SCÈNE VI
nVSOOR, RING ON, Soldats, au fond, dans le couloir. Rincoii précède Rysoor, puis lui fait signe d'entrer.
RYSOOR.
Où me conduisez-vous, Capitaine, et pourquoi me sépare-t-on des autres?
Parce que tout est fini pour eux, Monsieur, et que... je le dis avec un vrai chagrin... tout ne l'est pas pour vous.
RYSOOR.
Ei que peut-il y avoir pour moi, entre le tribunal et le bûcher?
RINCON
Hélas!... monsieur le Comte!... il y a cette chambre là-bas!... qui est celle de la question!...
RYSOOR.
La torture! Ah! oui. ..j'oubliais!... C'est le duc d'Albe*.
RINCON
Et, si j'en crois ce que Ton dit, Monsieur, armezvous de tout votre courage!
On espère donc que je parlerai?
RINCON
On en est sûr.
RYSOOR, après un temps.
Dieu sait que ce n'est pas la souffrance que je redoute!... nous nous connaissons trop bien, elle et
* nysoor, Rincon, tous deux devant la table.
moi!... Mais qui peut répondre que son corps ne sera pas plus lâche que son âme... et que les tourments ne lui arracheront pas un cri... un aveu... un nom?... Ah! Mansieur. la pensée que la douleur peut faire de moi un dénonciateur!... un traître!... La voilà, la vraie torture!
RINCON, à demi-vûix.
VA vous aimeriez mieux, n'est-ce pas, de votre propre
main...?
RYSOOR, de même.
Ah! Dieu!... si j'en avais le moyen!
RINCON ; de même.
Eh bien, que Votre Seigneurie ne pousse pas un cri... ne fasse pas un geste... on nous regarde!... M. le marquis de la TrémoïUe a prévu le cas!...
RY500R, avec espoir.
Ah!
RYNCON.
C'est moi qui vous conduirai à la question!... Et dans le couloir... qui est un peu sombre... ouvrez seulement la main de mon côté!...
RYSOOR. vivement, lui serrant la main à la dérobée.
Oui!... oui! Ah! Capitaine, merci!... merci pour vous et pour lui!
RINCON, haut.
Si Votre Honneur désire, auparavant, l'assistance dun prêtre! ..
RYSOOR.
Non!... Capitaine!... non! -- Dieu me suffit!