‹ Paroles d'un croyant, 1833 (volume 2)Chapitre 2 sur 7 · EUGÈNE RENDU EL · texte numérisé non relu

EUGÈNE RENDU EL

gUE DES GRANJM-AUGUSTIMS , n" 23

^ MBT

PVmCLlBRAÎ

Ci, k

Au nom du Père> et du File , et du Saint-Esprit. Amen.

Gloire à Dieu dans Iles hauteurs des cieux, et paix sur la terre aux hommes de Jbonne volonté.

Que celui qui a des oreilles entende; que celui qui a des yeux les ourrô et regarde^ car les temps approchent.

Le Père a engendré son Fils» sa parole » son Yerbe» et le Verbe s'çst fait chair, et il a habité parmi nous; il est venu dans le monde , et le monde ne Ta point connu.

Le Fils a promis d'envoyer TEsiûrit consolateur, TEsprit fgk\i procède du Père et

2 PABOLES

de lul^ et qui est leur amour mutuel; il viendra et renouvellera la &ce de la terre »

et ce sera comme ime seconde création.

Il y a dix-huit siècles » le Verbe répan- ^t la semence divine , et l'Esprit saint la li&c<mda. Les hommes Tout vue fleurir, ils ont goftté de ses fruits, des fruits deTarbre de vie replanté dans lear pauvre demeure.

Je voui le dis , ce ftit pàHnt eux une grande joie quand ils virent paroftre la lumière > et se sentirent tout pénétrés d^un feu céleste.

A présent la terre est redevenue ténébreuse et froide.

Nos pères ont vu le soleildécliner. Quand il descendit sous l'horizon , toute la race humaine tressaillit. . Puis il y eut , dans cette nuit , je ne sais quoi qui n'a pas de nom. Enfants de la nuit, le Couchant est noir, mids l'Orient coijamence à blanchir.

d'un CEOTàIfT.

Prêtez Toreille^ et dites-moi d'où vient .

ce bruit confus , yague , étrange , que l'on entend de tous côtés.

Posez la main sur la terre, et dites-moi pourquoi elle a tressailli

Quelque chose que nous ne savons pas se remue dans le moYide : il y a Ui un travail de Dieu«

Est-ce que chacun n'est pas dans Fattente? Est-ce qu'il y a un cœur qui ne batte pas ?

Fils de r^iomme , monte sur les hauteurs , et annonce ce que tu vois.

Je.v4)is à l'horizon un nuage livide , et

4 PABOLBS

autour une lueur rouge comme le reflet d'un incendie.

Fils de rhomme, que vois-tu encore?

Je vois la mer soulever ses flots , et les montagnes agiter leurs cimes.

Je vois les fleuves changer leur cours , les collines chanceler, et en tombant comhier les vallées.

Tout s'ébranle, tout se meut , tout prend un nouvel aspect.

F'ûs de l'homme, que vois-tu encore?

Je vois des tourbillons .dépoussière dans le lointain, et ils vont en top); sens, et se choquent, et se mêlent , et se confondent.

Ils passent sur les cités , et , quand ils ont passé , on ne voit plus que la plaine. .

Je vois les peuples se lever en tumulte et les rois pâlir sous leur diadème. La guerre est entre eux, une guerre è mort.

Je vois un trône , deux trôner brisés ,

D'tJH CROYANT. 5

et les peuples en dispersent les débris sur la terre.

Je vois un peuple combattre comme l'archange Michel combattoit contre Satap. Ses coups sont terribles , mais il est nu , et son ennemi est couvert d'une épaisse armure.

O ï^ieu ! il tombe; il est frappé à mort.

Non, il n est que blessé. Marie, la Vierge- Mère, l'enTeloppe de son manteau, lui sourit , et l'emporte pour im peu de temps hors du combat.

Je TOÎs un autre peuple lutter sans reladie, et puiser de'mcdnent c^ moment des forces nouvelles dans eetto lutte. Ce.

peuple a le signe du Christ sur le cœur.

Je vois un troisième peuple sur lequel six rois ont mis le pied, et toutes les (bis y qu'il fait un mouvement, six poignards s'enfoncent dans sa gorge.

• Je vois sur un vaste édifice , à une grande hauteur dans les airs, une croix que je distingue 2i peine , parce qu'elle est couverte d'un voile noir.

Fils de l'homme, que vois-tu encore?

Je vois l'Orient qui se trouble en luimême. Il regarde ses antiques palais crouler, ses vieux temples tomber en poudre , et il lève les yeux comme pour chercher d'autres grandeurs et un autre Dieu.

