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CHAPITRE PREMIER

PliAN DE L'APOLOGIE

On sait que les Pensées de Pascal sont des morceaux plus ou moins achevés d*un grand ouvrage, l'apologie de la religion chrétienne, qu*il ne put qu'ébaucher. Trois documents nous donnent le plan de cette apologie.

Le premier est d'Etienne Périer : dans la préface de la première édition des PenséeSy il expose le dessein de Pascal, tel que son oncle l'avait développé à Port- Royal des Champs.

Le discours de Pascal ayant eu pour auditeurs les solitaires de Port-Royal qui publièrent la première édition A%s Pensées y l'auteur de la préface n'en peut avoir donné qu'un résumé fidèle, composé d'après leurs indications et conforme à leurs souvenirs.

Le second document est de Filleau de la Chaise ; plus

étendu que celui d'Etienne Périer, il est intitulé : Discours sur les Pensées de M. Pascal, où l'on, essaie de faire iSoir quel était son dessein. Il ne parut qu'en 1672; mais il est antérieur à celui d'Etienne Périer, car il devait primitivement servir de préface à l'édition de 1669, comme nous l'apprend l'Avertissement de l'auteur. « Ce discours avait été fait pour servir de préface au recueil des Pensées de M. Pascal; mais, parce qu'il fut trouvé trop étendu pour lui donner ce nom, où ne voulut point s'en servir... Depuis, comme on a jugé que ce discours pourrait n'être pas tout à fait inutile pour faire voir à peu près quel était le dessein de M. Pascal, on a voulu le rendre public. » L'exposé de Filleau de la Chaise concorde entièrement avec celui d'Etienne Périer; il y rappeUe à son tour la séance où Pascal développe son plan « devant tant d'habiles gens », et il ajoute : « Tout ce que dit alors M. Pascal leur est encore présent, et c'est d'un d'eux que, plus de huit ans après, on a appris ce qu'on en va dire. »

Nous trouvons les véritables motifs pour lesquels la famille de Pascal ne crut pas devoir se servir de cette préface, dans une lettre confidentielle de M™** Périer à M. Vallant, médecin de la marquise de Sablé (1^' avril 1670). « M°® la marquise témoigne le désir de savoir qui a fait la préface de notre livre. Vous savez, Monsieur, que je ne dois rien avoir de secret pour elle; c'est pourquoi je vous supplie de lui dire que c'est mon fils qui l'a faite, mais je la supplie très humblement de n'en rien témoigner à personne; je n'excepte rien et je vous demande la même grâce. Et afin que vous en sachiez la

raison, je vous dirai toute Thistoire. Vous savez que H. de la Chaise en avait fait une, qui était assurément fort belle. Mais comme il ne nous en avait rien communiqué, nous fûmes bien surpris, lorsque nous la vîmes, de ce qu'elle ne contenait rien de toutes les choses que nous voulions dire et qu'elle en contenait plusieurs que nous ne voulions pas dire. Cela obligea M. Périer de lui écrire pour le prier de trouver bon qu'on y change&t ou qu'on en fit une autre; et M. Périer se résolut en effet d'en faire une. Mais comme fl n'a jamais un moment de loisir, après avoir bien attendu, il manda ses intentions à son fils et lui ordonna de la faire. Cependant, comme mon fils voyait que ce procédé faisait de la peine à M. de R. (de Roannez), à M. de la Chaise et aux autres, il ne se vanta point de cela et fit comme si cette préface était venue d'ici (de Clermont) toute faite. » En lisant attentivement le discours de Filleau de la Chaise et en le comparant à la préface d'Etienne Périer, on constate aisément ce que ce dernier a ajouté et ce qu'il a retranché. Il donne sur la vie et sur les derniers moments de Pascal des détails que Filleau de la Chaise avait omis, et il supprime cette conclusion décourageante par laquelle celui-ci terminait son discours : « Quoiqu'il n'ait rien paru jusqu'ici de plus propre à tirer les gens de cet assoupissement que les écrits de M. Pascal, il est cependant comme assuré qu'il n'y en aura que très peu qui en profitent, et qu'à en juger par l'événement, ce ne sera que pour les vrais chrétiens qu'il aura travaillé en s'efforçant de prouver la vérité de leur religion... »

Hais les restrictions de M"* Pérîer ne portent en aucune manière sur l'exposition que Filleaudela Chaise a donnée du plan de Pascal. Loin de là, elle déclare expressément que Ton n'y saurait rien ajouter : « On a recueilli quelques-unes de ses pensées, mais c'est peu, et je me croirais obligée de m'étendre davantage, pour y donner plus de jour, si un de ses amis ne nous en avait donné une dissertation sur les œuvres de Moïse, où tout cela est admirablement bien démêlé et d'une manière qui ne serait pas indigne de mon frère *, »

Nous voici donc en possession de deux documents authentiques. Le troisième, plus bref que les précédents, est de Nicole, qui le publia sous le pseudonyme du sieur de Chanteresse, dans son Traité de V éducation d'un prince, au moment même où venait de paraître la préface d'Etienne Périer, car le privilège est daté du 23 avril 1670. « Il vient de paraître, dit Nicole, un livre en public, dont ce discours n'est que l'abrégé... C'est le recueil des Pensées de M. Pascal. »

Ce qui fait l'importance de ce troisième document, outre sa conformité avec les deux autres, c'est ce fait qu'il émane d'un de ceux qui avaient entendu Pascal à Port-Royal.

On peut donc, d'après ces témoignages incontestables, que \îennent confirmer certains passages des Pensées intitulés Ordre, indiquer dans ses grandes lignes le

1. Cette approbation sans réserve donnée par M"** Périer, dans sa Vie. de Pascal, au résumé de Filleau de la Chaise et par suite à celui de son fils Etienne Périer, ne permet pas de supposer que, 15 ans après leur publication, elle ait eu IMdée de proposer un plan différent. Cette Vie de l'ascal parut en lG8i dans l'édition des Pensées d'Amsterdam.

dessein de Tapologie de Pascal, extraire des Pensées les morceaux qui s'y ajustent, et les ranger d après les divisions principales du plan qui nous a été transmis. On n'a point la prétention chimérique de reconstituer l'œuvre d'un Pascal; mais l'ambition plus modeste de servir la cause qu'il avait tant à cœur, en diminuant pour les lecteurs la confusion et l'obscurité des fragments qui nous ont été conservés, en substituant aux Pensées de Pascal la pensée de Pascal.

Le plan de l'apologie est très simple ; il se compose de trois parties :

1** Préparer l'incrédule à recevoir les preuves de la religion, en dissipant les préventions qui obscurcissent sa raison, par le sentiment de sa misère, la nécessité d'en chercher le remède et l'impuissance de le trouver ailleurs que dans la religion ;

2° Convaincre la raison, ainsi préparée, en exposant les preuves de la religion ;

3® Les preuves étant insuffisantes si le cœur est fermé à Dieu par les passions, faire tomber l'obstacle et purifier le cœur pour le mettre en état de recevoir la foi.

Si Pascal avait arrêté l'ordre et la suite de ses idées, il n'avait point déterminé la forme qu'il leur donnerait. Tantôt il semble vouloir les exposer dans le discours ordinaire : « J'aurais bien pris ce discours d'ordre comme celui-ci* :... »

Tantôt il songe à procéder par dialogue : « Ordre

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