonne la voix guerrière ; Il marche, avance, et crie : Alignement ! La Trinité, qu'escortaient six mille anges, Se place ensuite au quartier général,

Bénit trois fois ses nombreuses phalanges, Et de l'attaque arbore le signal.

Pauvres païens, la résistance est vaine, Vous le voyez ; que peut une centaine De combattants, que peut l'Olympe entier Contre une armée innombrable et chrétienne ! Le parti sage est de vous replier.

C'est ce qu'ils font, non pas sans quelque peine. Serrés de près, les coups hâtent leurs pas. De poste en poste on les pousse, on les chasse. Mais et Bellone arrivent, et leurs bras De l'ennemi réprime un peu l'audace.

Des rangs entiers sont renversés par eux. On voit bientôt sur le pavé des cieux D'anges, de saints, un abatis immense.

Mais d'autres saints, d'autres anges tout frais, Que prudemment d'autres suivent de près, Du fougueux Mars fatiguent la vaillance. « Morbleu, dit-il, c'est à ne plus finir. » Las de frapper, mais toujours formidable, Le dieu s'arrête, et soutient sans pâlir Des bataillons le choc épouvantable.

Laissons-le faire, et sur le paradis Tournons les yeux : on n'y voit que les saintes, Qui, babillant, se confiaient leurs craintes Sur le combat livré par leurs amis.

De ce troupeau dédaignant la cohue, Plus loin Judith se promène à l'écart.

La tête basse, elle marche au hasard ; Elle est rêveuse, et semble très émue.

Aux demi-mots qu'elle laisse échapper, A son regard, à son geste, on soupçonne Qu'un grand dessein occupe l'amazone, Et qu'elle trouve une tête à couper.

Judith revient, et fortement s'écrie : « Morbleu! j'enrage; au lieu de babiller, Que n'allons-nous en silence étriller De ces païens au moins une partie ?

Secondez-moi dans ce projet heureux ; Que d'entre vous les plus braves se lèvent ; Prenons en flanc ces brigands peu nombreux ; Déjà battus, que nos bras les achèvent. »

Sa tête haute et son air triomphant, D'un poing fermé le geste renaissant,

Son autre main sur sa hanche placée, Sa jambe droite avec grâce avancée, Mais plus encore la nouveauté du fait, De son discours assurèrent l'effet.

A ses côtés trois cents femmes se rangent, Et prudemment leurs habits elles changent. Pour éviter tout accident fâcheux On prend des Saints la jaquette légère, Le bouclier, le casque, et la rapière, Et l'on promet de se battre comme eux.

Du ciel Judith connaissait les passages : Son bataillon derrière les nuages Se glisse, avance, et se croit bien caché. Mais sur l'Olympe en ce moment perché, L'aigle attentif le découvre sans peine : A Jupiter il en fait son rapport.

Au même instant le dieu du Pinde sort, Et de soldats il prend une centaine.

Au pas de charge il marche à ces hussards, Et brusquement se montre à leurs regards. Qui fut penaud? Ces vaillantes donzelles S'arrêtent court, délibèrent entre elles, Et la moitié déjà tourne le dos.

Le général, que leur faiblesse irrite, Gronde, pérore, et jurant à propos, Tant bien que mal au combat les excite.

De son côté l'intrépide Apollon A sur deux rangs formé son bataillon.

Du fourreau d'or sa lame était tirée.

« Qu'est-ce, dit-il ? ce maintien indécis, Ces blanches mains, ces genoux arrondis, Ces petits pas, cette marche serrée, Annonceraient de faibles ennemis.

De ces guerriers l'allure est malheureuse. Voyons pourtant, car la mine est trompeuse. Sur le plus proche il s'élance aussitôt, Et pour frapper son bras nerveux se lève. Notre héroïne, au seul aspect du glaive, Pâle d'effroi, raisonne ainsi tout haut : « Après le coup immanquable est ma chute Pour abréger, je tombe avant le coup. » Et sur l'arène une prompte culbute Etend la belle. Apollon rit beaucoup ; Mais remarquant sous la courte jaquette

LA GUERRE DKS DIEUX l',l

De sa frayeur une excuse complète :

« L'avez-vous vu? dit-il à ses soldats;

C'en est bien un, je ne m'abuse pas.

Tant mieux ! levons ces trompeuses casaques ;

Ne tuons rien ; mais des claques, des claques. »

Ce mot heureux circule promptement. Sur l'ennemi chacun tombe gaîment ; Gaîment encore aux claques l'on procède. Le jeu s'échauffe, et malheur à la laide ! Toujours sur elle on daube fortement.