Je vois vers l'Occident une femme à l'œil fier» au front serein ; elle trace d'une main ferme un l^er sillon, et jpartout oti le soc pa$se , )e vois se lever des générations humaines qui l'invoqueiit dans leurs prières et la bénissent dans leurs chants.

Je vois au Septentrion des hommes qui n'ont plus qu'un reste de chaleur concentrée dans leur tête, et qui l'enivre ; mais

D UN GEOTÂNT. 7

le Christ les touche de sa croix» et le cœur recommence à battre.

Je vois au Midi des races affaissées sous )e ne sais quelle malédiction : im joug pesant les accable » eUes marchent courbées ; mab le Christ les touche de sa croix » et elles se redressent

Fik de Thomme, que Tois-4a encore?

11 ne répond point : crions dé nouyeau.

Fils de Thonme/que vois-tu?

Je vois Satan qui ibit, et le Christ entouré de ses anges , qui vient pour régner.

s ' PAEOLES

£t je fus transporté en esprit dans les temps anciens» et la teri^e étoit belle» et riche» et féconde ; etses-jbabitants rivoîent heureux» parce qu'ils woient en frères.

Et je vis le Serpent qui se glissoit au milieu d'f ux : il fixa sur pinceurs son regard puissant » et leur âme se troubla » et ils s'approchèrent » et le Serpent leur parla h l'oreiltes

Et après avoir écouté la parole du Serpent » ils se leyèrent et dirent : Nous sommes rois.

Et le sdleil pâlit» et la terre prit une ^-teinte funèbre, comme celle du linceul qui enveloppe les morts.

D UN CBÛTAUT. 9

Et l'on enteadit un sourd mtœmure»

une longue plainte , et chacun trembla dans son cœur.

En vérité 9 je tous le dis , ce fut comme au jour où Tablme rompit ses digues , et où déborda le déluge des grandes eaux.

La Peur s'en aUa de cabane en cabane , car îl n'y avoit point encore de palais , et eUe dit à cbacun des choses secrètes qui le firent frissonner.

Et ceux qui avoient dit : Nous sommiers rois, prirent un glaive» et suivirent la.

Pciar de cabane en cabane.

Et il se passa là des mystères étranges ; i^ y QUt des çhatnes , des ple^u^s et du sang.

Les hommes effrayés s'écrièrent : Le meurtre a reparu dans le monde. Et ce fiit tout» parce que la peur avoit transi leur âmes et ôté le mouvement à leurs bras.

lO PàEOLES

Et ils se laissèrent charger de fers, eux.

et leurs femmes et lem*s enfants. Et ceux qui avoient dit : Nous sommes rois , creusèrent comme une grande caverne , et ik y enfermèrent toute la race humaine , ainsi qu'on enferme des animaux dans une étable.

Et la tempête chassoit les nuages , et le tonnerre grondoit, et j'entendis une voix qui disoit : Le Serpent a yaincu une seconde fois 9 mais pas pour toujours.

Après cela , je n'entendis plus que des voix confuses , des rires , des sanglots , des blasphèmes.

Et je compris qu'il devoit y avoir un règne de Satan avant le règne de Dieu.

Et je pleurai , et j'espérai.

Et la vision que je vis étoit vraie , car le règne de Satan s'est accompli , et le règne de Dieu s'accomplira aussi ; et ceqx

d'un croyant. 1 1

qui ont dît : Nous sommes rois , seront à leur tour renfermés dans la caverne avec le Serpent 9 et la race humaine en sortira ; et ce sera pour elle comme une autre naissance 9 comme le passage de la mort à la rie. Ainsi soit-il.

1 2 PAROLBS

Vous êtes fils d'un même pèr0, et la même mère tous a allaités; pourquoi donc ne vous aimez-vous pas les uns les autres comme des frères? et pourquoi vous traitez-vous bien plutôt en ennemis ?

Celui qui n'aime pas son frère est maudit sept fois 5 et celui qui se fait l'ennemi de son frère est maudit septante fois sept fois.

C'est pourquoi les rois et les princes , et tous ceux que le monde appelle grands ont été maudits : ils n'ont point aimé leurs frères et ils les ont traités en ennemis.

Aimez-vous les uns les autres , et vous

D un CROYANT. îù

ne craindrez ni les grands, ni les princes»

ni les rois.

Ils ne sont forts contre tous que parce que vous n'êtes point unis , que parce que tous nerbus aimez point comme des frères les uns les autres.

