ESPAGNOLE, LES GUEUX
Les Espagnols descendent sur la scène, gagnant le milieu pour tourner le fossé qui leur barre le passage. A un signal qui ressemble au cri d'une chouette, tous les Gueux de mer s'élancent à la fois sur eux. Deux hommes pour chaque soldat. L'un lui jette au cou un lasso, l'autre le désarme en un clin d'œil. — Les soldats, surpris et étranglés, se débattent. Bataille sourde avec des cris de rage étouffés. Les conjurés sortent de l'ombre pour prêter main -forte aux Islandais, qui, ayant étranglé tous les soldats, les jettent dans la fosse ouverte. Les uns grimpent sur la contrescarpe, et font dégringoler sur eux toute la neige amassée sur le talus ; les autres lestement comblent le trou, en piétinant dessus, tandis que les deux soldats ramassent les armes tombées.
RYSOOR.
C'est fait.
Les Gueux se sauvent en courant et démasquent le trou tout comblé. Il n'y a plus trace de la patrouille ensevelie.
GUILLAUME, remontant le sentier.
A minuit, Messieurs! et bon courage...
RYSOOR.
Vite, Monseigneur!... voici l'autre patrouille!...
Guillaume et ses ofliciers disparaissent vivement parle chemin de ronde. Rysoor et ses amis se blottissent derrière la muraille. La patrouille apparaît alors à droite, traverse la scène en pleine lumière de lune, passe tranquillement sur la neige qui recouvre ses camarades, et remonte par le chemin du talus. Au moment où elle arrive en haut do la contrescarpe, Rysoor et les conjurés sortent de leur abri, avec précaution, — courbés, surveillent les solJats qui s'éloignent, — tandis que sonnent les carillons de la ville.
JONAS, sur la fosse.
Il y manque mon clairon!
Ils disparaissent derrière la tour.