PES
c’est une chose. La volonté continue .
autre chose; et, bien qu’on soit en prompt à décerner des certificats de … fermeté à celle qui s’accompagne .
d'actes tapageurs, je préfère celle
qui se dégage comme une moyenne, de tout un ensemble d’actes.
Si les grands problèmes de la politique internationale de la France :
devaient être dominés par des arrière-pensées de politique inté-
LE
La paix est une idée modeste, qui
FE
chemine difficilement et lentement,
re
éclatante, qui ne reçoit pas beaucoup
d'encouragement, et qui voit s’exercer contre elle beaucoup d’ironie et de sarcasme. Elle n’a pas la figure de la guerre : la guerre, c’est une pensée casquée, auréolée de souvenirs historiques; elle est capable de susciter des enthousiasmes; elle est dangereuse par cela même.
Vous pouvez tourner les pages de l’histoire, vous verrez combien de fois les peuples ont été jetés vers la guerre par des circonstances qui leur avaient ôté la maîtrise et la réflexion.
La guerre entraîne des actes magni-
fiques qui peuvent être glorifiés…
Tout de même, elle laisse aussi des
choses effroyables. Il suflit de se
promener dans ce malheureux pays :
que de rencontres on y fait, qui rap- -pellent que la guerre n’est pas seule
ment productrice d’héroïsme, qu’elle +
est aussi productrice de misères et se ne
catastrophes.
Mais, telle qu’elle est, il n’est pas
plus difficile de l’éviter qu'il n’est
facile, qu’il n’est possible de faire la
paix. | Tire
La paix, pour réussir, a besoin d' une.
grande confiance; elle a besoin qu’on …
fasse à son profit un acte de foi renouvelé, un acte de foi persistant; elle se heurte à denombreux obstacles.
Il faut qu’à tout instant on la sou-
tienne pour la faire cheminer.
> Pour vouloir la paix, permettezmoi de le dire, et mes paroles ne éon-
, tiennent aucun reproche à l’égard de qui que ce soit, il ne suffit pas
de prononcer le mot il faut avoir
la chose dans le cœur, il faut
l’avoir dans la volonté; il faut saisir
toutes les occasions, toutes, de la
servir et de la servir constamment.
C’est une maîtresse exigeante que la
paix, plus exigeante que la guerre !
La guerre, on peut s’y jeter sous l'influence d’un événement qui, trop
‘ souvent, hélas ! entraîne les peuples sans leur laisser le temps ni la possibilité de la réflexion.
Mais la paix, elle, exige un service prolongé, un service continu, un service tenace; elle veut la persistance, elle n’admet pas le doute.
Le doute, dans un esprit critique
trop aiguisé, le scepticisme et Pexcès
de méfiance, c’est la paralysie; ce … n’est pas l’état d’esprit favorable à Ja à
paix.
CE
J’ai dit et répété souvent pendant | la guerre qu’on négligeait trop. le .
côté moral et que, si la France s0or- … tait de la guerre reconstituée par la Hour victoire, — non plus la France vain- Le cue, non abaïissée certes, mais vaincue, de 1871, —il en résulterait pour ie elle un prestige moral qui lui vaudrait, au point de vue matériel, des :
avantages qu’on ne pouvait aentee - :
Mais on disait plutôt à ce peuple :
« L'argent va affluer dans les caisses, |
les dommages subis seront réparés.
Il suffit pour cela, d’un rie a ne ne
vernement.… » En disant cela au pays, on l’a trompé, > S’abstenir, c’est facile. Se tenir à l’écart, s’en remettre aux événements, ou prononcer seulement des discours énergiques, des discours passionnés, imprégnés du patriotisme le plus ardent et le plus sincère, parler même de la paix avec chaleur, avec amour, tout cela est dans l’ordre des possi- bilités. Mais faire véritablement un pas vers la paix, planter un geste réel, cela, c’est plus difhcile et c’est toujours dangereux pour l’homme politique qui s’y risque.
La Société des Nations n’a peutêtre pas réussi tout ce qu’elle a entre-
96 ARISTIDE BRIAND pris, mais il est injuste de prétendre qu’elle n’a rien fait. Elle a accompli des choses magnifiques et ce ne sont :
pas les plus apparentes. Il y a un .
travail obscur de la Société des Nations, auquel j’ai pu assister et qui a profondément ému les esprits les moins suspects d’indulgence envers le milieu de Genève : je songe à telle grande œuvre d'humanité assumée par la Société des Nations, comme le relèvement de ces débris de peuples jetés sur toutes les routes par ia | guerre et la persécution : hommes, vieillards, femmes, enfants, sans gîte, avec le désespoir au fond du cœur s’en allant par centaines et centaines de mille, aveuglément, vers | d’autres terres, sans nul espoir du 1
PAROLES DE PAIX 97 lendemain. Quel affreux cortège de misère humaine. C’est alors qu’intervient ce beau rôle de la Société des Nations que je vous reproche de
méconnaître. C’est à elle que tous ces misérables se sont adressés, c’est sous son égide qu'ont été trouvés les fonds nécessaires pour les recueillir, pour les installer. Un an après, leurs délégués venaient nous dire :
« Maintenant, nous vivons, nous sommes moins malheureux, nous sommes installés, nous avons trouvé une patrie, nos petits ne meurent 3 slus de misère, nos femmes respirent, : os vieillards aussi. »
Cela, c’est quelque chose.
