ESPRITS
La vivacité nuit au jugement. Voyés les Gascons.
Les grands esprits ne font point tant de fortune que des esprits médiocres, i° parce qu'ils trouvent en eux mesmes leur satisfaction, 2° parce qu'ils ne peuvent pas tant s'assujetir ; 30 parce que
1 Elle mérite qu'on rappelle ici le passage des Mémoires de Brienne où Nicole est explicitement classé parmi les Pascalins : « On peut dire que c'est M. Pascal (dont il n'est que le copiste, et comme on sait les copistes ne valent jamais les originaux) qui lui a appris cette manière si laborieuse de composer, parce qu'il en faisoit à peu près de même, et que M. Nicole fait gloire de copier jusqu'à ses défauts. Tous les Pascalins en sont logés là. » (Brienne, cité par Sainte-Beuve, Port-Royal, t. IV, p. 420.)
a Voir plus haut, p. 65, n. 1.
les ministres n'aiment pas à les employer : le cardinal de Richelieu n'aimoit pas M. Servien parce qu'il avoit l'esprit élevé, mais M. des Noyers qui l'avoit médiocre (Fol. 361). (Suit une série d'exemples historiques que je supprime à regret).
... Les esprits élevés ne peuvent pas tant s'assujettir à l'estude que les autres : ils en fairoient plus en six heures que les esprits médiocres en un jour.
Les esprits qui ont de la finesse n'ont pas d'élévation. M. le Tellier a de la finesse et non pas de l'élévation.
Le bel esprit est semblable à ces arbres qui ont des fleurs et n'ont point de fruits ; mais l'esprit solide a des fruits. Le bel esprit est semblable au verre qui jette un petit éclat, au lieu que les esprits solides ressemblent à un diamant, qui jette un grand éclat qui dure tousjours et l'autre disparoit. (fol. 362) l.
S'il y a des ressemblances, qui tiennent d'ailleurs plutôt à certains mots, les différences de manière s'accusent d'une façon instructive. Aussi bien, Dirois n'est nullement un Pascalin. Son témoignage n'a pas été cependant hors de propos dans cette collection d'entretiens. Son nom y figure
1 Les pages qui suivent, de même signature, sont des jugements en manière de portraits ou de Maximes, sur la duchesse de Longueville, le grand (onde et divers personnages de leur entourage, qui manifestent de la part de Dirois une acuité et une hardiesse d'observation tout à son éloge. Donnons seulement deux exemples : M" Di Longi iaiiu .1 beaucoup d'esprit, écrit bien. Sa dévotion cachele brillant et tout ce que la passion donne de feu et l'anime. Elle ne dit et ne tait que ce qui es1 raisonnable. La dévotion empesche L'es prit, parce qu'elle réprime Les liassions, qui ont tousjours un certain feu qui l)nll' (Dirois) (fol. $62). M. le Prince es1 froid et a l'esprit très présent au milieu du combat, non pas pour la réplique. M ne sçavoït que respondn .1 La reine de Suéde, e1 mesme elle l'embarrassa. Iln'es- « rit pas bien II Luy faul <\> La méditation poui bien parler, et non pas pour agii VI. < 01 bi ri .1 quelque élévation ;< • roil 1 ncore plus intelligent qu'il n'est, disent quelques gens qui L'approchent. Il est modeste en toul le ri ■ noi en L'esprit dont il se picque. (Dirois, loi )62 \" : • Ces Indiscrétions de Dirois, qui nous fournissenl des d'in tantanés du plus nau1 intérêt, donnenl une idée de o que pourrait être le recueil de ses menus propos
parmi les plus assidus interlocuteurs. Le regret d'avoir dû laisser de côté un bon nombre de ses réflexions sera quelque jour atténué, je l'espère, lorsque nous recueillerons, dans les deux études annoncées plus haut des Silhouettes jansénistes et des Propos de critique littéraire, les jugements de nature et de forme souvent originales qu'a rassemblés dans son manuscrit notre compilateur anonyme.