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2. Et cum jejunâsset quadraginta diebus et quadragenta noctibus, posteà esuriit.
(Math., ch. IV, v. 2.)
Et ayant jeuné quarante jours et quarante nuits, ensuite il eut faim.
Dixit: Sitio.
(Joannes, ch. XIX, v. 28.)
Il dit ; Jai soif.
Ayÿant passé quarante jours et quarante nuits dans {e désert, Jésus-Christ a faim.
Sur la croix, il a soif.
Après k jeüne devait venir la prédication.
Il allait entrer dans la vie. Il eut fai sur la croix, tout était accompli. Il eut soif.
Il me semble que la faim ressemble au Jo la soif, au désir.
Sortant du désert, il eut faim, il allait vivre.
Sur la croix, il eut soif: il allait mourir.
Sortant du désert, il entrait dans la vie.
Sur la croix, il entrait dans la mort.
La faim semble finie dans son objet; la soif semble infinie.
La faim semble s'appliquer au désir des choses à
finies, circonscrites, limitées, devant s’accomplir dans le temps et dans l’espace. ee
La faim s'appliquait peut-être à l’action visible, au côté historique et commensurable de sa mission. | 3
La soif peer représenter Les hoc delà, le sans mesure et le sans borne, |
La faim devait s'appliquer à sa parole ; la soif, à son silence.
Sortant du désert il avait fin parce qu'il allait faire des choses humaines.
Sur la croix il avait soif, parce qu il allait rentrer dans le désert. |
Sortant du désert, il avait faim, parce que ses désirs allaient se trouver en contact avec le fini.
Sur la croix, il avait soif, parce que ses désirs allaient se dilater dans l'infini.
IL a faim. Satan comprend un peu et offre la puissance, telle qu'il la conçoit, la puissance extérieure et politique, les royaumes de la terre.
Il suffit, pour cela, d’une génuflexion; Satan offre la puissance sous la forme grossière, et pour ainsi dire solide, qui peut être l'objet de la faim.
Mais quand Jésus-Christ a soif, Satan ne comprend plus. Le fiel et le vinaigre qu’il fait offrir, n’ont pas de rapport avec l'objet désiré. Le fiel et le vinaigre ne sont qu’une ironie et non une tentative de séduction.
La soif qui est en rapport avec la matière liquide porte sur un objet plus rapproché du principe des choses. L'eau est plus pre que le pain du principe de la matière. | La soif de Jésus-Christ devait porter sur quelque désir profondément intime et très inhérent à l'essence des choses. Elle devait être en relation avec quelque abîme inconnu de la divinité.
La faim semble en rapport avec la matière, la soif avec l'esprit,
Ou, si nous suivons l'application précédente, la faim serait en rapport avec l’esprit avoisinant la matière, c’est-à-dire avec les actes spirituels qui s’accomplissent dans le temps et dans pis par le moyen de la matière.
La soif de Jésus-Christ sur la croix porte probablement sur ce qu'il y a de plus spirituel dans le domaine de l'esprit, de plus essentiel dans le domaine de l’essence, de plus suressentiel dans le domaine de la suressence. Elle signifie un désir surpassant les actes. |
Elle signifie un désir élargi par la mort voisine et qui commence à sentir de plus près les atteintes de l'infini. |
Surrexit autem Saulus de terrâ, apertisque oculis nibil videbat ; ad manus autem illum trahentes, introduxerunt Damascum.
(Actus Apost., ch. IV, v. 8.)
Saül, se levant de terre, les yeux ouverts, ne voyait
rien. Le traînant par la main, ils le conduisirent à Damas.
Les yeux ouverts, il ne Von rien. J'ai parlé ailleurs de la conversion de saint Paul. Mais il me semble que je n'en airien dit. Je ne vais rien en dire encore; mais je vais demander au déares : un mot, un geste, un accent. | : 4
Les yeux ouverts, il ne voyait rien. La foudre, 4 qui venait de le frapper, l'avait emporté plus haut que les domaines de la lumière. Là où l'avait ; ravi la foudre, la lumière ne l'avait pas suivi.
Les ténèbres profondes où il passa trois jours et trois nuits se chargèrent de lui dire le nom dus Dieu inconnu qu'il alas prècher ensuite aux ; Athéniens. La foudre, le prenant par la main, | l'avait introduit dans les ténèbres. Ses amis le. conduisant par la main, le conduisirent à Damas.
