‹ Paroles d'un combattant: articles et discoursChapitre 21 sur 38 · IP · texte numérisé non relu

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cela qui fait son importance et sa solidité profonde. *

Elle s'occupe d'abord des intérêts des ex-combattants. Elle s'en est occupée autant, sinon pins que toute autre. Les réparai ions sociales qu'exigent ceux qui ont souffert de la guerre, elle s'enorgueillit à jusle titre d'avoir contribué & en faire passer quelques-unes, autant qu'il était encore possible, des promesses à la pratique. À un homme comme noire vice-président Jamart on est en partie redevable des lois favorables aux démobilisés — dans tout ce qu elles ont d'acceptable. Il n'a pas dépendu de nous qu'elles ne fussent meilleures; mais il dépendra de nous qu'elles le deviennent.

Nous continuerons plus que jamais à réclamer et à lutter avec les superbes forces vivantes dont nous disposons : la compétence de nos techniciens, le talent de nos magnifiques militants tels que Raymond Lefebvre, Vaillant-Couturier, Torrès, Noël Garnier, et L'habileté enl rainante des organisateurs de premier ordre qui ont fait * rayonner noire coalition formidablement pacifiste dans toute la France, en attendant le jour proche où elle rayonnera dans le monde entier : Tournay, Fargu^, Lévi, Brousse 5 Georges Lévy, Chaspoul, Meunier, de Rozan, Hanoi, Trimouilie, Bouchilloux, et tant d'autres, et celui dont le nom est ici dans toutes les bouches,

notre cher et admirable camarade Branche.

J'oublie beaucoup de noms, mais il n'est pas possible de ne pas en oublier parmi les hommes de courage et de valeur qui incarnent notre cause et dont chacun donne tant de lui-même.

Mais l'Association républicaine est trop réalisatrice et pratique — et c'est surtout ce que je veux démontrer — pour se contenter uniquement de provoquer et de défendre les revendications spéciales, professionnelles, des victimes de la guerre. Elle sait que les avantages de cette nature ne seraient jamais bien grands ou même ne seraient qu'apparents, sans un ordre social réellement démocratique, et alors, fidèle à sa méthode claire et positive, elle veut cet ordre, et puisqu'elle le veut, elle y travaille.

Pour un socialisme intransigeant.

L'Association républicaine des Anciens Combattants n'est pas un parti politique,. Le parti politique qui répond à ses conceptions existe déjà. Nous ne prétendons pas agir concurremment à lui, mais lui apporter la force morale que nous vaut le rôle que nous avons joué, et aussi — c'est notre droit, c'est donc notre devoir — l'aider, dans les périodes de schisme qu'il peut traverser et où l'intoxication opportuniste et même parfois nationaliste le divise et le me-

nace, à assurer l'intransigeance absolue et la pureté sans compromission de la doctrine. Survivants de la guerre, vainqueurs surtout de la mort* nous avons conquis, à défaut d'une gloire que nous dédaignons, une expérience dont la souffrance et la misère ont gravé à jamais la leçon dans nos cœurs.

Le bloc d'idées que notre Congrès national établit aujourd'hui en toute liberté, en dehors de toute préoccupation enfantine d'étiquette et de personnalité, nous voulons qu'il soit réalisé. C'est cette volonté qui guidera notre attitude dans la période électorale, phase, dont il est actuellement question, d'une lutte plus grande, car ce ne sont pas les escarmouches de l'automne prochain qui solutionneront tout ce qui est à solutionner.

En même temps, nous ferons appel à tous pour grossir nos rangs et étendre la masse vivante, la masse ardente de notre idéal en marche. Nous redoublerons d'énergie pour que tous les soldats conscients que la guerre a par hasard laissés vivre viennent les uns aux autres et se dressent encore une fois côte à côte* Et nous montrerons aux travailleurs épargnés par la tuerie et qui ont eu la chance de n'en rapporter que de la souffrance, aux paysans dont tes frères et les fils ont formé le plus gros contingent de l'armée des cadavres, aux jeunes

gens, soldats futurs, aux femmes, créatrices de massacreurs et de massacrés, qu'il n'y a pas de sophisme pompeux ou de ridicules analbèmes qui doivent les persuader que les privilèges, l'emprisonnement de la caserne et les sacrifices humains sont des institutions auxquelles les gens sensés ne doivent jamais laisser toucher.

