‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence; notes d'un coursChapitre 11 sur 52 · Eq critique littéraire, s'entend · texte numérisé non relu

Eq critique littéraire, s'entend

2. La définition doit être assez exacte puisque, m'étant venue à l'esprit, je l'ai retrouvée ensuite presque mot pour mot dans le beau livre posthume de Guillaume Guizot sur Montaigne (Paris, Ilachettu, iyuO,p.l26).Et peut-être même n'était-elle sous ma plume, — je l'ai reconnu depuis, — qu'une réminiscence tout à l'ait involontaire de M. Emile Faguet, auquel, dans ce cas, il faudrait en rapporter la seconde trouvaille : « épicurien de tempérament, stoïcien d'imagination », disait M. Faguet en parlant de Montaigne {XVl' Siècle, p. 38:i).

sur les débuts du xvu" siècle (Cf. R. Thamin, la Philosophie morale en France au XVJP siècle, dans la Revue des cours et conférences àw. 2 janvier 1896, et Perrens, les Libertins en France au XVIT siècle, Paris, 1897 ; 2' éd., 1899) : à lui se rattachent directement les « libertins », Régnier, Théophile, Saint- Amant, La Mothe le Vayer, etc. ; importance de ce groupe ; — témoignages du P. Garasse et de Mersenne^ ; — quelques mots sur Gassendi, le seul « penseur » du parti (Cf. Henri Berr, Aîi jure inler scepticos Gassendus numeratus fuerit). — A Montaigne encore se rattachent indirectement (par Du Vair et Charron-), d'Urfé, Balzac, Corneille lui-

1. Ces deux textes ont été si souvent cités qu'il n'y a pas lieu de les citer encore. Mais je crois devoir emprunter à l'abbé Maynard {Pascal, sa vie, etc., t. I, p. 460) une indication qui peut avoir son intérêt. 11 s'aoitde l'ouvrage de Mersenne, les Qusestiones celeherrimse in Genesim, c\im accurata lexlus e.xplicatio?ie. In hoc volumine, athei et deistœ impugnanlur, etc., in-fol., 1623 : « On a supprimé, dans la plupart des exemplaires, les feuillets où il donnait la liste (les athées de son temps, mais on retrouve le texte tout entier dans le dictionnaire de Ghaufepié. »

2. Charron n'est pas du tout, comme on l'a si souvent dit, un « sceptique » ; mais sa pensée est, au contraire, toute pénétrée de stoïcisme ; et il est vraiment singulier (jue des philosophes de profession s'y soient parfois trompés. Pour compléter et pour achever sur ce point la démonstration que M. Strowski a commencée dans Vlnlroduciion de son Saint Fian{ois de Suies (Paris, Pion, 1898), pour remettre à son vrai rang l'auteur de la Safjesse, pour caractériser exactement son œuvre et pour en apprécier la vraie portée, je sais d'ailleurs qu'il faudrait tout un livre qui, malheureusement, nous manque encore. Voir en attendant les deux articles de Sainte-Beuve {Lundis, t. XI), les deux intéressants ouvrages de M. Bonnefon sur Montaigne et ses amis et de M. Stapfer sur la Famille et les amis de Montaigne, — et surtout l'excel-

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même, et, généralement, tous ceux qui, épris de stoïcisme, ont alors tenté, plus ou moins consciemment, de <( laïciser» la morale. — Ce que cette double tendance a de foncièrement antichrétien : que les néo-stoïciens ont d'ailleurs échoué^lJLUgJfi meilleur de leurs idées se retrouve dans le jansénisme ;

B. Les Cartésiens. — Qu'il y a eu des cartésiens avant Descartes, et que la philosophie cartésienne, comme du reste toutes les grandes philosophies, est un « aboutissement ». — Descartes : clest,a:Kant tout, un savant, uiLfrèr£ipuîjiéil£â grands savants de laJlenaissance, Léojiard de Vinci et Galilée; — sa pjiilosophie est un rationalisme^mais un rationalisme fondé ^WT \di.s^cience modernej à ce titre, elle s'oppose à la tradition antique et, dans une certaine mesure, à la tradition chrétienne ' ; — succès et influence du cartésianisme ;

lent chapitre que Tabbé A. Lezat a consacré à Charron dans son livre sur la Prédication sous Henri IV (Paris, Didier).