Lui, Paul, le disciple de la foudre et des ténte | bres, quand il prêcha aux Athéniens, le Dieu inconnu, réveilla Denys, qui devint saint Denys, : saint Denys, le disciole de Paul et d’'Hiérothie,
saint Denys, le docteur des ténèbres transcen-
dantes. es On dirait que l'obscurité divine où fut enseveli
ul, comme Jonas dans la ion sublime de la théologie des les, et Je foyer incandescent de la lumière si
haute qu ‘elle perd son nom dans la nuit noire,
Elias erat homo, similis nobis, passibilis.
(Jacobus, Épitre, ch. V, v. 17)
Elie était un homme sem blable à nous, passible.
L'homme a une tendance marquée vers une idée vague que voici. Îl pense que les hommes historiques et surtout les hommes légendaires ne sont pas de même race que lui. C'est contre cette tendance que lutte saint Jacques dans le texte que je viens de citer. Il éprouve le besoin de rappeler aux hommes qu'Élie était un homme.
Les hommes en effet semblent se débarrasser des soucis que leur laisserait l'exemple des grands Personnages, si les grands Personnages étaient des hommes comme eux,
Et dans leur zèle à se débarrasser, ils jettent dans le lointain de la légende les grands Personnages. Ils les relèguent loin d'eux, plus loin, plus loin, plus loin, très loin, et quand ils les ont placés assez loin pour être à l'abri de la contagion, ils les placent haut, plus haut, plus haut, très haut, afin d’être garantis par la Hauteur, comme par la distance, contre les inconvénients que pourrait entraîner le voisinage de la grandeur. ,
Vous leur citez quelque chose de beau, Sans
tubes. des Hé ie Sie, à.
| NOUVEAU TESTAMENT ee Le doute, répondent-ils, je ne vous dis pas le con-
‘traire. Mais c'était un saint!
C'est comme s'ils disaient: ce n'était pas un . homme! c'était un saint. Donc cela ne me regarde pas! Je ne suis pas un saint, moi, ni du bois dont on les fait ! C’est une Rgce étrangère dont les actes m intéressent tout au plus à titre de curiosité, mais ne peuvent avoir pour moi aucun intérêt pratique. Que me font ces gens dont le nom est dans le calendrier; c’est une Espèce disparue,
dont le moule perdu ne sera pas retrouvé par
moi.
C’est pourquoi il est intéressant de remarquer qu'Élie était un homme, semblable à nous, Capable de sentiments Dune
Elie eut peur, dit l’Écriture. Mais dans que] moment eut-il peur? Voilà La merveille. ;
C'est après le grand Drame du feu et de l’eau. Il venait de commander aux Éléments et aux hommes. -
Il avait bravé Ach ab : il avait bravé les prêtres de Balaam.
Il avait appelé le feu du ciel sur l’holocauste et le feu du ciel était descendu. Et non content de dévorer l’holocauste, le feu du ciel avait dévoré le bois, les pierres, la poussière, la poussière elle-même ; ce n’est pas tout: le feu du ciel avait dévoré l’eau qui coulaït autour de l’autel.
Le feu du ciel avaitmis une certaine affectation à combler et à surpasser les désirs d'Élie. Le feu du ciel avait fait plus qu'on ne lui demandait:
il avait dévoré avec magnificence. Et le peuple était tombé la Face contre terre, criant: C’est le Seigneur qui est Dieu !
Et les prêtres de Baal avaient été égorgés.
Après le feu du ciel, Élie avait obtenu le sang des coupables. |
Et après le Sang, voici l'Eau. … |
Élie monte au sommet du Carmel. Il prie, la tête entre ses genoux, et envoie son serviteur regarder si la pluie tombe, Et le serviteur obéit sept fois. À la septième inspection, un petit Nuage paraît, bientôt suivi d’une pluie énorme. En général, dans l’Écriture, tout ce qui va être énorme, commence pour être tout petit.
Voici les Ténèbres, voici la Nue ; Voici la Tempête, voici l'Eau qui tombe par torrents.
L'Eau, le Sang et le Feu, si souvent unis dans
l'Écriture, coulent tous trois, par ordre d'Élie,
dans ce Drame terrible, où la Toute-Puissance semble s'être mise au service du Prophète.
Il avait vu, entendu, senti, touché, palpé le secours de Dieu. Il avait appelé le feu, il était venu; l’eau, elle était venue.
Il avait fermé, puis rouvert le ciel; bravé Achab et Baal, bravé tyran et démon.
Holocauste, pierre, poussière et eau, toutes ces choses dévorées rendaient témoignage à sa Puissance.
Il avait triomphé des éléments, des hommes, des démons.
Il avait appelé Dieu et Dieu avait répondu.