Ne dites point : Celui -Ih est d'un peuple , et moi )e suis d'un autre peuple. Car tous les peuples ont eu sur la terre le même père , qui est Adam , et ont dans le ciel le même père, qui est t)ieu.

Si Ton frappe un membre, tout le corps souilre. Yous êtes tous un même corps : on ne peut opprimer l'un de tous , que tous ne soient opprimés.

Si un loup se jette sur un troupeau , il ne le déTore pas tout entier sur-le-champ :

il saisit un mouton et le mange. Puis sa faim étant reTenue, il en saisit un autre

l4 PAROLES

et le mange , et ainsi jusqu'au dernier; car sa faim revient toujours.

Ne soyez pas comme les moutons , qui , lorsque le loup a enlevé Tun d'eux , s!effraient un moment et puis se remettent à paître. Car, pensent- ils , peut-être se contentera-t-il d'une première ou d'une seconde proie : et qu'ai-je affaire de m'inqui^ter de ceux qu'il dévore? Qu'est-ce que cela me fait , à moi ? il ne me restera que plus d'herbe.

En vérité y je vous le dis : Ceux qui pensent ainsi en eux-mêmes sont marqués pour être la pâture de la bête qui vit de chair et de sang.

d'un croyant. 1 5

Quand tous yojisz un homme conduit en prison ou au supplice , ne vous pressez pas de dire : Celui-là est un homme méchant, qui a commis un crime contre 1^ hommes :

Car peut-être est-ce un homme de bien, qui a voulu servir les hommes , et qui en est puni par leurs oppresseurs.

Quand vous voyez un peuple chargé de fers et livré an bourreau , ne vous pressez pas de dire : Ce peuple est un peuple violent , qui vouloit troubler la paix de la terre:

Car peut-être est-ce un peuple martyr, qui meurt pour le salut du genre humain.

l6 PAROLES

Il y a dix -huit siècles , dans une ville d'Orient y les pontifes et les rois de co temps-là clouèrent sur une croix ^ après Tavoir battu de verges /un séditieux, ua blasphémateur^ comme ils Tappeloient.

Le jour de sa mort ^ il y eut une grande terreur dans Tenfer/et une grande joie dans le ciel :

^ Car le sang du Juste avoit sauvé lo monde. •

d'un CROYANT. I7

Pourquoi Içs animàux^trouvent^iU leur i^ourriture > chacun siii^ant sou espèce ?

c^est que nul parmi eux ne dérobe celle d^ autrui, et que chacun se contente de ce qui sufiQt à ses besoins»

Si 9 dans la ruche , une abolie disoit :

Tout le miel qui est ici est à moi/ et que Ih-dessus^elle se mit à disposer, comme çlle Tentendroit dés fruits du)traYail commuuy que deTiendroient les autres abeilles?

La terre est comme une grande ruche , f/L les hommes sont comme de» abeilles.

Chaque abeille a droit à la portion de, ^k\el nécessaire h sa subsistance , et si, pgrmi les hommes , il en est qui manquent

l8 PAROLES

de ce nécessaire , c'est que la justice et la charité ont disparu d'au milieu d'eux.

La justice , c'est la vie , et la charité , c'est encore la yie, et une plus douce et une plus abondante vie.

Il s'est rencontré de faux prophètes qui ont persuadé à quelques hommes que tous les autres étoient nés pour ibux; et ce que ceux-ci ont cru, les autres l'ont cru aussi sur la parole des faux pn^hètes.

Lorsque cette parole de mensonge prévalut , les anges pleurèrent dans le ciel, car ils préyiroit que beatu;oup de violences , et beaucoup de crimes , et beaucoup de maux alloient déborder sur la terre.

^ Les hommes , égaux entre c^ix , sont nés pour Dieu seul , et quiconque dit une chose contraire dit un blasphème.

Que celui qui veut être le plus grand parmi vous soit votre serviteur; et que

celui qui veut être le premier parmi tous soit le serviteur de tous.

La loi de Dieu est une loi d'amour , et l'amour ne s'élève point au dessus des autres , mais il se sacrifie aux autres.

Celui qui dit dans son cœur : Je ne suis pas comme les autres hommes» mais les autres bcmmes m'ont été donnés pour que je leur commande »et que je dispose d'eux et de ce qui est à eux à ma fantaisie : celuilà est fils de Satan«

Et Satan est le roi de'ce monde, car il est le roi de tous ceux qui pensent et agissent ainsi ; et ceux qui pensent et agissent ainsi se sont rendus, par ses conseils, les maîtres du monde.

Mais leur empire n'aura qu'un temps , et nous touchons à la fin de ce temps.

