‹ Partie et revanche, comédie-vaudeville en un acteChapitre 16 sur 16 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

Oui, cet asile rassemble, etc.

DE LA DURANDIERE.

C'est cela... pendant que la jeunesse danse là-dedans , nous allons faire ici un piquet, un boston, un écarté... que personne ne reste oisif. . A la campagne, il faut s'occuper. . . ah ! ah! voilà ce cher monsieur Armand!

M°^« DE SENANGE.

Oui, monsieur veut bien rester avec nous jusqu'à ce soir.

DE LA DURANDIERE*

Ah ! diable. . . {bas à M. de Ger^aL) Moi, je le croyais déjà parti.

M. DE GERVAL, de même.

Il aurait aussi bien fait. . . mais il y a des gens qui ont une audace ...

DE Là DURaNDïERE.

A qui le dîtes-'vous ? . on ne volt que cela .. Eh bien!. . qu'y a t-ili^ qu est-ce que Ton fait par là? {Il va à une table de jeu y et s^ ai ressaut à un joueur qui tient les cartes.) Non, non, je garderais carreau... qui garde à carreau n'est jamais ca|jot. (Passant à une autre tab'e et sa-unnt une dame qui fait sa partie avec un jtune homme ) Eh ! mais , n est-ce pas madame de Verteuil , la femme diin avoué de Paris, que j'ai r honneur de saluer ?. il paraît que nous sommes en vacances. . le cher raaii n e$t donc pas ici?. . Ah! voilà le maître clerc. . . // traverse le théâtre, et al ant hune autre table. Eh! c'est le docteur. . . vous avez donc laissé mourir notre receveur.'*., vous créez des places... Ma foi, pour une soirée de province, il est impossible de trouver une société plus agréable , [A part sur le devant de la scène . ) Où diable a-t-on été chercher toutes ces physionomies-là.

AR^IAND.

L'insipide bavard !

BE LA DURANDÏERE.

^t vous , monsieur Armand , vous ne faîtes rien... je conçois cela... les cartes... le ;eu .. tout cela esl uçie faible ^flisîraction pour quelqu'un qui comme vous, cultive, avec 'succès les beaux arls... car je ne suis pas encore revenu de la surprise où ma jeté le portrait de Ma lame . Si vous vouliez me donner votre adresse , de retour à Paris , je vous em[)loierais ; car vous ne croiriez pas que je me «uis déjà fait pein Ire deux ou trois fois , et que Ton n'a jamais pu m'aitrapper.

ARMAND , la^regardant.

Cela m'étonne'... Du reste, voici l'adresse que vous voulez bien me demander.

(// tire de son porte - feuille une carte qu*ïl lui présente. )

DE LA DURANDÏERE.

C'est bien! .. c'est bien! {^ Jetant les yeux dessus aoec

négligenre,) Hein 1 M. LE COMTE DE SAINT ANDRÉ, LIEU-

TEN AN 1 -COLON *:.L... Comment^ Monsieur, c est là réel-lement

ARMAND

Mon véritable nom.

DE LA DURANDIERE ^ à part.

Ah ! mon Dieu ! . . . est-ce que ce serait ce fameux duelliste?... {En liant ^ à Jrmand) Je comprends... Monsieur n'est peintre que pour son plaisir... véritable amateur!

ARMAND

Cela ne m'empêche pas, Monsieur, d'accepter votre proposition... {Le regardant de près, ) Je suis trop heureux quand je puis rencontrer des figures comme la vôtre .. . (A part,) C'est singulier... ses cheveux et ses moustaches ne me semblent pas de la même couleur... Eh! mon Dieu! oui... ce n'est pas naturel,

DE LA DURANDIERE.

Qu^est-ce qu'il a donc à me regarder?

{Se hâtant de mettre u?i gant , et allant à M™*, de Senange,)

On danse dans la salle à côté... Si Madame voulait me faire le plaisir d'accepter ma main? 4*

M^^ DE SENANGE.

Volontiers.

ARMAND, quif pendant Ce temps, a eu Vair de réfléchir. Ma foi, essayons toujours;

( // arrête de la Durandiere au moment où celui-ci va offrir sa main à M™^. de Senange ,' et , V attirant à lui y il lui dit : )

Dites donc, monsieur *de la Durandiere... est-ce que vous tenez beaucoup à vos moustaches ?

DE LA DURANDIERE.

Pourquoi donc , Monsieur ?

ARMAND

Oh ! rien ... C 'est qu'il n'est pas convenable de danser avec des moustaches.

DE LA DURANDIERE.

Bah ! à la campagne !

ARMAND

C'est égal; dans votre intérêt, je vous conseille de les ôler.

LA DURAISDIERE.

J'entends... la plaisanterie est délicieuse.

ARMATSB , lui prenant son gant.

Non , vous dis-je , je suis votre ami , et vous les ôterez , ou vous ne danserez pas... je ne vous rends pas vos gants . • .

DE LA DURANDIERE , fort embarrassé , et açec inquiétude»

Ah! ça, est-ce quil saurait décidément?... N'est-ce pas que vous voulez rire ? ^^

ARMAND

Air : J'en guette un petit de mon dge.

Oui, c'est là ma seule vengeance^ y|^ Mais je la veux, et promptement :

jf / Souvenez-vous de mon obéissance,

^ l Seriez-vous donc moins obligeant?

f De'solë si cela vous fâche ,

^^ A votre tour de la docilité ;

^^ Sans besicles si j'ai chanté ,

Vous danserez bien sans moustache.

