RÉSURRECTION Ô
Et — de combien de ces conversions fus-je témoin! — les travailleurs armés ont senti tomber à l'égard des socialistes cette méfiance qui subsistait surtout chez les paysans et était habilement attisée par les réactionnaires, par ces demi-républicains pires que les réactionnaires dans leur haine sénile de tout perfectionnement, et par ce qui est, matériellement, la « grande » presse française.
Cette libération s'est dessinée chez tous les peuples. De terribles frémissements lés ont agiles tous. Des couronnes sont tombées; d'autres tomberont. Une fermentation universelle annonce que la délivrance définitive ne descendra pas magiquement du ciel, mais qu'elle viendra un jour de la terre et montera des foules.
Les paroles, les commandements du président Wilson ont magnifiquement guidé ce réveil lumineux, discipliné, irrésistible. 11 a parlé selon l'esprit et le cœur de la France humaine. Il s'est exprimé comme un grand président de la République française. Et même la révolution russe, qui semble avoir dépassé son but, mais qu'on a sans nul doute beaucoup plus injuriée que comprise, on saura un jour quelle furieuse démolition elle a apportée dans les vieilles machines autocratiques qui subsistent.
Pourtant, malgré ses grandes choses et ces grandes voix, aucun des ennemis du peuple n'a, chez nous, désarmé. La réaction se débat comme l'Allemagne. Ne pouvant plus enrayer la vérité contraire à ses petits intérêts et à ses petites vues, elle essaye de la gôner en jetant la suspicion sur les hommes de gauche. Les affaires Malvy et Caillaux apparaissent en principe comme des manœuvres.
Ces hommes sont-ils coupables de trahison, de forfaiture et d'agissements anii-français? La preuve en reste intégralement à établir. Les faits allégués contre eux ne soutiennent pas l'examen. Après ce réquisitoire puéril, et qu: ramassait pourtant tout ce qu'on possédait pour motiver la mise en accusation de Caillaux, oj? n'a rien présenté de sérieux à l'opinion publique avide de réalité. Tant qu'il n'aura pas été trouvé d'argument péremptoire, on est bien forcé de constater qu'il ne reste qu'un ama^ d'insinuations, d'à peu près, (k^rossissements tenlancieux, sans compter lesmiégalilés et les outrages. 11 reste surtout, bien visible, le long effort tenté pour déshonorer cet homme à coups d'affirmations cyniques, longtemps même avant qu'on ne possédât les documents-fantômes qu'on agite à présent. Cela est grave et impressionnant. Disons-le neltement : il suffit qu'une campagne soit entreprise par telle bande de