‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 25 sur 44 · Car il lui disait: Esprit ape sors de cet · texte numérisé non relu

Car il lui disait: Esprit ape sors de cet

homme.

9. Et il lui demanda : Quel est ton nom? Et il lui 4 répondit: Légion est mon nom; car nous SOMMES

beaucoup.

40. Et il suppliait avec instance de ne point le chasser hors de ce corps. ie -

11. Or, il y avait là, le long de la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient.

12. Et les esprits suppliaient Jésus, disant : Envoyez- nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux. ï :

43. Et Jésus permit aussitôt : Les esprits impurs, sortant donc du possédé, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau, d'environ deux mille, se précipita impétueusement dans la mer et s’y noya

14. Ceux qui le gardaient s’enfuirent et répandirent cette nouvelle dans la ville et dans les champs. Aussitôt les gens sortirent pour voir ce qui était arrivé.

15. Ils vinrent vers Jésus, et ils virent celui qui avait été tourmenté par le démon, assis, vêtu et sain d'esprit ; et ils furent saisis de crainte. :

(Saint Marc, ch. V, v. 2-15.)

PPT

Cet homme habitait dans les sépulcres; il brisait les chaînes dont on essayait de l’attacher, Personne ze pouvait le dompter. 3

Il brisait tous les liens ; il criait; il se meurtrissait à coups de pierre.

Nuit et jour dans les sépulccres et sur les montagnes, criant, hurlant, se meurtrissant, privé d'immobilité, privé de silence.

L'habitude émousse tout, particulièrement les scènes de l'Évangile. Il Fab la vaincre, il faut insister, il faut se représenter vivement cet homme dans l'horreur de sa situation, les tombeaux, cet esprit immonde, le furieux qui ne se tait ni jour ni nuit, qui se meurtrit, qui hurle, ce troupeau de porcs, cette demande des ne laquelle ne peut étonner que ceux qui ignorent la signification de ce mot: Démon.

il faut appuyer sur cette scène terrible, il faut se représenter la peur que faisait ce possédé. Cette peur est très nécessaire pour faire entendre

le dernier mot, le mot pour lequel j'écris tous les autres. |

PUR oi LS Le ne RG

Il faut se représenter les épouvantes contenues

dans les courtes paroles de l'Évangile pour com-

prendre quelque chose de la profondeur du der-

nier mot: ils furent saisis de crainte.

Ce dernier mot contient de singuliers mystères. Voilà un homme qui faisait peur parce qu’il était agité et nu; c'était le possédé, l'hôte des sépuicres. Le voilà assis, calme, vêtu. Er timuerunt. Et la crainte saisit les hommes. Ce magnifique remplacement de la peur par la crainte ouvre une fenêtre sur l’adoration.

La peur est le sentiment de l’esclave : c’est le. tremblement égoïste, étroit et servile qui naît du danger aperçu ou pressenti. :

La peur est la chose qui naît de l'angoisse, à propos d’un danger fini, déterminé, ordinairement matériel, Elle est absolument contraire à la gloire, et nulle majesté n’est sentie dans son voisinage. Elle est bestiale, instinctive, et fait penser à un animal menacé ou menaçant. |

La crainte est le frisson qui vient du voisinage ou de l’attouchement de la majesté. La crainte est fille du sanctuaire. La crainte éclate devant la grandeur, devant la gloire. La fumée qui sort des profondeurs du temple, l'obscurité sublime, le silence, trois fois auguste, voilà les sources d’où coule le fleuve de la crainte pour se jeter bouillonnant dans l'Océan de la gloire. |

La peur vedoute et déserte : la crainte tremble et aime ; la peur maudit ; la crainte est une bénédiction, bénédiction reçue et bénédiction donnée. La crainte tressaille et frissanne à

ou | PAROLES DE DIEU aloretion est au fond d'elle.

Cet homme vêtu, raisonnable et assis, n'a plus rien d’effrayant. Mais son attitude raisonnable: calme et assise, éveille le souvenir de son état précédent, et éveille en même temps le sentiment de la toute-puissance qui l'a 1ranepons, de cette situation-là dans celle-e. EE,

Sedentem et vestitum et sanæ menlis et limuerun. ; :

L’ Évangile, comme je l'ai déjà dit, l'Évangile et l'Écriture en général ne daignent pas se faire admirer. Mais nous avons le droit et le devoir de dire au cœur de l’homme: Écoute et regarde.

