‹ PascalChapitre 39 sur 181 · Œuvres de Méré, t. I, de VEspriU · texte numérisé non relu

Œuvres de Méré, t. I, de VEspriU

publie ses travaux scientifiques les plus considérables. La conjecture de M. Collet, dont on a fait grand bruit, est donc plus que contestable.

 ce moment, comme Tépoque de sa profession approchait, Jacqueline écrivit à son frère et à sa sœur, pour leur faire savoir qu'elle souhaitait apporter en dot à Port-Royal la part qui lui revenait dans l'héritage paternel. On se montra très froissé de ses intentions.

On lui répondit, d'assez mauvaise grâce, qu'elle était liée par des engagements en vertu desquels l'héritage paternel devait rester indivis pendant un certain nombre d'années. La douleur de Jacqueline fut extrême : « Ils prirent les choses dans un esprit tout séculier, comme auraient pu faire des personnes tout du monde qui n'auraient pas même connu le nom de la charité... Ils m'écrivirent chacun à part de même style et, sans me dire qu'ils fussent choqués , ils me traitèrent néanmoins comme l'étant beaucoup, et pour toute réponse à mes propositions, ils me firent une déduction de mes afifaires à la rigueur, par où ils me déclaraient que la nature de mon bien était telle que je n'en pouvais disposer en façon quelconque, ni en faveur de qui que ce soit. »

« Quoique je sache bien, dit-elle au sujet des raisons qu'on lui oppose, qu'elles étaient véritables, mais nous n'avions pas coutume d'en user ensemble*. » Elle s'afflige d'un procédé si peu fraternel. Pascal avait alors conçu la pensée de « se mettre dans le monde » ; et si

1. Faugère, ouvr. cit., Relation de Jacqueline à la mère prieure, p. 179.

honnêtement que ce fût, c'était, aux yeux de Jacqueline, un abandon de Dieu, une sorte d'apostasie, comme nous l'apprend la nièce de Pascal, Marguerite Périer. « Mon grand-père mourut; il continua à se mettre dans le monde, avec même plus de facilité étant maître de son bien; et alors après s'y être un peu enfoncé, il prit la résolution de suivre le train commun du monde, c'est-à-dire de prendre une charge et se marier. Et prenant ses mesures pour l'un et l'autre, il en conférait avec ma tante qui était alors religieuse, qui gémissait de voir celui qui lui avait fait connaître le néant du monde, s'y plonger de lui-même par de nouveaux engagements^. »

Telle est la grande dissipation de Pascal : il veut prendre une charge et se marier. Et la mère Agnès, tout en montrant un désintéressement absolu et en prescrivant à Jacqueline d'abandonner ses prétentions, explique le refus de Pascal « par ces nouyeaux engagements ». « Vous savez bien que celui qui a le plus d'intérêt & cette affaire est encore trop du monde, et même dans la vanité et les amusements du monde, pour préférer les aumônes que vous vouliez faire à sa commodité particulière. » La mère Agnès se trompait. Quand Pascal, de retour à Paris, vit le chagrin de sa sœur, « de son propre mouvement il résolut de mettre ordre à cette affiedre, s'offrant de prendre sur lui toutes les charges et les risques du bien, et de faire en son nom pour la maison, ce qu'il voyait bien qu'on ne pouvait

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