‹ Parsifal de Richard Wagner, ou, L'idée de la rédemptionChapitre 25 sur 38 · PREFACE XXXVII · texte numérisé non relu

PREFACE XXXVII

appréciée et distinguée par lui, assista à la première représentation de Parsifal, à Bayreuth, le 26 juillet 1882, dans la loge du maître, entre lui et sa femme M^e Cosima. Revenue en France, elle raconta qu'elle avait reçu de cette mémorable soirée une impression funèbre et presque tragique.

Dans la demi-obscurité de la loge, elle avait vu couler, tout le temps, des larmes silencieuses des yeux du maître. Et comme elle essayait de le consoler en lui exprimant son enthousiasme pour l'œuvre sublime, il répondit avec cette brusque franchise pleine d'inattendu qu'il conserva jusqu'au bout : « Tout cela est très bien, mais il faudrait avoir vingt ans pour en jouir ! »

Eternelle contradiction du cœur humain et du génie lui-même, inhérente à sa nature et nécessaire sans doute à sa puissance créatrice. Wagner, âgé de soixante-dix ans, aurait voulu savourer le drame du renoncement avec le sang chaud et le désir effréné d'un Siegfried ! C'est qu'en lui.

XXXVJII PARSIFAL

comme en la plupart d'entre nous, Amfortas, le vieil Adam, n'était pas complètement mort. Il survivait dans l'homme. Mais l'artiste avait vaincu royalement — car il avait ciselé pour toujours, dans le cristal fluide de sa musique, la radieuse figure de Parsifal.

Edouard Schuré.

Mai 1914.

A MON AMI Edouard Schuré

A qui pourrais-je dédier ces pages sinon à vous qui, le premier, m'avez fait comprendre la grandeur de V œuvre de Richard Wagner ?

Il y a vingt ans, j'entendis pour la première fois quelques fragments de ce chefd'œuvre. J'eus alors le vague pressentiment qu'un monde nouveau s'ouvrait aux accents du maitre incomparable qui convie Vart dramatique à entrer dans la grande synthèse philosophique et religieuse dont notre siècle a préparé les éléments.

Lorsque je lus votre Drame Musical, tout ce que je n'avais fait qu'entrevoir, m'appa-

rut en une vision merveilleuse. J'avais senti la vérité profonde apportée au monde par Richard Wagner^ — vous me Vavez expliquée com'plètement.

Quelques années plus tard, vous nous donniez les Grands Initiés et, en lisant votre magistrale étude sur Jésus, je me demandai si cette figure du Sauveur que vous avez rendue si réelle sans rien lui ôter de sa divinité, n'est pas la seule conception de l'idée du Christ qui puisse répondre aux aspirations actuelles de l'humanité saturée de science exacte, mais toujours assoiffée d'idéal.

Le Parsifal de Richard Wagner fut pour moi la réponse affirmative, triomphante, absolue à cette question. Car, Parsifal est à mes yeux, l'idée du principe divin s'incarnant clans la race, le dieu en évolution dans l'homme, dont vous avez montré la plus haute réalisation en Jésus de Nazareth.

Et ainsi, de même que vous m'aviez analysé et défini l'œuvre de Wagner, Wagner a

fait vivre d'une façon plus intense pour moi les idées que fai trouvées si merveilleusement exposées et analysées dans votre ouvrage Les Grands Initiés.

Voilà pourquoi je vous prie d'accepter Vhommage de ces pages bien indignes du sujet sublime qu'elles traitent^ mais dictées par une émotion que vous comprendrez.

Emilie de Morsier.

Paris, avril 1893.

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