Ceci est fait pour toi.

Il me semble qu’il y a, dans le tableau épou-

vantable de ce possédé, de cet habitant des sépulcres, de cet homme criant jour et nuit, ne supportant pas ses chaînes, et invincible aux efforts de ses impuissants dompteurs, il me semble qu'il y a là une préparation singulière à la signification profonde et à la magnificence calme du dernier mot : Ils furent saisis de crainte. É

Ces hommes habitués à la vue du possédé, habitués à ses cris, habitués à ses violences, aux meur- … trissures, aux coups de pierre qu'il s’infligeait à . lui-même, car les démons sont par-dessus tout « inhumains, ces hommes habitués à la peur, le à voyant assis vêtu, et raisonnable, sont saisis de crainte. à

Un homme assis, vêtu et raisonnable, ee par lui-même, rien de très effrayant. Mais ce n’est

AT Ent re SOMSTOQI PE NER PO PTE N TNT ONF

pas seulement lui qu'on voit quand on regarde cet homme. On voit la toute-puissance qui vient de le toucher, et on tremble, parce qu’à travers lui le doigt de Dieu apparaît. On voit encore l’ancien possédé ; on voit celui qui criait jour et nuit dans les sépulcres, car il ne dormait pas. Il ne dormait pas, bien jentendu, et son insomnie faisait partie de son épouvante. Il était l’épouvante de toute la contrée. On s’en souvient : on le revoit même, on le voit peut-être mieux qu'on ne le voyait autrefois. Les horreurs de sa situation passée apparaissent plus distinctement que si elles étaient présentes. Cet homme apparaît, résumé par le souvenir.

Puis tout à coup, le voici: Il est assis, chose prodigieuse ! L’immobilité lui est permise. Il supporte le vêtement humain. Le voilà raisonnable.

La peur à pris la fuite, en même temps que les | démons. :

Et la. crainte est arrivée, solennelle et divine ; car la peur est fille de l'enfer, et la crainte est fille du ciel. |

Cette ambition de l'esprit impur, cette ambition d'entrer dans les porcs, Jésus la satisfait. Vous voulez entrer dans les porcs, vous entrerez dans les porcs.

Et c'étaient des esprits ; ils avaient été créés bienheureux ; ils étaient des démons : ils avaient été des anges ! Et ils ambitionnaient d'entrer dans les pores, et leur ambition, cette ambition-là est satisfaite.

| grâce leur est concédée.

2 0, PAROBES DE DIEU | Ceux qui, autrefois, étaient tombés par orgueil, 1 ambitionnent d'entrer dans des porés, et celte

Et à cette demande: quel est Votre nom? ils ‘4 répondent: Légion. Fu cl

Ils s'appellent légion parce qu'ils sont beaucoup. | CRE à \ de n.

Que d'hommes tombés par oïguéil ambition nent plus tard d'entrer dans des porcs ? | ‘ Et ce mot: Légion! FAURE Ily a des moments où Îa parole se déclarant courte, on éprouve le besoin de se réfugier dans A le silence. Voici peut-être un de ces moments.

Cœpit pavere et tædere,

(Saint Marc, ch. XIV, v. 83.)

[Il commença à avoir peur et à s’ennuyer,

(Saint Marc, ch. XIV, v. 33.)

Toutes les fois qu’on regarde l'Humanité, 49 qu'on la confronte avec l’idée de la Divinité, l'cepposition se fait sentir. Ici la force, et là La faiblesse évidente. Ici la gloire, et là la misère. Mais où le cantraste est-il absolu ? Question qu on n’a Jamais posée peut-être.

Quelle est la chose de la vie homes la plus radicalement étrangère à l’essence de la gloire? Est-ce la naissance? Pas tout à fait. Est-ce la vie ? Pas tout à fait. Quelques lueurs tombent sur elle. Est-ce la mort? Pas même, une solennité l'enveloppe qui peut quelquefois la rapprocher

jusqu’à un certain point de la lumière.

Sont-ce les détails physiques de la Passion ? Pas même : des lueurs d’abîme éclairent ces choses, et la couleur du sang les rougit.

Qu'est-ce donc? Quelle est la chose que rien ne pénètre, et qui est l’antipode, plein, absolu de la gloire ? Quelle est la chose où la misère soit parfaite ?

Cette chose, c’est la peur.

