‹ Paroles d'un combattantChapitre 13 sur 33 · Les Allemands avanç lienl alors sur Paris · texte numérisé non relu

Les Allemands avanç lienl alors sur Paris

drame qui doive nous faire abandonner, même momentanément, le service de notre idéal. Que ceux qui, par leurs erreurs ou leurs mensonges, ont amené l'état de choses où la France aujourd'hui se débat magnifiquement, aient la pudeur de rester muets, soit. Ce silence-là est la seule attitude respectable que puissent encore prendre, en face de la chose publique, ceux qui n'ont rien su éviter, après n'avoir rien su prévoir. Mais nous! Rien ne justifie le moindre arrêt dans notre poussée ardente vers le grand progrès. Ce n'est pas à l'heure où une situation créée et aggravée par d'autres prend — sans nous effrayer — de menaçantes proportions, qu'il faut nous laisser paralyser par des sophismes dans la pratique du devoir quotidien.

Avec ces sophismes-là, on nous a fait tout le mal qu'on a pu. L'argument téméraire et lamentable de « la vérité pas toujours bonne à dire », fait pai tie de l'arsenal des moyens frauduleux avec lesquels on a dirigé et estropié le moral du pays depuis quatre ans. Ce procédé d'asservissement s'est précisé par un régime policier de terreur dont il n'est que peu d'exemples dans notre histoire contemporaine, et par la mise en jeu intermittente de cette comédie intitulée : l'union sacrée, qu'on es^^aye. aux bons moments — c'est-à-dire aux mauvais moments — de faire prendre au sérieux par les honnêtes

PAS DE TRÊVE Gl

gens : « Embrassons-nous tous pour vous étouffer )>. C'est ainsi qu'on est arrivé à oblitérer la conscience nalionale, à la conduire à tâtons vers des buts qu'elle ignore, à noyer la vérité sous je ne sais quelle ombre pleine de pièges et d'ennemis.

Ne cessons pas de le répéter : la vérité est toujours bonne à dire, parce qu'elle est conforme à l'intérêt général; elle est toujours bonne à accomplir. De tous les débats, de tous les incidents, de toutes les attaques contre les abus, les tares, les sophistes et les traîtres, contre les incapables, les profiteurs et les utopistes, de toute la lutte sur toute la ligne, se dégagent les principes lumineux et simples sui' lesquels nous croyons que la vie sociale doit être enfin réglée. Chaque minute de juste polémique avance l'heure — heure lointaine, peutêtre, mais urgente — du triomphe de la cause de tous. Quand on a choisi, pour guider son activité militante, une doctrine qui est bâtie foncièrempnt sur l'idée de justice, on ne peut jamais commettre de maladresse ni de faute en la réalisant. Cette grand-j besogne ne comporte même pas de petitesses, dès qu'on use, comme nous, de procédés loyaux et sages, dès qu'on est imbu, comme nous, de la notion féconde de l'ordre; et il n'y a pas au monde de raison suffisante pour s'arrêter, môme provisoirement,

6i PAROLES D'UN COMBATTANT

sur la voie où l'esprit et le cœur nous crient : « En avant! »

Les soldats? Nous avons toujours proclamé que les hommes, qui s'achainent sur les frontières saigaanles et déformées de la France d'aujourd'hui, se battaient, comme nous, contre des forces d'oppression autocralii^ué. Il n'y a pas d'autre but de guerre que nous admettions. En ces jours où se précipite sur la terre française un déluge d'ennemis, cette croyance n'a pas plus varié en nous que le reste. Loiu de démoraliser les combaltants, elle apporle à leur misère et à leur sacrifice le seul secours qui soit digne d'eux. Et ils savent combien nous autres, envisageant avant tout l'inestimable valeur de leurs existences et éclairés par le plus ample idéal social qui soit : linternationale, nous épions éperdùment le premier moment où il sera possible de mettre un terme au suicide du peuple humain — car cela aussi, c'est de la simple et grande vérité.

G'esi notre souci même de la vie et du moral des soldats qui nous préservera de la honte de répondre par une trêve aux lattes où s'aflrent nos frères. Une trêve, ce serait, vis-à-vis de notre devoir commun, un manque de respect et de foi.

Alors, puisqu'il n'y a pas, en ce moment, deux buts, puisqu'il n'y a pas dt'ux vérités, con-

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