ACTE TROISIEME
ALBE
Au prêche en cette ville?...
DOLORÈS
Oui. dans cette ville, oui!... Ah! vous croyez, monsieur le Duc, parce que vous avez des soldats plein les rues, que l'on ne brave pas vos édits dans Tombre!... Je vous atteste, moi, qu'ils sont dix mille hérétiques, qui se rassemblent la nuit, dans les caves, sur les toits, dans les murs... pour prier Dieu et vous maudire à leur mode!... Je me dis donc : « Ah! tu vas au prêche, toi!... et tu veux me le tuer! — Eh bien, non, tu ne le tueras pas!... car j'irai plus vite que toi, et je frapperai, avant que tu ne frappes!... »
ALBE
Bien, cela!
DOLORÈS
Non! ce n"est pas bien!... c'est infâme, je le sais... Mais c'est une affaire entre le Ciel et moi!... Que je sauve d'abord mon amant!... Je compterai plus tard avec Dieu!
ALBE
Donc, vous le suivez par les rues, cet homme?
DOLORÈS
Des rues sombres!... Et, sauf les patrouilles de vos soldats ivres... une ville morte!... Il va!... je vais!... II court!... je cours!... Cela nous mène à la porte de Louvain... où des ombres s'agitent, s'accostent, se séparent... et tout, à la fin, s'engouffre et disparaît dans une sorte de ruelle sombre, qui va sous terre...
ALBE
Alors?...
DOLORÈS
Je laisse tout passer devant moi... Puis je veux des-
cendre à mon tour. . mais une voix me crie du fond : < Oui va là?... > EJÏrayée, je reviens sur mes pas!... La lune se lève... Personne!... Et, pour tout bruit, le cri des sentinelles au loin, et les horloges qui sonnent iheure... Je cherche... je tourne... car enfin je veux savoir, je veux voir!... Il y va de plus que ma vie!... Je trouve, au milieu des décombres, un ruisseau profond qui verse aux fossés l'eau des pluies d'orage... Je tàte du pied... c'est glacé... j'y descends... C'est une voûte... je m'y hasarde... et je vais droit où j'aperçois une lumière bleuâtre, et d'où me vient un bruit confus... J'arrive, c'est une grille!... mais enfin, je respire!... enfin, je vois!... enfin j'entends!...
ALBE
Et quoi donc?
Dans le fossé que je domine, une dizaine d'hommes sont réunis à l'abri de la contrescarpe... Le son de leurs voix m'arrive par boulTces... quand elles s'élè vent... car des sentinelles du rempart, ou des gardiens de la poterne, nul souci! Gardiens et sentinelles sont leurs complices. (Mouvement du Duc.j Oui! oui!... cela se passe comme ça, sur vos remparts! — J'écoute!... et, dès les premiers mots,... je devine... Ce ne sont pas des hérétiques qui prient Dieu à leur façon... ce sont des rebelles qui délibèrent!... ce n'est plus un prêche... c'est un complot !... L'homme qu'ils entourent, chapeau bas, et qui commande,... ce n'est pas un pasteur évangélique... c'est leur chef!... le Libérateur, comme ils l'appellent!... le plus implacable de vos ennemis!... c'est le prince d'Orange!...
ALBE, bondissant, debout.
Le Prince?... Allons donc. Madame, impossible I
DOLORÈS
Impossible!... je lai vu comme je vous vois!