La peur, qui est indiquée au Jardin des ee

her >

* estl’acte impénétrable, imperméable, LA IHout, 2

seul de son espèce, Le plus étrange etle plus oublié.

On cite des morts héroïques. Les martyrs et les guerriers ont souvent cette auréole.

Jésus-Christ ne l’a pas, et le P. Faber dit qu'il fut plus sujet à la Bear qu'aucun homme dans le monde entier.

La peur est le plus inconnu, le moins étudié des sentiments de l’homme.

Et cependant elle est caractéristique, typique, elle est parfaite en son genre.

Elle est plus totale, plus complète, plus parfaite que le mal. Le mal, quel qu’il soit, est limité. La peur ñe l’est pas, ou, si elle l’est, c’est seulement par les limites de la nature sur qui elle s'exerce. La peur ôte au mal sa limite réelle. Elle le pré. sente dans un idéal absolument épouvantable.

Elle le contemple, non en lui, mais en elle. Elle voit l’image du mal grossie dans une nuée comme : Les voyageurs des montagnes voient quelquefois leur image. | . La peur est une défaillance plus latine que le ma). Elle est une dissolution plus totale des forces de là vie. Elle est un abandonnement plus - intérieur. Elle pénètre plus profondément le sang,

… les os et la moelle des os. Elle est une attestation

de faiblesse plus authentique et plus radicale. Elle enlève à la misère ce que celle-ci pourrait avoir d'extérieur, d’accidentel.

Elle la plonge un océan immense et indé- - fzrminé. La peur wi comme la nuit, Elle enlève + r ae {6

aux objets la précision de leurs cute Elle les a: revêt d'immensité. Elle enlève à l’âme les lieux 4 de refuge et de résistance. Elle la désarme avant le combat. Elle la livre seule etnue à des ennemis qu'elle rend tout-puissants, sans limite et sans borne, à des ennemis fortifiés par toute la vertu de sa défaillance.

La peur, c’est le néant qui le idéal. |

Cest le néant qui se contemple dans son type, agrandi par son propre regard. C’est le néant qui D nuhes par la pensée, des dernières faiblesses de sa nature.

La peur, c’est l’effort de la misère, son chofd'œuvre et son étonnement. |

S'il y avait une divinité de la misère, il faudrait adorer la peur, et auprès de cette divinité là, la mort même serait une idole. :

C’est la peur qui serait le vrai Dieu. Il y a des morts qui ont des airs de fierté. La peur ne connaît pas ces airs-Jà. | | |

Elle est intolérante de tout ce quin'est pas « elle. Elle veutson homme tout entier. Elle est plus jalouse que la mort. Elle éteint mieux que la mort . tous les souffles et toutes les flammes. Elle est . plus absorbante, et sa victoire ne coûte aucun « combat. Pour vaincre, elle n’a qu’à paraître. Là où elle est, il n’y a plus rien. Elle fait le vide ; elle s’assied, et son siège est un trône, puisque c’est elle qui est assise. ë

La peur ne ressemble à rien. Elle est pleine de 4 particularités. 4

eat ne Er CN D d À

ah PRET ou F S É

Quelqu'un a dit que l'orgueil chez un fils d'Adam est un prodige.

Pourtant ce prodige se réalise tous les jours. Et non seulement tous les jours, mais à propos de

tout. Et non seulement à propos de tous les avantages qu'on peut posséder, mais à propos de tous

les désavantages.

L'orgueil ne s’alimente pas seulement du génie, du talent, de la beauté. Il s’alimente des misères

qu'il contemple à sa lueur. Par la vertu de l’or-

gueil, l’homme transfigure les faiblesses, s’admire en elles. Il admire de plus son propre orgueil, faiblesse suprême dont il se vante comme un pauvre qui, devenant fou, s’entourerait pompeusement de ses haillons déchirés qu’il prendrait pour un manteau impérial. Et la vermine qui grouillerait dans les haillons, ressemblerait pour lui aux hommages des peuples.

L'amour-propre, qui est si insatiable, se prend cependant aux infiniment petits. Il vit de tout et il vit de rien. Quand il ne sait à quoi s’accrocher, il grimpe aux murs.