Un grand combat sera livré, et l'ange de la justice et l'ange de l'amour combat-

9Q PAROLKS

tront avec ceux qui se seront armés poor.

rétablir parmi les hommes le règne de la justice et le r^gne de l'amour.

Et beaucoup mourront dans ce combat^et leur nom restera sur la terre comme; up rayon de la glotre.de Dieti.

C'est pourquoi y vous qui sôuiFrez, prenez courage » fortifiez votre cœiu* : car demain sera le. jour de Tépreure, le jour oii chacun devra donner avec joie sa vie.

pour ses frères; et celui qui suivra 9 sers^ Iti jour de la délivrance. *

d'un croyant. 2 1

Lorsqu^un arbre est seul, il est, battu des ¥enl;s et dépouillé de ses feuilles; et ses )>]?^c1[i^$ y au lieu de s'élever » s'abaissent comme si elles cherchoient la terre.

Lorsqu'une plante est seule» ne trour^^t point d'abri contre l'ardeur du soleil» elle languit et se dessèche» et meurt.

' Lorsque l'homme est seul» le vent de la ppissance le courbe yers la terre » et l'ardfsur de la couToitise des grands de ce monde absorbe la sève qui le nourrit.

{4e. soyez donc point comme la plante et comme l'arbre qui sont seuls : mais unîssez-yous les uns aux autres» et appuyezvous » et abritez-vous mutuellement.

92 |»ÂBOLES

Tandis que vous serez désunis » et que chacim ne songera qu'à soi , vous n'avez rien à espérer que soufirance , et malheur, et oppression.

Qu'y a-t^l de plus foible que le passereau, «t de plus désarmé que l'hirondelle ?

Cependant l quand parott l'oiseau de proie, les hirondelles et les passereaux parviennent à le chasser, en se rassemblant autour de lui , et le poursuivant tous ensemble.

Prenez exemple sur le passereau et sur rhirondelle.

Celui qui se sépare de ses frères , la crainte le suit quand il marche , s'assied près de lui quand il repose , et ne le quitte pas même durant son sommeil.

Donc , si l'on vous demande : Combien étes-vous? répondez: Nous sommes un, car nos frères , c'est nous, et nous , c'est nos frères.

d'un CBOYANT. 8 3

Dieu n'a fait ni petits ni grands» ni maîtres ni esclaires» ni rois ni sujets : il a fait tous les hommes égaux*

Mais , entre les hommes » quelques uns ont plus de force ou de corps , ou d'esprit » ou de volonté , et ce sont ceux-là qui cherchent à s'assujettir les autres» lorsque Torgueil ou la convoitise étouffe en eux r amour de leurs frères.

£t Dieu savoit qu'il en seroit ainsi , et c'est pourquoi il a co>mmandé aux hommes de s'aimer » afin, qu'ils fussent unis , et que les foibles ne tombassent point sous l'oppression des forts.

Car celui qui est plus fort qa'un seul»

sera moins fort que deux, et celui qui est plus fort que deux» sera moins fort que quatre; et ainsi les foibles ne craindront rien» lorsque , s'aimatit les uns les autres , ils seront unis véritablement.

â4 PAROLES

Un homme royageoit dans la montagne, et il arriva en un lieu où un gros rocher , ayant roulé sur le chemin , le remplissoit tout entier ^ et hors du chemin il n'y avoit point d'autre issue» ni à gauche» ni à droite*

Or, cet homme» voyant cpi'il ne pouvoit continuer son voyage à cause du rocher , essaya de le mouvoir pour se faire tm pasisage» et il se fatigua beaucoup à ce travail» et tous ses efforts furent vains.

Ce que voyant» il s'assit plein de tristesse et dit : Que sera-ce de moi lorsque la nuit viendra et me surprendra dans cette solitade» sans nourriture» sans abri»

sans aucune défense » à l'heure où les bê-t«s féroces sortent pour chercher leur proie ?

Et comme il était absorbé dans cette pensée» un antre voyageur survint, et ce-

d'un GBOTiNT. 25

luî-ci » a^aat fait ce qu'avoil; foit le premier et 5'étant trouvé aussi impuissant à remuer le rocher , s'assit eu silence et baissa la tête.

Et s^rès celui-ci » il en YÎnt plusieurs autres, et aucun ne put mouyoir lerocher, et leur crainte à tous étoit grande.

Enfin Tun d'eux dit aux autres : Mes frères, prions notre Père qui est dans les cieux : peut-être qu'il aura pitié de dons dans cette détresse.