Sur la beauté la main aussi se lève ; Prête à frapper, jamais elle n'achève : On la voyait retomber doucement, Du blanc satin caresser la surface, Et quelquefois la bouche prend sa place.

Les unes donc à grands pas détalaient ; Avec lenteur les autres reculaient.

On les rattrape, et l'assaut recommence. Il plaisait fort; c'était un jeu de main, Qui ne fut pas pourtant le jeu de vilain. Ces culs de lis restaient en évidence : De la victoire on voulut profiter ; On les retourne ; ils y comptaient d'avance. Quelle attitude ! et quel profond silence ! On entendrait une souris trotter.

Des généraux doivent se battre ensemble, Et la Judith appartenait de droit Au dieu du Pinde. A l'écart il la voit. « Viens, dit tout bas la Sainte, viens, et tremble. Je ne veux point disputer, tu m'auras ; Mais cet honneur bien cher tu le paieras. » Par Apollon aussitôt entreprise, Sa chasteté résiste faiblement ; A ses désirs elle est bientôt soumise, A tout se prête, et hâte le moment Où de ses sens il va perdre l'usage.

Mais prenant goût à ce charmant ouvrage, Elle oublia de conserver les siens.

Dans le plaisir Apollon la devance, Au but arrive, et soudain recommence.

« Bon ! dit Judith, à présent je te tiens. » Sa main alors subtilement ramasse Le fer tranchant auprès d'elle placé.

Le dieu la voit, et son bras avancé

Retient en l'air le coup qui le menace. « Peste ! dit-il, je remplis vos souhaits, Je recommence^ et votre main cruelle Veut m'égorger ! Que f eriez-vous, la belle, Si ma faiblesse eût manqué vos attraits ? Seriez-vous point la Judith? Oui, vous l'êtes, Et votre zèle en veut toujours aux têtes. Moi, je suis bon; loin de vous imiter, A vos appas je prétends ajouter. »

Le traître alors touche d'un doigt perfide Le point précis où naît la volupté, Ce point secret, délicat, et timide, Dont le doux nom des Grecs est emprunté. En même temps quelques mots il prononce. Des mots sacrés sans doute ; et pour réponse, Le point touché subitement s'accrut.

En frémissant Judith s'en aperçut.

On lui donnait trop ou trop peu ; la belle S'écria donc: « Suis-je mâle ou femelle? »

Elle s'élance, et frappe à tour de bras Le dieu malin qui riait aux éclats.

Tout en riant, adroitement il pare.

La foule alors arrive et les sépare.

Vous avez vu des duègnes le troupeau Mal figurer dans ce combat nouveau, Et par la fuite aux claques se soustraire. De tant courir il n'était pas besoin : A les poursuivre on ne s'empressait guère. Elles font halte à six cents pas plus loin, Et tristement regardent en arrière.

A cet aspect, lecteur, figurez-vous, Et leur surprise et leur dépit jaloux.

Que n'ose point une femme en colère !

La frayeur cesse ; on revient sur ses pas, Et l'on retombe en écumant de rage Sur les pécheurs, qui ne s'en doutaient pas. Beaucoup avaient terminé leur ouvrage ; Mais il restait encore quelques traîneurs ; Et ces derniers se prêtaient à merveilles Au châtiment infligé par les vieilles.

D'une main sèche on claque ces claqueurs ; Et leurs amis, qu'amuse un tel spectacle, A la leçon bien loin de mettre obstacle. Disaient : « Il faut leur apprendre à finir. »

Ceux-là punis, les prudes implacables

Fondent soudain sur les Saintes aimables

Qui du combat s'étaient fait un plaisir.

Pour préluder d'abord on s'invective;

Aux coups de poings par degrés on arrive ;

La rage augmente ; on se prend aux cheveux,

Au nez, au sein, à la jaquette, aux yeux,

Ailleurs encore ; et la troupe acharnée,

Que des païens animent les propos,

S'en va tomber sur les deux généraux.

Que fit alors l'héroïne étonnée?

D'une voix forte elle cria : « Holà !

Séparez- vous. Quel excès d'indécence !

Vit-on jamais pareille extravagance?

Quoi ! vous veniez combattre ces gens-là,

Et sous leurs yeux... Le trait est impayable!

Au corps, au cœur, vous avez donc le diable ?

Séparez-vous, coquines, ou ces mains

Vont arracher le reste de vos crins. »

Déjà l'effet a suivi la menace.

A droite, à gauche, elle frappe, elle terrasse.

Lors Apollon et ses heureux soldats,

Gais et contents, retournent sur leurs pas.

Ce lieu, témoin de leurs folles attaques,

Fut surnommé la Chapelle des claques.