Ün ruban, un chapeau, la plus petite garniture

de la plus petite cheminée, le plus imperceptible

fil du moindre vêtement, le cadeau le plus insignifiant que puisse vous faire n'importe qui ou n'importe quoi, pour vous le retirer dans une minute, une pièce d’or, une pièce d'argent, même si elle est dans vos mains, sans être à vous, peutêtre même une pièce d’or dans la main de votre voisin, une chose à la fois insignifiante, étrangère

244 + PAROLES DE DIEU. ae Fe AE | Fe

et trompeuse, méme si vous la reconnaissez telle, tout lui est hon, il prend tout, il mange tout, comme un sauvage. L’apparence la plus menteuse, la plus incapable de tromper vous-même ou les autres, il la prend, il la mange, et cela lui profite. Les faiblesses les plus honteuses, il les appelle des passions. Il les prend, il les mange, et cela lui profite. Il s’engraisse de tout, même de la maigreur. Il s’engraisserait d’un fil de fer.

Les désirs physiques les moins élevés, il les transforme en ardeur ; il les prend, il les mange, et cela lui profite. Il prend la boue, il la mange, et cela lui profite.

Et la purulence même de la boue qui ferment, pleine de vers et d’insectes, lui devient du pain. Il prend cela, il le mange, et cela lui profite. Les insectes microscopiques deviennent gros et gras en lui pour le nourrir et pour l'engraisser. |

L'homme est fier de l’héroïsme, mais il est fier aussi du crime.

Eh bien ! il y a une chose, une sé dans l’immense univers, une seule au milieu de tous les biens et de tous les maux, une seule dont l’ amMmOUrpropre ne peut pas se nourrir, une seule qui ne lui soit pas assimilable, qui ne lui soit assimilable à aucun degré.

Cette chose est sa bête d'horreur, et l'amourpropre meurt à sa vue.

Cette chose, C'EST LA PEUR.

| Nul homme, jamais, ne fut fier d'avoir eu peur. - La peur est cette exception qui domine toute loi. Elle est la seule chose que l’orgueil ne revendique Jamais.

Elle a par là une place à réserve.

- Elle est un anathème. Elle dit à l’orgueil : Tu iras jusqu'à moi, et tu n'iras pas plus loin, et à mes pieds tu briseras l’enflure de tes vagues.

La peur en général a donc des perfections que le mal n'a pas. È

part. Elle est une

Mais si de la peur en général nous passons à la peur de Jésus-Christ au Jardin des Olives, nous trouverons le silence plus convenable que la parole. Sa passion est une suite d’excès, dont beaucoup nous sont inconnus, dit Angèle de Foli-

gno. Mais ces souffrances, quelque effroyables qu’elles fussent, furent successives, et non simultanées. Dans le développement de la Passion, il ne les porta pas toutes à La fois. Mais, au Jardin des Olives, par la vertu de l’épouvante, il les … porta toutes à la fois, et par la vertu de la même . épouvante, elles acquirent en lui une perfection . - plus grande que celle qui allait leur être donnée - par la réalité elle-même. Peut-être le crucifie- 4 ment fut-il senti d’une manière plus terrible au … Jardin des Olives que sur la croix. Car sur la croix … il fut senti en réalité. Au Jardin des Olives il fut senti en esprit. | La sueur du sang est la parole de cet terreur.

246 PAROLES DE DIEU En général l’homme n’a pas de sueur de sang.

La sueur de sang est une chose en dehors de tout, comme la terreur de Jésus-Christ fut en dehors de tout. Il sentit peser sur lui Dieu en fureur, et | ilsavait ce que c'était que Dieu en fureur.

Il portait la fureur substantielle de Dieu. Ii voyait son avenir térresire, qui était la passion, puis l'avenir des hommes : il voyait leurs crimes, leurs douleurs. Personne ne sait ce qu’il voyait. Personne ne sait ce qu'il sentait. Personne ne sait ce qu'il portait. Personne ne sait de quel frémissement frémissait cette nature humaine, qui n'avait d'autre support qu'une Personne divine, et qui se voyait l'objet de la fureur de Dieu. | | |

C’est pourquoi je crois le silence plus convenable que la parole, et la sueur de sang semble l'indiquer. La sueur de sang, phénomène à pari, phénomène réservé, nous indique qu'il s'agit d’une chose dont les pensées humaines n'ont pas la mesure. Il s’agit d’une chose à part, d'une chose réservée.

SES PTE 7.

Et adducite vitulum saginatum.

. Amenez aussi le veau gras, ét tuez-le, mangeons et réjouissons-nous.

