Œuvres complètes, t. V, p
croit démêler « qu'on Faccuse de s'être dit l'auteur d'une expérience qui n'était pas de son invention »? Sur-le-champ il prend la plume, et son père et lui exigent impérieusement du pacifique Perier qu'il rende publique, en l'imprimant, une lettre de réclamation par lui adressée à M. de Ribeyre, auquel étaient dédiées ces thèses soutenues en sa présence * . Vainement celui-ci, homme grave et modéré, exprime-t-il à Pascal le regret qu'il se soit mépris sur les intentions des soutenants, et qu'en tout cas il ait fait un tel éclat pour un incident qui de soi en comportait si peu *. Tout en témoignant de son respect pour la personne de M. de Ribeyre, Pascal maintient énergiquement sa protestation. Aussi Mme Perier avait-elle beau écrire « que son frère n'avait jamais eu de passion pour la réputation ». Il en faut venir à 1655, c'est-à-dire à l'époque de sa seconde conversion, pour rencontrer chez Pascal un détachement qu'il peut sembler porter même à l'excès, et le voir « n'espérant rien des hommes, n'en craignant rien », estimer la gloire un fantôme et s'abîmer dans son néant.
En somme donc, que conclure? M. Nourrisson croit devoir maintenir ses premières conclusions.
11 ne s'agit pas de contester sous tous rapports à Pascal le mérite de l'expérience du Puy-de-Dôme.
i . Œuvres complètes, t. IV, p. 198 et suiv, 2. làid., p. 214 et suiv.
C'est Pascal qui a sollicité et obtenu de Tobligeance de Perier l'exécution de cette expérience.
C'est Pascal qui, du fait de la pesanteur de l'air et de rinfluence de cette pesanteur complètement vérifiée, a su dégager les lois qui les régissent.
C'est Pascal, enfin, qui de ces lois a déduit noaibre d'utiles et ingénieuses applications.
Mais Pascal a eu le tort de ne reconnaître, à aucun moment, ce qu'en tout cela il devait à Descartes, alors qu'il lui devait autant sinon plus encore qu'à Torricelli.
C'est Descartes, en effet, qui, douze ans au moins avant Torricelli, a très explicitement affirmé la pesanteur de l'air et son influence sur l'ascension des liquides.
C'est Descartes qui, plus que tout autre, a incité et décidé Pascal à faire une expérience qu'à l'avance il déclarait certaine, « sans quoi Pascal n'aurait eu garde d'y penser y à cause quHl était d^ opinion contraire * ».
Ces conclusions n'ont pas seulement pour résultat de restituer dans l'histoire des sciences, sur un point qui n'est pas sans importance, l'exacte vérité, mais aussi, dût la gloire scientifique de Pascal en être amoindrie, de rétablir la science française dans ses droits primordiaux. Peut-être, en effet,
1* Œuvres complètes, U IV, p. 218 et suiv*
n'est-il point indiflerent qu'il reste prouvé et que désormais il demeure certain que c'est à un Français, non à un Italien ; que c'est à Descartes, non h Torricelli, qu'est due la première idée sinon de la pesanteur de l'air, du moins de son influence sur l'ascension des liquides.
FI
Goulomimers* — Imp* P* BrocUtrd et Gallois.
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