Et éette parole fut écoutée, et ils prièrent de cœur le Père qui est dans les cieuxt "--

Et quand ils eurent prié , celui qui ayoit dit : Prions , llit encore : Mes frères , ce qu^ aucun de nous n'a pu faire seul, qui sait si nous ne le ferons pas tous ensemble?

Et ils se levèrent , et tous ensemble ils

20 PABOL£S

poussèrent le rocher ,. et le rocher, céda, et ils poarsaiWrent leur route en ptix.

Le voyageur c'est Thomme» le voyage c'est la vie 9 le rocher ce sont les misères qu'il rencontre à chaque pas sur sa route.

Aucun homme ne sauroit soulever seul ce rocher ; mais Dieu en a mesuré le poids de manière qu'il n'arrête jamais ceux qui voyagent ensemble. .

d'un croyant. 27

Au commçnceaient le travail n'étoii pas nécessaire à rbomme pour vivre : la terre fournissoit d'elle- même à tous ses besoins.

Mais l'homme fit le mal 1 et comme il s'étoit révolté contre Dieu» la terre se révolta contre lui.

Il lui arriva ce qui arrive h l'enfant qui se révolte contre son père; le père lui retire son amour 9 et il Tabandonnc à luimême; et les serviteurs de la maison refusent de le servir » et il s'en va cherchant ç2i et lit sa pauvre vie, et mangeant le pain qu'il a gagné k la sueur de son visage.

• Depuis lors donc, Dien^ a condamné

28 PAl(OL£S

tous les hommes au travail , et tou# ont leur labeur , soit du corps y soit de Tesprit; et ceux qui disent : Jçi ne travaillerai point» sont les plus misérables.

Car comme les vers dévorent un cadavre , les vices les dévorent, et si ce ne sont les vices y c'est Tennui.

Et quand Dieu voulut que Thomme travaillât » il cacha un trésor ds^ns le travail , parce qu'il est père , et que Tamour d'un père ne meurt point.

Et celui qui fait un bon usage de ce trésor 9 et qui ne le dissipe point en insensé » il vient pour lui un temps de repos, et alors il est comme les hommes étoient au coounencement.

Et Dieu leur donna encore ce précepte :

Aidez*vous les uns les autres , car il y en a parmi vous de plus f<»1;s et de plus foi-

I> UH OAQYANT. «9

ble^ d'iafimies et de bi^i portanla; et cependant tous doivent yivre.

Et si TOUS faites ainsi, tousTirront, parce que )e récompenserai la pitié que vous au-^ rèi eue pour vos frères » et je rendrai votre sueur féconde.

Et ce que Dieu a promis s'est vérifié toujours» et jamais on n'a vu celui qui aide ses frères manquer de pain.

. Or 9 il y eût autrefois un homme mé-chant et maudit du cieL Et cet homme étoit fort y et il haïssoit le travail ; de sorte quHl se dit : Comment ferai-je ? Si je.ne travaille point 9 je mourrai» et le travail Qi'est insupportable.

Alors il lui entra une prisée. de Tenfec dans le cœur. Il s'en alla de nuit» et sai-r sit quelques uns de ses frères pendant qu'ils dormôient 9 et les chaîna déchaînes.

Car» disoit-il, je les forcerai» avec les

5o PAROLBS

Terget et le fouei , à travailler pour juol , et je mangerai le fruit de feur ttoyail.

fit il fit ce qn'Q àyoit pensé » et d'autres , voyant cela , en firaat autant /et il n'y eut plua^ de itérée ; il y eut des maîtres et des esclaves.

Ce |otir fut un jour de deuil sur toute la terre.

Long-t^ps après il y eut un autre homme plus médiant que le premier et plus maudit du ciel.

Voyant que les hommes s'étQÎmt piar-n tout multipliés 9 et que leur iBidtitade étoit innombrable» il se dit; :

Je pourrois bien peut-^re en Michateer quelques uns et les forcer à traTaiUer pour moi ; mais il les faudrait nourrir , .et cela diminueroit mon gain. Faisons mieux; qu'ils travaillent pour rien 1 Ils'mourront ^ h la vérité . mais comme leur nombre est

d'uH CROYANT. 3l

grané , j'amasserai des richesses arànt qu ils aient dimiiraé beaucoap, et il en restera toujours assez.

Or toute ceftte multitude vivoit de ce qo'eHe rece^oit en échange de son travail. •

Ayant donc parié de la sorte , il s V dressa en partipdier à quelques uns » et il l^or dit : Vous travaillez pendant six heures , et Ton TOUS donne une pièce de înon^ noie pour votre travail :

Ti^vaiUez pendant douze heui^s » et vous gagnerez deux pièces de njonnoie > et vous vivrez bien mieux , vous , vos fempaes et vos enfants.