(Saint Luc, ch. XV, v. 23.)

Sine ut mortui sepeliant mortuos suos.

(Saint Luc, ch. IX, v. 60.)

Laissez les morts ensevelir leurs morts.

Ces deux textes qui ne paraissent nullement se toucher, se touchent pourtant, ce me semble, par l'apparition qu'ils manifestent, apparition pleine d'harmonie, qui n'est pas une contradiction. | |

Au premier regard, l’homme pourrait séton-

ner. À Voici un pécheur qui a fui Dieu, qui a dissipé

sa substance, et au premier moment de son

retour, pas un reproche, pas une amertume: La fête ! la fête ! la fête! et on tue le veau gras. Voici un homme qui veut tout quitter pour Dieu. Dieu ne lui laisse pas le temps d’ensevelir son père.

Les procédés sont différents: mais au fond de cette différence il y a un accord admirable.

L'Écriture est un abîme, et le mystère habite

au fond. Il y aurait un bel ouvrage à faire sous . ce titre Concordance. Au lieu de la concordance : matérielle, ce .erait la concordance spirituelle. | Au lieu de celle des mots, ce serait celle des.

choses. Re

LA Été mL EN id an mat is à À 6 lien ee de QU L cs) do de LU sud abc is abus du de & Sédehtieh ri

Prenons pour exemple la patience et l’impa-

tience de Dieu.

Ces deux choses sont indiquées de Dieu, patience etimpatience. Dans quels cas? Voici, je crois, la loi.

en d’après l’Écriture, est patient pour les pécheurs, impatient pour les justes.

5 agit-il de l’enfant prodigue, de la monnaie perdue, de la brebis égarée, c’est la patiénce sans fin, c'est la recherche du Bon Pasteur.

Mais, tout à coup, la scène change. « Suis-moi,

dit la voix qui appelle. — ts que ] aile ensevelir mon père. » Voici la réponse. Elle est

sublime d’impatience. | « Laisse les morts ensevelir leurs morts. »

Quoi de plus naturel et de plus permis que

d’ensevelir son père! C’est précisément parce que

la chose est permise aux hommes ordinaires,

qu’elle est si violemment interdite aux hommes

privilégiés, dans les moments solennels. Celui qui

met la main à la charrue et qui regarde derrière

n’est plus apte... La famille de Rebecca la supplie de rester dix Jours avant de suivre l'inconnu. « Non, dit la jeune fille, je partirai à l'instant même. » Car elle est appelée.

Et les apôtres, ayant entendu le maître, quittèrent tout pour le suivre.

Et la voix qui parle à l'épouse, comme elle est

antolérante! « Oublie ton REUpE et la maison de

ton père ! »

Remarquez que ce ui toujours les actes et les

DEP Re Li AL

sentiments les plus légitimes et les meilleurs, des actes pieux de reconnaissance, l’ensevelissement et le souvenir du père et de la mère, les choses les plus légitimes qui deviennent interdites au moment de l'appel.

Dans les cas de péché, on est sous le coup de la loi; Dieu attend avec une longanimité extraordinaire qui ressemble à de la froideur. Quand, au contraire, il adresse à un fidèle déjà fidèle à la loi un appel personnel, direct, spécial et supérieur, il refuse d'attendre absolument. Il est ardent et pressé. Îl veut que vous immoliez la chose inférieure à la chose supérieure, brusquement, il veut que vous abandonniez tout, que vous couriez à Sa voix, que Vous vous précipitiez dans la direction nouvelle. Il veut que votre ancienne vie brûle en une seconde, foudroyée par la voix qui appelle. Il veut que rien ne reste plus de votre ancienne personne, que vous ne vous souveniez plus de votre vieille maison, ni de votre vieux nom, ni de vos habitudes, ni de votre père, ni de votre mère, que tout brûle jusqu'à la pierre du sacrifice, jusqu’à la terre qui vous portait, que vous vous jetiez à corps perdu dans la vie nouvelle, sans regarder derrière vous.

Saint Paul veut se faire anathème pour tous.

Il veut attirer sur lui la fureur des lois, car telle est la vocation spéciale à laquelle il est appelé par l'esprit.

A-t-il entendu, au septième ciel, cette recommandation de hair son âme que la terre ne com-

te à dc one à L

prend pas? Celui qui veut sauver son âme la

perdra. Haïr son âme, se faire anathème, paroles mystérieuses qui sont peut-être Synonymes, dans la langue du pays où il avait été transporté.

