RÉCOLLET
Sème Desservant.
Le Père Racollet Joseph -B3njamin Diîlorme était du diocèse de Paris, mais il fut ordonné à Qaébec le 21 septembre 1699 par Mgr de Saint-Vallier. Il est mort le 8 février 1722.
Pendant qu'il desservait la paroisse M.
O-landelet, alors Vicaire-G-énéral, vint à Charlesbourg, le 3 janvier 1701, présider l'élection du margaillier Maurice Déry, et il ordonna en partant au PèreDalormede présider l'assemblée pour recevoir les comptes du marguillier Simon Savard ; ce qui se fit le jour des Rois au soir.
Toilà tout ce que l'on sait des règnes
courts et pacifiques de ces deux Pères Eécollets après lesquels la desserte de la paroisse fut confiée à
MONSIEUR PIERRE liE BOULLENGER 2ème Curé et 9ème Desservant.
C'est ainsi qu'il signait. L'abbé Tanguay dit de lui : *' Pierre-IJené LeBoulanger Sieur de Saint-Pierre, né au Cap de la Madeleine, en 1679, fils de Pierre Le Boulanger et de Marie Renée Godfroid de Tonnancour, fut ordonné à Québec le 6 novembre 1701 et chargé immédiatement de la cure de Charlesbourg qu'il desservit jusqu'à sa mort, arrivée le 24 juin 1747. Il était âgé de 68 ans. Ses restes sont déposés dans l'église de Charlesbourg." — Son premier acte dans les registres est du 18 novembre 1701 ; il a donc desservi la paroisse pendant quarante cinq ans et demi. C'est le plu& long règne des curés de Charlesbourg et il sera difficilement surpassé par ses successeurs sous ce rapport
Dans les premières années de sa desserte M. LeBoullenger demeurait souvent au Séminaire dont il était prêtre et allait
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■de là faire des missions en différentes places du diocèse, et on voit par les registres qu'il était alors temporairement remplacé à Charlesbourg par d'autres prêtres.
Mais cet état de choses ne dura que jusqu'au 8 novembre 1^16 où il fut nommé à la cure do Charlesbourg et dont il prit solennellement possession le 15 du même mois, comme en fait foi l'acte suivant que nous reproduisons comme curieux souvenir de cette époque.
" L'an mil sept cent seize le dimanche quinze novembre, à trois heures et demie de relevée, à l'issue des vêpres, en vertu de la lettre de collation et provision de la cure de St-Charles du lieu dit vulgairement Charlesbourg situé dans la banlieue de Québec, données par Mgr.
l'Illustre Jean-Baptiste de la Croix de St. Vallier, évêque de Québec, en date ■du huitième novembre et la présente année signé Johannes episcopus quebecensis scellées du sceau de ses armes — de mandato D.D, Episc^ gueb. Armand en{'a,Ye\ir de M^® Pierre Le Boulanger prestre du diocèse de Québec — -j'ai prestre, curé et oflS.cial de Québec et soussigné de ce requis en présence des témoins cy-après nommés et desparoissieiisdeCharlesbourgassemblés,
mis le d* M*^® Pierre Le BouUenger présent en personne en la possession icelle et actuelle de la d® cure de St-Charles du d* Charlesbourg, de ses fruits, revenus, appartenances et dépendances quelconques et ce par la libre entrée de l'église où s'étant mis à genoux, fait sa prière devant le très Saint-Sacrement, touché et baisé le maître-autel, visité le Saint-Sacrement, s'étant assis en la place qu'occupe ordinairement le curé, étant monté en la chaire où l'on annonce l'Evangile, ayant touché le livre des S. Evangiles et les Fonts- Baptismaux, sonné les cloches et par autres cérémonies en tel cas requises et accoutumées, à laquelle prise de possession personne ne s'est opposé et à l'instant nous avons fait lecture des présentes à haute et intelligible voix en idiome français afin que personne n'en ignore, dont etdequoy le d^ Sieur Le Boullenger nous a requis acte, ce que nous lui avons accordé. Ce fut fait et passé en la d* église de Charlesbourg les jour et an que dessus en présence de Mrs Gruillimin, Pinault, Perthuis, Cheron coiis^®^ au Cons^ Supérieur de québec, tous marchands demeurant à québec, M. Boullard théologal de québec et Jean Pépin parois»
fiien de Charlesbourg témoin au requis, appelés et soussignés avec nous et des paroissiens du d' Charlesbourg ainsy «igné."
Le Boullenger, G-uillimin, Pinau, Cheron, BouUard, Armand, Perthuis, Jean Pépin et Thibault avec paraphe.
C'est M. LeBoullenger qui a fait terminer l'extérieur et l'intérieur de l'église que venait de bâtir M. Doucet, la deuxième de la paroisse en ne tenant pas compte de la chapelle de Bourg-Royal.