Ces faits se sont déroulés en Grèce, . >t ailleurs, Ces relèvements entrepris
des heures de tâtonnements, des hé tations, des difficultés. Oui : elle a dû se heurter à certains égoïsme :
nationaux, l'idée de souverainetés nationales étant encore trop. fort pour qu’elle puisse dans tous les cas prononcer la parole décisive.
. ; Malgré les ironies, malgré. les doutes desséchants, je crois que nous sommes en droit de dire que la paix “4 fus AHeÈRE progrès. None avon: à
‘ allumé sur le monde le sinistre flambeau de la guerre, ont pu être réglés dans la paix, et nous avons le sentiment que si nous ne nous laissons rebuter par aucune difficulté, arrêter par aucun obstacle, les efforts d’hier continués demain seront finalement couronnés d’un succès qui ne sera
pas le nôtre, mais celui de l’humanité entière.
CAC
L'idée de paix a fait bien des progrès; et si vous la suivez dans son évolution, vous vous apercevrez combien elle a grandi.
À l’origine, elle est comme enveloppée d’un nuage opaque. On parle de ceux qui la préconisent avec une douce commisération. On les entoure
d’une sorte de respect humiliant : ce « sont des utopistes, des rêveurs.On leur prodigue des compliments sous une forme qui n’est guère faite pour
les encourager.
L’idée persiste tout de même : la voici au premier plan de l’actualité; elle prend corps et suscite, alors, des adversaires. On commence à la com- :
battre; les critiques s’affirment plus vives; elle s’accompagnent quelque-
fois d’injures, presque toujours de
sarcasmes.
Aujourd’hui, les critiques per-
sistent, mais elles n’ont plus le même
caractère. L’ironie, les sarcasmes ont
disparu. L’idée a pris corps, elle est solide, elle est dégagée des nuages,
elle est accompagnée des vœux d’un
PAROLES DE PAIX 101 grand nombre de peuples, elle est assez puissante pour se défendre.
Quand deux nations rétablissent les relations entre elles, quand par suite d’un long passé d’amitié, de traditions communes, elles remettent leurs mains l’une dans l’autre, il faut que ce soit dans un esprit de collaboration amicale pour l’avenir. Dans ces conditions, les questions de fron- . tières, fleuves, montagnes, lignes de chemins de fer deviennent secondaires.
Il ne s’agit plus, pour l’un de ces pays, de s'installer sur ‘le sol de l’autre, en confisquant les éléments de prospérité, non ! Il faut, je le répète, un désir sincèr de collaboration.
AUD ue BRIAN
Quelle que soit la Dolitiqie de France, elle ne doit être, je le décl fortement, dans aucune circonstance une politique « à la suite ». La France est une trop grande personne, elle est entourée d’un trop glorieux | prestige pour se fondre dans une association jusqu’au point de perdre ga personnalité, et ce n’est pas moi qu :
ferai cette politique. pres :
Quels que soient les problèmes posés, la France doit avoir sa politique; mais le vrai moyen de servir son intérêt, en toutes circonstances, quand elle a donné sa parole, quand “elle a donné sa signature, c’ 'est de les | respecter. an
Entre l’Italie et la France, il n’y a aucune opposition d'intérêts irréductible. Nous avons sur notre sol, nous avons dans certains pays sous notre contrôle, un grand nombre d’'Italiens qui sont des travailleurs remarquables, très actifs, extrêmement sobres et auxquels il n’y a rien à reprocher du point de vue de l’administration française.
Nous avons toujours dit à nos amis d'Italie : « Vous pouvez venir chez nous, vous y serez toujours bien reçus, comme des frères de race commune, des hommes qui, hier encore, sur les champs de batailles, ont mêlé leur sang au nôtre.
« Nous envisageons pour nos deux pays un grand avenir de collabora-
tion, une grande œuvre commune de .
paix à laquelle nos deux peuples peuvent concourir, chacun dans sa. manière, avec son tempérament propre, avec ses possibilités de popu- .
lation, sans que jamais aucun conflit :
puisse trouver place dans une si.
féconde et si loyale coopération. AE
Voilà dans quel esprit j’entretiens. | des relations avec le gouvernement
italien. Je dois dire que, jusqu’à pré-
sent, il n’est rien résulté de nos contacts qui puisse me porter à concevoir ca des inquiétudes. Nous avons certains problèmes à régler, nous le ferons amicalement. Nous en. préparerons
le règlement par nos conversations. :
Je n’aperçois rien qui puisse m’ empécher d° aboutir. Rat no
L'Italie est un grand peuple. C’est ‘un peuple ami qui, dans un moment difhicile, a été à nos côtés. Ce sont des
choses que je n’oublie pas.
Quand nous avons devant nous des péricdes encore troubles à traverser et qu'il s’agit, pour y bien cheminer, d'y maintenir un grand esprit de justice, je me retourne vers un passé encore récent, je pense à ce peuple qui fut à nos côtés sur les champs de bataille, je le salue et je cherche les
- moyens de m’entendre avec lui, plutôt que de m'écarter de lui.
La France veut sincèrement la
paix dans le monde. Toujours la paix a été son but, même aux heures où le souvenir de certaines souf-
106 ARISTIDE BBIAND
frances imméritées pouvait lui inspirer d’autres pensées. Si la paix a été terriblement troublée, ce n’est pas son fait, et si, demain, elle doit l'être