De vrais combats les attendaient ailleurs. Leurs compagnons affaiblis, hors d 'haleine, Pliaient déjà ; la foule des vainqueurs Entourait Mars ; Mars résistait à peine. « Que voulez-vous, brigands du Paradis ? S'écriait-il. Quel démon vous travaille?

N'approchez pas, sotte et vile canaille, Ou de nouveau, moi, je vous circoncis. » Malgré les traits qui pieu vent comme grêle, Sur les vaincus entassés pêle-mêle D'un pied barbare il monte et s'affermit. Frappé cent fois, son bouclier gémit : N'importe, à fuir il ne peut se résoudre. Seul contre tous il reste insolemment, Comme un rocher que battent vainement Le vent, les flots, et la grêle, et la foudre.

De son palais le souverain des dieux Voit des chrétiens le triomphe rapide.

Sa main saisit la redoutable égide,

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Et sur son aigle il monte furieux.

« N'écoutez pas une aveugle colère,.

Lui dit Minerve, et cédez au destin.

De vos efforts qu'espérez-vous enfin ?

Ainsi que vous, ces gens ont leur tonnerre ; Il est tout frais, et le vôtre a vieilli. Pourquoi lancer au Christ enorgueilli De vains pétards ? Cachons notre impuissance ; De la douceur donnons-lui l'apparence.

Vous le voyez ; nos braves champions Font éclater un courage inutile. Qu'ils rentrent tous ; ils sont à peine mille, Et les chrétiens comptent par millions.

Que de ces murs la force nous protège. Nous y pouvons soutenir un long siège.

Moi cependant, chez les dieux étrangers, J'irai conter notre mésaventure, Notre faiblesse et nos pressants dangers : De leur appui leur intérêt m'assure. »

Cette leçon, mais surtout cet espoir, Calma du dieu la fureur indiscrète.

A la prêcheuse il donna plein pouvoir, Et sans délai fit battre la retraite.

„ Il eut raison ; ce combat inégal A ses guerriers allait être fatal.

Bellone et Mars, affamés de carnage, N'obéissaient qu'en frémissant de rage.

Plus furieux à ce dernier moment, Ils se pressaient d'assommer et d'abattre ; Puis en arrière ils marchaient lentement, Et quelquefois revenaient brusquement Sur les chrétiens qui tombaient quatre à quatre. On les eût pris de loin pour les vainqueurs. En ordre ainsi les païens se retirent ; De la montagne ils gagnent les hauteurs ; Et renfermés dans les murs, ils respirent.

L'ardent Michel se présente aussitôt, Et des remparts il veut tenter l'assaut. Mais tous n'ont pas son courage héroïque. Le jour fuyait, et l'ombre pacifique Au doux sommeil invitait le soldat :

Pour murmurer chacun ouvrait la bouche, Quand le Trio qui jamais ne découche, Au lendemain renvova le combat.

Devant les murs, autour de la colline Vingt^ bataillons par Michel sont placée : Au Paradis le reste s'achemine, Sur des brancards emportant les blesses.

On n'entend plus le fracas de la guerre ; Après la gloire on cherche le repos ; Et le poltron, ainsi que le héros, Au doux sommeil a livré sa paupière.

Priape et Mars, aux portes du palais, Etaient de garde avec tous les Satyres. « Eh quoi ! dit Mars, tu rêves ? tu soupires ? De ces brigands tu crains donc le succès ?

— Moi ? point du tout ; mais l'ennui me consume.

— Je m'en doutais. Aux Satyres vraiment Ce métier-ci ne convient nullement.

Veiller sans fruit n'est pas votre coutume ; La continence est pour vous un tourment : Que je vous plains ! — Mal à propos tu railles. Dans ce moment je songeais aux batailles ; Un grand projet occupait mon esprit.

— Qu'est-ce? Voyons. — Je voudrais à profit Mettre ce temps qu'au sommeil on enlève.

— Par quel moyen? — J'en connais un. — Achève.

— Tu sais la guerre ; ainsi tu conviendras Qu'il n'est jamais de siège sans sortie ; C'est une règle au Parnasse établie.

Sur ces messieurs qui sommeillent là-bas J'en veux faire une ; et ne t'oppose pas A mon projet. Mes Satyres fidèles, Ainsi que moi connaissent les chemins ; La nuit est sombre ; il faut qu'à ces gredins J'aille couper le sommeil et les ailes.

— Embrasse-moi, mon ami ; tes soldats Doivent aimer les nocturnes combats ; Hàtez-vous donc, et partez pour la gloire. » La porte s'ouvre ; aussitôt ces pandours, Enveloppés de l'ombre la plus noire, Quittent l'Olympe, hélas ! et pour toujours.

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