‹ Pascal physicien et philosophe: Défense de PascalChapitre 17 sur 51 · Faugère, Lettres, opuscules et mémoires, etc., p · texte numérisé non relu

Faugère, Lettres, opuscules et mémoires, etc., p

expressément qu'à ces âmes d'élite, dont Plotin disait lui-même « qu'elles mènent une vie d'ange dans un corps mortel ». C'était l'enseignement classique des Pères. « Ils représentent la virginité, écrivait Bossuet, comme une espèce de milieu entre les esprits et les corps; et saint Augustin Fentend de la sorte, lorsqu'il parle en ces termes des vierges sacrées : Elles ont, dit-il, en la chair quelque chose qui n'est pas de la chair et qui tient de l'ange plutôt que de l'homme : habent aliquid jam non Garnis in carne. Les esprits et les corps, voilà les extrémités opposées; la virginité, voilà le milieu qui participe de Tune et de l'autre. Elle en est la chair, disait saint Augustin; c'est par là qu'elle tient aux hommes; mais elle a, dit-il, dans la chair quelque chose qui n'est pas la chair ; c'est par là qu'elle touche aux anges ; tellement qu'elle est le milieu entre les esprits et les corps. C'est une perfection des hommes, mais c'est un écoulement de la vie des anges *. » Telle était sur la virginité, et à la suite de saint Augustin, l'opinion de Pascal. Conséquemment, pour quiconque ignore ou repousse cette théologie, il est impossible d'entendre Pascal. On ne parle pas la même langue que lui.

C'est également une critique sans valeur que celle

\ . Sermon pour une profession, prêché le jour de TÉpiphanie.

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qu'on élève contre Pascal, lorsqu'à l'occasion des sentimeats que lui inspirait le miracle de la Sainte- Épine, on taxe Pascal de superstition. Quoi qu'il en ail pu être de la guérison réputée miraculeuse de la petite Perier *, il y a là une question de prin-

i. On ne peut s'empêcher de regretter, en tout cas, que Pascal ait fait du miracle de la Sainte-Épine en quelque sorte sa chose, un objet d'orgueil pieux et comme un argument de polémique. « Mon frère, notait Mme Perier, lui sensiblement touché de cette grâce, qu'il regardait comme faite à lui-même, puisque c'était sur une personne ({ui, outre sa proximité, était encore sa fille spirituelle dans le baptême; et sa consolation fut extrême de voir que Dieu 8€ manifestait si clairement dans un temps où la foi paraissail comme éteinte dans le cœur de la plupart du monde. » D'autre part, si Ton en croit le Recueil d'Utrecht, quelques jours auparavant Pascal avait déclaré que des miracles étaient nécessaires; aussi fut-il pénétré de voir, dit le Recueil, « que Dieu s'intéressait, si Ton peut parler ainsi, à la parole qu'il avait donnée ». Enfin, c'était avec le plus grand sérieux que Pascal écrivait à Mlle de Roannez : « Il s'est fait un miracle depuis votre départ, k une religieuse de Pontoise, qui sans sortir de son couvent, a été guérie d'un mal de tête extraordinaire par une dévotion à la Sainte-Épine. » Faugère, Pensées, etc., t. I, p. 4.

L'engouement de Jacqueline, et, apparemment, de tout Port-Royal, ne fut pas moindre que celui de Pascal. Cf. Faugère, Lettres, opuscules et mémoires, p. 385. Lettre de la sœur Jacqueline de Sainte-Euphémie à Mme Perier. « Tout le monde murmure contre M. Perier de s'en être allé dans le temps où il fallait venir : chacun dit qu'il était bien hâté et que cela serait le mieux du monde s'il était présent à la cérémonie (en actions de grâces de la guérison miraculeuse •te sa fille); mais la mère Agnès n'est pas de ce sentiment, elle dit que cela est bien mieux ainsi, et que Dieu veut montrer que comme il a bien guéri sa fille sans lui, il n'a que faire de lui pour en publier le miracle. Voilà ce qu'il a gagné à n'avoir pas six jours de patience, et outre cela il