Et ils le crurent.

il leur dk ensuite : Vous ne travaillez que la moitié des jours de Tannée : trà- Taillez tous les jours de rannée , et votre gain sera double.

9% PABOLES

El 3s le crurent encore. •

Or» il arrira de là que la quantité de travail étant deyenue plus grande de moitié , San» que le besoin de travail £àt plus grand» la moitié de ceux qui vivoient auparavant de leur^labeur , ne trouvèrent plus personne qui les employât.

Alors rhomme méchant^ qu'ils avoient cru, leur dit : Je vous doimerai du travail à tous » à la condition que vous travaillerez le même temps» et que je ne vous paierai que \^ moitié de ce que je vous "payols : car je veux bien vous rendre service » mais yp ne Veux pas me ruiner.

Et comme ils avoient faim» eux» leurs femmes et leurs enfants » ik aoéeptèrent la proposition de Tbpmme méchant , et ils le bénirent : car^ disoiéat-ils , ils nous donne la vie.

Et*9 continuant de les tromper de la même manière » l'homme méchant augmenta toujours plus leur travail » et diminua toujours plus leur salaire.

Et ils mouroient^ faute du nécessaire , et d'autres s'empressoient de les remplacer y car Tind^enee étoit deyenne si profonde dans ce pays, que les familles entières se rendoient pour un morceau de pain/'

Et l'homme méchant » qid aroit menti à ses irères , ' amassa plus de richesses que l'homme méchant qui les avoit enchaînés.

Le nom de celui-ci est Tyran ; l'autre n'a de nom qu'en enfer.

56 PAilOLBS .

que rhomme ne détruira )amaM le péchë en soi*

Il y aura toujours moinâ de pauvres , parce que peu. à peu la servitude dispa-^ roitra de la société»

Youlez-vous travailler . à détruire la pauvreté > travaillez k déti^re le péché»

en vous premièrement» puis dans les autres . et la servitude dans la société*

Ce n'est pas en prenant ce qui est à autrui qu'on peut détruire la pauvreté; car comment » en faisant des pauvres » diimnueroit^n,Ie nombre de^ pauvres? .

Chacun a droit de conserver, ce qu'il a, sans quoi personne ne posséderoit. rien».

Mais chacun a droit d'acquérir par son travail ce qu'il n'a pas » sans quoi U pauvreté seroit étemelle.

Affranchissez donc votre travail^ affran- •chissez vos bras, et la pauvreté ne sera

DVN CBOYAMl. ÙJ

plus parmi les hommes qu'une exception permise de Dieu , pour leur rappeler l'infirmité de leur nature et le secours mutuel et l'amour qu'ils se doivent les uns aiuc autres.

38 PAAOLB»

Lorsque toute la terre gémissoit dans Tattente de la délivrance , une voix s'éleva de la Judée , la votx de Celui qui yenoit souffrir et mourir pour ses frères , et que quelques uns appeloient par dédain le Fib du charpentier.

Le Fils donc du charpentier, pauvre et délaissé en ce monde , disoit :

ff Venez à moi» vous tous qui haletez 9 SOUS le poids du travail, et je vous ra- » nimerai. »

Et depuis ce temps-là |usqu h ce jour , pas un de ceux qui ont cru en lui n'est demeuré sans soulagement dans sa misère.

I Pour guérir les maux qui affligent les

homoM» r il prêchoU à ioii« U justice qui est le commencement de la charité» et la charité qui e»t la consommation de la justice.

Or, la justice commande de respecter le droit d' autrui, et quelquefois la charité veut que Ton abandonne le sien même , à cause de la paix ou de quelque autre bien.

Que seroit le monde, si le droit cessoit dy réfpier, si chacun n'étoit en sûreté de sa personne et ne jouîssoit sans crainte de ce qui lui appartient ?

Mieux raudroit vivre au sein des forêts, que dans une société ainsj livrée au brigandage.

Ce que vous prendrez aujourd'hui, un autre vous ]e prendra demain. Les hommes seront plus misérables que les oiseaux du cîeU b qui les autres oiseaux ne ravissent ni leur pâture , ni leur nid.

4o PAROLES ^

Qu'est-ce qu'on pauvre? C'est celui qui n'a point encore de propriété.

Que souhaîte-t41? De cesser d'être pauvre, c'est-à-dire d'acquâ*ir une propriété.