Dr LA DURANDIERE, fait un geste d'effroi^ et reprend en riant :

J'y suis... c'est pour divertir ces Dames... il fallait donc le dire... parce que si vous y tenez, moi, je n'y tiens pas. .. {Il arrache une moustache^ celle qui est du côté d'Armand.)

ARMAND

L'autre... l'autre...

(De la Durandière arrache P autre moustache.) M"^^ DE SENANGE, s'amnçant.

Eh bien! dansons-nous P... Dieu: que vois-je r^ M. de la Durandière sans moustaches ! . . .

M. DE GERVAL , et toutes les personnes qui sont aux; tailles jeu , qui se lèvent en même- temps y et viennent occuper ^ de la scène.

11 serait possible!

DE LA DURANDIERE.

J'ëtaîs sûr de votre é'onnement... n'est-ce pas que cela me change du tout au lout... c est une scène que nous avions préparée avec monsieur.

ARMAND

Oui... «ne scène, un proverbe , dont le titre est : le prêté RENDU .. monsieur et moi , nous nous prêtons mutuellement sur gages.

Air de Julie.

Nous pouvons faire a présent lin échange.

M. DE GERVAL.

Est-ce bien vous? est-^ce lui que j'entends! Grand dieu! quelle aventure étrange!

ARMAND

Désormais jugez mieux les gens.

C'est le seul prix qu'a la leçon j'attache,.

Les riches auraie'nl trop de cœur.

Si l'on pouvait acheter la valeur ^N ^

En achetant une moustache. >v^

SCENf' XVI.

Les Précédens , MADELATNE , elïfi entre en portant un plateau de rajrinc^i ssemens et de petits gâteaux Après eri aoolr offert aux dames y elle se trouve en face de M, de la Durandlère .. elle le regarde.., et pousse un cri en laissant tomber le plateau.

MADELAINE

Dieu ! ... cette fols , je ne me trompe pas... c^est bien lui , mon oncle Durand.

DE LA DURANDiERE , cherchard à s^en débarrasser.

Qu'est-ce que signifie... qu'est-ce que c'est que cela.»*

MADELAINE

Madelaîne Durand , votre nièce , fille.de Pierre Duraild, votre fi^ère , marchand de bœufs , dans le Limousin où vous êtes né... Allez, je vous reconnais bien , maintenant , qu'il y a moyen de vous voir... ah ! ça, mon oncje , vous êtes donc ra5é*

M. DE GERVAL.

Maïs à peu près , à ce que je vois.

DE LA DURANDIERE.

* Au diable la famille , j'en retrouve partout.

ARMAND

Ce doit être pour vous , monsieur , un nouveau sujet àe ^ satisfaction et de gloire, en pensant que d'eux tous , vo^^P seul avez eu 1 esprit de faire une grande et belle fortune. f|^

M™e DE SENANGE.

Oui, sans douîe , et quand vous donneriez à cette jeune filu» ù^e peiile poriion des trésors que vous avez recueillis à la sui«e de nos braves

DE LA DURANDIERE.

Eh bien ! eh bien ! on verra , je ne dis pas non... moi, j^ai toujours éle bon enfant... c'est connu.

Je croîs , m^d^me , que je me suis exactement renfermé dan Si les conditions du traité., j'espère que ça n'a pas fait de bruit.

M™<^ DE SENANGE.

Vous avez tenu votre parole , je tiendrai la mienne... vous saurez tout, mon oncle, et puisque vous voulez absolument que je me marie , j espère que le choix que j'ai fait vous conviendra.

ARMAND

Je ne t'oublierai pas , Madelaine , et si ton onc;e ne fait rieij ^ our toi ; c est m )i qui te doterai.

DE LA DURANDIERE.

Non pas, morbleu!., ou pour le coup nous aurions une affaire ensemble . . Made!aine , Madelaine ; je te donne vingt mille francs. . ah ! vous ne me connaissez pas , excellen! pireni , joyeux convive... {à ArmancL) Entendant surtout la bonne plaisa.iîerie... (à madame de Scnarige.) Et comme je vous le disais ce malin , mtrépide et goguenard , c'est ma devise.

Air nouifeau de M. Heudier.

M. DE GERVAL^ à Armand,

Vous avez la vue un peu basse, Mon ami , tout est pour le mieux ; Pour voir chez soi ce qui se passe On a souvent de trop bons yeux.

Si vous voulez en homme sage Bien entendre vos intérêts, Pour ctre heureux en mariage, N'y regardez pas de trop près.

ARMAND

De la coquette Cëlimène On cite partout la fraicheur :

Ses cheveux sont d^m noir d'dbène, Son teint des lys a la blancheur , Ses lèvres sont couleur de rose, Et ses dents sont des perles : mais Tont bas chacun se dit, pour cause , (( N'y regardons pas de trop près. »

MADELAINE

Pour la candeur , les vertus du village , Vous, messieurs, qui vous enflammez, Ne redoutez aucun dommage , Prenez toujours les yeux fermes.

Car une extrême défiance Souvent exposé a des regrets , Et pour croire à notre innocence N'y regardez pas de trop près.

DE LA DURANDrÈRE.

J'ai bravé le feu, la mitraille.

Je fus toujours audacieux.

Aussi le jour d'une bataille

J'aimais a tout voir par mes yeux.

Mais calculant bien la distance

Et des balles et des boulets , Je me disais : « de la prudence, « N'y regardons pas de trop près.

Mad.^DE SENANGE, aupubUc,

Lorsque Ton présente au parterre (Ce qui se voit trop rarement) Un ^rand ouvrage , un caractère, Il peut juger sévèrement.

Mais quand la gaité vous abuse Sur les défauts de nos portraits, Ah/ si ce tableau vous amuse, Wj regardez pas de trop près.

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