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cipe et de logique, laquelle irrémédiablement divise et ceux qui ramenant tout à la nature font de la nature elle-même un Dieu aveugle et nécessité, et ceux qui, au-dessus de la nature, admettent une activité intelligente qui, après avoir créé le monde, lui reste immanente, et librement, en le conservant, le dirige par des voies générales, dont se trouvent inséparables les voies particulières. Ce serait, à propos des miracles, toute une discussion de métaphysique à instituer. Mais c'est, au contraire, à une simple question de fait, pour peu qu'on veuille se rendre attentif, très facile à élucider, que se ramènent tous les lieux communs que, depuis Voltaire et Condorcet, on s'est accoutumé à reproduire sur ce que Condorcet a, le premier, appelé « l'amulette » de Pascal.

Quand on prend souci de savoir ce que parler veut dire et qu'on attribue à l'expression d'amulette le sens qui lui appartient, on reconnaît que ce mot désigne tout objet portatif auquel s'attache une confiance superstitieuse. A ce compte, le papier que Pascal conservait cousu dans ses vêtements peut-il être appelé une amulette, non plus que la ceinture à pointes de fer dont il ceignait ses reins? Ou bien,

a perdu l'exercice de sa charge de vérificateur des miracles qui lui en eut donné, à ce que l'on dit, plus que jamais, parce qu'il s'en fait très souvent. » Déjà on peu presque entrevoir les miracles du diacre Paris.

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seraient-ce les paroles inscrites sur ce papier, qu'on devrait incriminer comme entachées de superstition ? Ou enfin et surtout ne faudrait-il voir, dans une telle habitude et dans la dévotion que chez Pascal elle accompagnait, que le résultat morbide, après quelque grand péril couru, d'une espèce d'ébranlement ou d'une vive surexcitation du cerveau?

Nous ne pouvons que le répéter. Rien de plus simple, de plus raisonnable et de plus humain tout ensemble, ou de plus fréquemment confirmé par la pratique journalière, que le désir qu*avait éprouvé Pascal de ne point se séparer d'une pièce où il avait consigné ses suprêmes résolutions. Ce ne lui était certes point là un talisman sur lequel il comptât pour forcer la fortune ou conjurer aucun danger* Une telle interprétation serait aussi erronée que pitoyable. Ce lui était un mémento qui d'une manière sensible lui rendait sans cesse présentes les idées de vie nouvelle qu'il s'était formées, de même que par le pressement de son cilice il se tenait toujours prêt à réprimer le moindre mouvement d'orgueil qui pouvait lui monter au cœur *.

1. Cf. Vie de Pascal par Mme Pericr» « Mon frère prenait (ians les occasions une ceinture de fer pleine de pointes, il la mettait à nu sur sa chair, et lorsqu'il lui venait quelque pensée de vanité ou qu'il prenait quelque plaisir au lieu où il était, ou quelque chose semblable, il se donnait des coups de coude pour redoubler la violence des piqûres, et se faisait ainsi souvenir lui-même de son dévoir, a

On ne l'a point, au surplus, assez remarqué, bien qu'il suffise en quelque sorte d'ouvrir les yeux pour tirer de la lecture des écrits de Pascal cette observation. Les paroles consignées sur le fameux papier ou parchemin, quelles sont-elles? En substance absolument les mêmes que celles que Pascal destinait à son Apologie de la religion chrétienne^ lorsqu'il écrivait : « Le Dieu des chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de Tordre des éléments; c'est la part des païens et des Épicuriens. Il ne consiste pas seulement .en un Dieu qui exerce sa Providence sur la vie et le bien des hommes, pour donner une heureuse suite d'années à ceux qui l'adorent ; c'est la portion des Juifs. Mais le Dieu d* Abraham, le Dieu d'isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu des chrétiens, est un Dieu d'amour et de consolation. C'est un Dieu qui remplit l'âme et le cœur qu'il possède; c'est un Dieu qui leur fait sentir intérieurement leur misère et sa miséricorde infinie; qui s'unit au fond de leur âme; qui la remplit d'humilité, de joie, de confiance, d'amour; qui la rend incapable d'autre fin que de lui-même *. » Entre ces effusions et celles qui se trouvent consignées sur la prétendue amulette, où est, je le demande, sauf le tour qui devient comme lyrique lorsque Pascal ne parle que pour

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