Or celui qui dérobe, qui pille, que fait-il , sinon abolir autant quil est en lui le droit même de propriété ?

Piller, voler, c'est donc attaquer le pauvre aussi bien que le riche ; c'est renverser le fondement de toute société parmi^ les hommes.

Quiconque ne possède rien , ne peut arriver h posséder que parce que d'autres possèdent déjà; puisque ceux-là seuls peuvent lui donner quelque chose en échange de son travail.

L'ordre est le bien , l'intérêt de tous.

Ne buvez point à la coupe du crime :

au fond^est l'amère détresse et l'angoisse et la mort.

Et j'ayoîs vu les maux qui arrivent sur la terre, le foible opprimé, le juste mendiant son pain , le méchant élev^ aux honneurs et regorgeant de richesses , rinnocent condamné par des juges iniques , et ses enfants errants sous le soleil.

. Et mon âme étoit triste , et l'espérance en sortoit de toutes parts comme d'un vase brisé.

Et Dieu m'envoya un profond sommeil.

Et dans mon sommeil^ je vis comme une forme lumineuse, debout près de moi , un Esprit dont le regard doux et perçant pénétroit jusqu'au fond de mes pensées les plus secrètes.

42 PABOLBS

Et je tressaillis » non de crainte ni de joie 9 mais comme d'un sentiment qui seroit un mélange inexprimable de Tune et -de l'autre.

Et TEsprit me dit : Pourquoi es -lu triste?

Et je répondis en pleurant : Oh ! voyez les maux qui sont sur la terre.

Et la forme céleste se prit à sourire d'un sourire ineffable , et cette parole vint à mon oreille :

Ton œil ne voit rien qu'à travers ce milieu trompeur que les créatures nomment le temps. Le temps n'est que pour toi : il n'y a point de temps pour Dieu*

Et je me tabois, car je necomprenoispas.

Tout k coup l'Eqprit : Regarde , dit -il.

Et 9 sans qu'il y eût désormais pour moi ni avant ni après » ^ un même instant , je vis à la fois ce que , dans kmr langue

d'un croyant. 43

infirme et déiaillante , les hommes appellent paMé » présent , avenir.

Et .tout cela a*étoit qu'un » et cependant» pour dire ce que je vis » il faut que }e redescende au sein du temps , il faut que )e parle la langue infirme et défiûllaote des hommes.

Et toute la race humaine me paroissoit conome un seul homme.

Et cet homçie avoit &it beaucoup de mal » peu de bien » avoit senti beaucoup de douleurs , peu de joies.

Et il étoit Ik , gisant dans sa misère , sor une terre tantôt glacée » tantôt brûlante , maigre» ^amé, souffirant^ affaissé d'une langueur entremêlée de convulsions» accar blé de chaînes forgées dans la demeure des démons.

Sa main droite en avoit dbargé sa main gauche» et la gauche en avoit chargé la

droite, et au milieu de ses rêves mauyai»

il s'étoit tellement roulé dans ses fera, que tout son corps en étoit couvert et serré.

' Car dès qu'ils le touchoient seulement, ils se coUoietit à sa peau comme du ploml) bouillant, ils entroient dans la chair et n'en sortoient plus.

Et c' étoit Ih rhommè^ Je le reconnus.

Et voilà , un rayon de lumière partoît de rOrîent, et un rayon d'amour du Midi, et un rayon de force du Septentrion.

Et ces trois rayons s'unirent sur le cœur de cet homme.

Et quand partît le rayon de lumière , une voix dît : Fils de Dieu, frère du Christ, sache ce que tu dois savoir.

Et quand partît le rayon d'amour, une voix dit : Fils de Dieu, frère du Christ, aime qui tu dois aimer.

Et quand partit le rayon de force , une

d'un croyant. 45

Foix dit : Fils de Dieu , frère du Christ ^ fais ce qui doit être fait.

Et quaud les trois rayons se furent unis , les troix voix s'unirent aussi , et il s'en forma une seule yoix , qui dit :

Fils de Dieu» frère du Christ , sers Dieu et ne sers que lui seul.

Et alors ce qui jusque-là ne m'avoit semblé qu'un homme , m' apparut comme une multitude de peuples çt de nations.

Et mon premier regard nip m'avoit p^ trompé p et le second pe me trompoit pas non plus.

Et ces peuples et ces natiom» se réTeilknt sur leur lit d'angmsse, commencèrent à se dire :

D'où Tiennent nos souiFrances et notre langueur , et la faim et la soif qui nous tourmentent , et les chaînes qui nous

courbent Te» la terre et entrent dans dotre chair?