1. Dans des notes inédites de Taine sur Pascal et Descaries que la délicate confiance dé' s a famille m'a mises entre les mains et r|ui doivent dater de sa seconde année d'KcoIe normale, je lis ceci sur Descartes : « Mauvais chrétien. On a même cm que ses pratiques religieuses n'étaient que des concessions aux exigences religieuses du temps. 11 n'a point l'esprit chrétien ; il se fait une morale provisoire: il cherche les hautes vérités métaphysiques comme si elles n'étaient pas dans la religion. 11 met la religion dans un coin de son esprit, sans la toucher pour s'en servir, ni pour l'attaquer. Lu religion consiste pour lui en la croyance machinale aux dogmes et en les pratiques qui en suivent. Il ne voit dans la religion que la matière, le dogme et les rites, et non le fond, la philosophie et la morale. » — 11 faut joindre à la biblio-

C. Les Chréjiens. — Réveil du sentiment religieux et de l'activité religieuse au début du xvii" siècle (Cf. Thamin et F. Strowski, op. cit).

i" Les protestants : leur peu d'aotion directe sur le mouvement général des idées en France au xvu* siècle.

2° Les catholiques : la Contre-Réforme et ses conséquences: la tradition scolastique et thomiste en matière dogmatique et morale. — Tentatives d'innovation : le molinisme; pourquoi il devint peu à peu la doctrine presque officielle de la Compagnie de Jésus ; — le jansénisme : ses origines théologiques et laïques, surtout stoïciennesj^; ::-jjiCil£&Lsui^txuitji]ifi

graphie que M. G. Micliaut donne (p. 19) sur cette question du Cliristianisme de Descartes, l'article de M. Faguet sur Descaries dans la dernière édition de son Dix-septième siècle.

1. J'espère revenir un jour plus longuement sur ce point. Il ne me semble pas, en etïet, qu'on ait assez bien montré tout ce qu'il est entré d'éléments laïques et stoïciens dans le jansénisme. A \ l'époque de la Renaissance, on avait vu « renaître » tous les systèmes qu'avait enfantés la pensée antique, mais trois plus particulièrement, le platonisme, l'épicurisme et le stoïcisme. Le courant s li)ïd£û^Je mxMTis étudié, mais noii pas le moins fécond, se peut suivre à travers toute l'histoire de l'humanisme, et si l'on veut en mesurer la force et la profondeur, il suffit de songer au succès du Plularque d'Amyot. Il se pourrait qu'il eût exercé une certaine action sur la formation et le développement du protestantisme, au moins en France et en Suisse. L'un des premiers écrits de ZwingU est un dialogue (aujourd'hui perdu). De non meluenda morte, l'un de ses derniers, un l>e jn'ovidentia Dei, tous deux profondément inspirés de ce Sénèque, qu'il appelait maqnus et sanctissimus vir, ethniciis sed ferme nwgis Iheologiis. Le premier ouvrage de Calvin est un commentaire latin du De clementia de ce même Sénèque, et l'on na qu'à lire Vbistitulion de la religion chrétienne, pour voir en quelle estime il tenait, tout en les combattant parfois, les doctrines du Portique. 11 est en tout cas certain

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réaction contre le molinisme ; — pourquoi il a fait tant d'adeptes en France. — Un mot de Coiirnot : « Sans adopter le moins du monde la version jésuitique sur la grande conspiration anticatholique et anlichrétienne du futur évêque d'Ypres et de l'abbé de Saint-Cyran, il faut bien reconnaître que la réforme janséniste est une seconde épreuve, une reproduction affaiblie du type de la réforme protestante, une réaction au sein du catholicisme contre la réaction catholique. » [Considérations siir la marche des événe?nents et des idées dans les temps modernes, Paris, Hachette, 1872, t. I, p. 361). — Luttes et controverses: Port-Royal.

Tel est le milieu intellectuel et moral où se sont formés l'esprit et l'âme de Pascal.

o mai 1898.

que ces mêmes doctrines ont eu une réelle influence sur les origines du jansénisme. Et ce n'est pas en pure perte que Jansénius et surtout Saint-Cyran ont eu tous deux pour maître, à l'Université de Louvain, Juste-Lipse (cf. sa correspondance latine avec Saint- Cyran), le restaurateur, l'interprète et le vulgarisateur enthousiaste de la philosophie stoïcienne, l'auteur de ]di Manuduclio ad stoïcam philosophiam, et de tant d'autres traités célèbres en leur temps, où il reprenait à son compte, pour les populariser, les théories morales de Sénèque et d'Epictète. — Sur cette question, ainsi que sur toutes celles que souligne l'étude de Pascal, on consultera avec un singulier profit un livre qui va prochainement paraître, et qui a remporté le prix dans un concours ouvert il y a quelques années par l'Université de Fribourg. Le sujet proposé était le suivant : De Montaigne à Pascal : élude critique sur les sources françaises des Pensées.

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