Les Anciens Combattants républicains et internationalistes, qui tiennent aujourd'hui leur Congrès national, seront de plus en plus nombreux à sortir de l'ombre et de tous les coins de l'univers, et Tannée prochaine ils tiendront leur congrès international. Ceux qui ne furent que des instruments alors qu'il ne leur était pas permis de penser sauront montrer à une opinion encore trop confuse et incertaine que, contrairement à l'imprécation du poète, dans ce monde-ci l'action peut être la sœur du grand rêve.

Mes camarades de l'Association républicaine, lorsque, ici même, à l'inoubliable séance de cet après-midi, vous avez crié tous ensemble votre volonté de l'Internationale des Combattants, et en avez, avec une précision magnifique, déterminé les voies; à ce moment grandiose où l'émotion nous étreignait, où, hors de toutes vos poitrines, la sublime prière de l'Internationale s'est déchaînée, — si éclairés et si conscients

que vous êtes, vous doutiez- vous de tout ce que vous réalisiez? Quelqu'un disait alors, à côté de moi : « C'est le Serment du Jeu de Paume ».

Oui, le frisson des époques sacrées était revenu sur la terre. Mais ce n'est pas assez dire. Dans la séance historique d'aujourd'hui, vous avez décidé et commencé à bâtir une œuvre qui changera toute la face des choses, et vous avez consacré une conquête plus grande que celle de la Révolution française,

La révolution.

Un mot encore : On parle de révolution. On nous accuse de prêcher la violence.

Entendons-nous et mettons les choses au point,

C'est par un acte de raison, de calme, de pure et dft pratique raison que nous mesurons nettement le contraste qu'il y a entre ce qui est, et ce qui doit être.

Celui qui dit simplement : « Il faut que chacun occupe sa place au soleil *, ou bim : « Le travail est seul valable », ce sag^, ce modéré, émet en réalité la proposition la plus subversive, la plus bouleversante qui soit, dans la sociéle actuelle, si on donne honnêtement leur sens aux mots. La vérité est révolutionnaire.

L'emploi de la violence dans la réalisation de

la justice ne fait pas, en principe, partie de notre idéal, puisque la violence ne fait pas partie de nos arguments.

Mais on est bien forcé de constater que les classes dirigeantes ne veulent pas comprendre Fimmensité du droit de la multitude, ûe veulent pas discerner l'urgence des changements nécessaires, qu'elles se cantonnent dans une attitude d'opposition forcenée et de haine, en abusant du pouvoir qu'elles étreignent encore, et en tendant des promesses comme des pièges. Le peuple du monde n'oubliera jamais la complicité honteuse et sournoise des gouvernants prétendus libéraux dans l'assassinat de la république hongroise et dans les tentatives d'assassinat de la république russe, et tant d'autres attentats contre la liberté qui retombent sur tous.

C'est Gœthe, je crois, qui a dit : « Plus je réfléchis, plus je constate que ce ne sont pas les peuples qui font les révolutions, ce sont leurs gouvernements. »

En tuute conscience, en toute énergie, nous accusons et dénonçons d'avance les contre-révolutionnaires féroces, cyniques, prêts à tout, et qui ont déjà commencé.

Mais, quels que soient les événements qu'on peut prévoir, grâce à la haine irréductible des bourreaux contre les victimes, nous devons faire

la révolution de suite, et complète, dans les esprits. Et alors il faudra que tout change* de fond en comble, dune façon ou d'une autre.

Les peuples, c'est-à-dire nous tous, Français et soi-disant étrangers, nous tous les hommes, nous en avons assez d'être exploités et massacrés pour des raisons fumeuses et insensées ou pourdes raisons basses ; nous savons par quelles règles générales et communes, nobles et équitables, nous ne le serons plus. La mensongère moralité des nationalistes et des réactionnaires doit être détruite, et, comme nous le disions récemment au nom de « Clarté », ce qui est en haut doit être abaissé, ce qui est en bas doit être élevé. La société humaine doit se retourner totalement, et ce sera en (in le monde à l'endroit.

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