Et leur intelligence s'ouvrit, et ils comprirent que les fils de Dieu » les frères du Christ » n*aToient pas été condamnés par leur père k TesclaTage, et que cet esdarage étoit la source de tous leurs maux.

Chacun donc essaya de rompre ses fers» mais nul n'y parvint.

Et ils se regardèrent les uns les autres avec une grande pitié, et, Tamour agissant en eux , ils se dirent : Nous avons tous la même pensée, pourquoi n'aurionsnous pas tous le même cœur? Ne sommesnous pas tous les fib du même Dieu et les frères du même Christ? Sauvons-nous, ou mourons ensemble.

Et ayant dit cela , ils sentirent en eux ime force divine , et j'entendis leurs cbal-

d'un CROYANT. 4?

nés claquer , et ils combattirent six jours contre ceux qui les avoient enchaînés » et le sixième jour ils .forent vainqueurs , et le septième fut un jour de repos.

Et la terre , qui étoit sèche y reverdit , et tous purent man^r de ses fruits , et aller et Tenir sans que personne leur dit :

Où allez^Tous ? on ne passe point ici.

Et les petits mifants cueilloient des fleurs, et les apportoient à leur mère , qui doucement leur sourioit.

% Et il n'y avoit ni pauvres ni riches , mais tous avoîent en abondance les choses nécessaires k leurs besoins , parce que tous s'aimoient et s'aidoient eu frères,.

Et une voix» comme la voix d'un ange», retentit dans les cieux : Gloire à Dieu», qui a donné Tintelligence» l'amour ^ la force à ses enfants ! Gloire au Christ » qui a rendu à ses frères la liberté I

48 paeoi.es

Lorsqu'un de vous souffre une injustice > lorsque, dans sa route k travers le monde, l'oppresseur le renverse^ et met le pied sur lui ; s'il se plaint , nul ne l'entend.

Lé cri du pauvre monte jusqu'à Dieu ,

mais il n'arrive pas à l'oreille de Thomme.

. Et )e me suis demandé : D'où vient ce

mal ? Est-ce que celui qui a créé le pau^

vre comme le riche, le foible comme le

puissant , auroit voulu ôter aux uns toute

crainte dans leurs iniquités, aux autres

toute espérance dans leur misère ?

Et j'ai vu que c'étoit là une pensée hor-

rible , un blasphème contre Dieu.

Parce que chacun de vous n'aime que

d'un croyant. 49

soi, parce qa'il se sépare de ses frères , parce qu'il est seul et veut être seul , sa plainte n'est point entendue. \

Au printemps , lorsque tout se ranime ^ il sort del'herbe un bruit qui s'élève comme un long murmure.

Ce brùît|, formé de tant de Bruits qu'on ne les pourroît compter, est la voix d'un nombre innombrable de pauvrbs petites

créatures ' imperceptibles.

Seule , aucune d'elles ne seroit entendue : toutes ensemble, elles se font eutendre.

Vous êtes aussi cachés sous l'herbe, pourquoi n'en sort-il aucune voix ?

Quand on yeatpasser une ririère rapide , on se forme en une longue fUe sur deux rangs , et , rapprochés de la sorte , ceux qui n'auroient pii ^ isolés des autres,

5o PAROLES

résbter à b force des eaux , U surmoqtent sans peine.

Faites ainsi , et tous romprez le cours de riniquîté, qui vous emporte lorsque TOUS êtes seub, et vous jette brisés sur la rive.

Que vos résolutions soient lentes, mais fermes. Ne tous laissez aller ni à un premier , ni à un second mouvement.

Mais si Ton a commis contre vous quelque injustice » commencez par bannir tout sentiment de haine de votre cœur et puis , levant les mains et les yeuic en haut , dites à votre Père , qui est dans les cieux :

O Père, tous êtes le' protecteur de Finnoceot et de ropprimé; car c'-est votre amour qui a* créé le monde , et c'est votre justice qui le gouverne*

Vous voulus qu'elle ri^ne sur la terre ,

d'un CROYâNT. 5l

el le méchant y oppose sa volonté mau- Taise.

C'est pourquoi nous avons résolu de combattre le méchant.

Père ! donnez le conseil à notre esprit, et la force à nos bras !

Quand vous aurez ainsi prié du fond de votre âme» combattez et ne craignez rien*

Si d'abord la victoire paroit s'éloigner de vous, ce D'est qu'une épreuve , elle reviendra : car votre sang sera comme le sang d'Abel égorgé par Caïn» et votre mort comme celle des martyrs.

53 • PABOLBS

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