Ceux qui ont essayé de dénouer le nœud gordien ont perdu Jeur temps, Alexandre l’a tranché. | | Le Verbe éclaire tout homme venant en ce . monde. l

L'esprit souffle où il veut.

Ensevelir son père est une œuvre de piété qui tombe sous le coup de la réprobation, quand l’esprit souffle ailleurs. Car l'esprit est sans mesure.

L'entraînement est la loi de l'esprit, son souffle est un glaïve qui tranche et ne dénoue pas. |

Quant à l'enfant prodigue, puis-je le quitter ainsi? ; |

il est inutile de le raconter et impossible de l’analyser. Cependant, on voudrait parler de lui.

Il est tellement beau qu’on reste devant lui . pensif. |

La méditation qu’il provoque va plus loin que les termes dont il se sert. Il semble qu’on éprouve le besoin de suivre jusqu’au ciel ce récit terrible.

Panem nosirum quotidianum da nobis hodie.

(Saint Luc, ch. XI, v. 8.)

Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien.

Pour aborder le Pater, il faudrait quelque chose que je n’ai pas encore. Je n’ose pas.

Quelque chose me manque, au moins pour le moment. J 'essayerai peut-être un jour. Nous verrons. Aujourd'hui je me réfugie dans le silence, qui est mon refuge ordinaire.

Cependant, comme les explorateurs de la terre promise rapportèrent à Moïse quelques-uns des fruits qu’il fut permis de goûter d'avance, est-ce que je ne pourrais pas prononcer d'avance ce mot:

Panem nostrum, notre pain?

Nous ne demandons pas seulement du pain:

nous demandons notre pain, celui qui est le nôtre. Nous ne demandons pas le pain qu'il faut à notre voisin, à notre frère, mais celui qu’il nous faut à nous-même : le nôtre.

Je ne demande pas celui d’un homme quelconque. Je demande celui qui estle mien, celui dont Dieu veut que j'aie besoin moi-même: le mien !.

Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque

= NOUVEAU TESTAMENT oh

| jour. Il faut insister sur chaque mot: mais il es

en à deux qui peuvent être oubliés par plusieurs esprits inattentifs et qui brillent comme du feu dans cette phrase, awjourd’hui et nôtre

Nôtre est si étroitement uni à pain qu'il passe inaperçu. Il faut prendre ce mot à deux mains, et le mettre dans sa lumière.

I ne s’agit pas d’un pain quelconque, il s'agit de votre pain, le vôtre. Considéront l'Univers : les sphères célestes en mouvement; tout ce qui a vie s’appelle e90,eq0, c'est-à-dire, Ego, j'ai besoin. Tout ce qui a vie a besoin. Tout ce qui a vie aspire incessamment à renouveler sa substance ; tout ce qui a vie est affamé, tout ce qui à vie est avide. Mais toute créature diffère essentiellement de sa voisine. |

Embrassez d'un coup d'œil toutes les forêts créées. Pas une feuille dans ce nombre énorme de feuilles ne ressemblera à sa voisine. Embrassez d’un regard tous les rivages de tous les océans, pas un grain de sable ne ressemblera à son voisin. Et si nos yeux étaient de force à étreindre d’une seule étreinte toutes les sphères célestes, si la poussière d’or jetée dans les plaines de l'Espace nous apparaissait, telle qu’elle est, si elle était tremblante et nue devant notre regard, comme devant le regard de Jéhovah, pas un grain de cette poussière-là ne serait trouvé semblable à l’autre, ni deux feuilles, ni deux grains de sable, ni deux étoiles ne se ressembleraient.

Or le pain de chacun, c'est ce qu'il faut à celui-

256 PAROLES DE DIEU là, non pas à son voisin. Le caractère d | déterminé par le caractère de laffamé, at le caractère du vin par le caractère de l’altéré. Le caractère de ma nourriture est déterminé par le caractère de mon estomac, de mon besoin, de mon appétit. Puisqu'il n'y a pas deux créatures identiques, il n’y a pas deux créatures qui aient besoin d’un pain identique. Le Nôtre! Le Nôtre! 5 Dieu Puissant: donnez-nous le Nôtre! Je ne demande pas le pain de mon frère! Je demande mon pain à moi! FN Ê

Page 1