Cette église, dans laquelle un bon nombre de paroissiens encore vivants ont entendu la messe et ont assisté aux autres oj05.ces religieux avant le 29 juin 1830, et dans laquelle un plus grand nombre ont été baptisés, est demeurée comme un de nos meilleurs souvenirs d'enfance ; car nous aussi nous y avons été baptisé et y avons suivi nos bons parents aux offices du dimanche. L'intérieur comme l'extérieur de cette vieille église, ainsi que la manière dont s'y faifiaient les cérémonies, tout est resté gravé dans notre mémoire, comme tout ce qui se rattache aux premières années de la vie, et cela bien mieux que tout ce que nous avons vu dans les splendides cathé*
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drales de l'Europe, et même dans l'incom* parable basilique de Saint-Pierre de Rome que nous avons visitées. Nous pourrions indiquer la place du confessionnal de la petite sacristie ; la place du préfet de la congrégation (du prophète^ comme quelques-uns disaient autrefois) dans la chapelle adossée à la sacristie et par le côté sud de laquelle était la porte d'entrée ; la place du curé à vêpres devant le lutrin au milieu des chantres placés, sans surplis, dans l'enclos du devant de la nef qu'on appelait le chœur des chantres.
Cette église, dont les murs, à l'intérieur comme à l'extérieur, étaient entièrement crépis selon l'usage presque général d'alors, avait 80 pieds de longueur sur 30 de largeur intérieurement ; elle était en croix latine, c'est-à-dire, qu'elle avait deux chapelles latérales fet se terminait en rond point. Elle était placée au nord du chemin qui conduit à Bourg-Royal, dans le cimetière actuel dont une partie du mur sud qui longe le chemin est un reste du long pan de cette église. Le portail n'avait pas d'autre décoration que la grande porte, sans ornement, et un petit châssis rond appelé œil-de-bouc. Il y avait une petite porte au sud, près du
portail. L'église, la congrégation et même le clocher, dont la croix portait le coq gaulois, étaient couverts en bardeaux.
Ce clocher avait deux lanternes et était, comme la plupart des clochers d'alors, qu'on appelait clochers Normands, de la forme de celui de l'ancienne église de Sainte- Anne de Beaupré qu'on voit aujourd'hui sur la chapelle commémorative.
A l'intérieur les murs blanchis à la chaux dans la nef, voûte peinte et sans autres ornements que des nœuds. Un petit navire et quatre lustres de bois étaient suspendus aussi près que possible de cette voûte ; un jubé, 4 rangées de banc
dans la nef Petit sanctuaire mais
richement boisé en noyer, sculpté et peinturé. Trois autels dont le grand, ou maîtreautel, était orné de miroirs de forme pyramidale. Chaque côté de cet autel deux colonnes cannelées avec guirlandes de fleurs sculptées et soutenant un riche entablement avec têtes d'anges, pots de
fleurs Au-dessus du tabernacle était
le tableau de Saint Charles et au-dessus.
des portes conduisant à la sacristie, les deux statues de saint Pierre et de saint Paul. Une chaire et un banc d'œuvre riches aussi en architecture.
Le clocher fut levé en 1702 et fut fait par Jacques Bedard. La voûte fut faite en 1^10 et aussi en même temps un retable commun qui fut remplacé, en 1Y41 et 1Y42, par le retable dont on vient de parler. Ce fut alors aussi qu'on fit le tabernacle du maître-autel (1) qu'on a vu longtemps dans l'église actuelle et le cadre du tableau de saint Charles qu'on a eu le bon esprit de conserver. Ces travaux furent faits par l'architecte Charles Vézina.
Les deux statues de Saint Pierre et de Saint Paul, qui sont au-dessus des portes de la sacristie dans le chœur de l'église actuelle, furent faites dans ce même temps par le sculpteur Vasseur. Ces deux statues ne seraient peut-être pas trouvées parfaites par des connaisseurs en sculpture, mais cependant elles sont certainement mieux faites que bien d'autres statues plus modernes et elles sont loin d'être un hors d'œuvre dans l'église actuelle où on aime à voir ces souvenirs du temps de nos pères. Il ne faut pas
(1) On avait envoyé en 1741 200 livres en France pour de l'or pour dorer le tabernacle et, en 1741 et 1742 on paya 277 livres et 15 sols aux Ursulines pour la même fin.
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oublier que ces statues ont aujourd'hui près de 150 ans d'existence.
Cette nouvelle église de Charlesbourg que Ton admirait dans les premiers temps, par comparaison avec la première chapelle, fut souvent choisie comme lieu de sépulture par plusieurs bourgeois de Québec et même par le gouverneur Philippe de Rigaud, Marquis de Vaudreuil, qui y fit enterrer, le 28 novembre 1705, un petit enfant du nom de Philippe Armand, âgé d'environ 9 mois, dans la chapelle de TEnfant Jésus. Le célèbre médecin Sarrazin, ainsi que Monsieur Dumontier, Secrétaire du Grouveriieur, étaient présents à cette sépulture et ont signé l'acte comme témoins. M. Le Boullenger était en rapport d'amitié avec les premières familles du pays auxquelles sa propre famille était alliée, et c'est peutêtre ces rapports d'amitié et de parenté en hauts lieux qui engagèrent plusieurs des premiers citoyens de Québec, et d'ailleurs, à faire enterrer leurs parents à Charlesbourg et à faire visite à son curé d'alors.
Nous avons vu par le mémoire de Mgr de Laval, qu'en 1683, la paroisse de Charlesbourg était alors composée de sept