DE PASCAL
« Après tant d'ouvrages dont Pascal a été l'objet, nous n'avons point hésité à publier sur Pascal ce nouveau volume. Sans autre préoccupation que celle d'être exact, l'auteur, y étudiant Pascal surtout comme physicien-géomètre et comme philosophe, le juge, en passant, comme polémiste, en même temps que, sous ce triple rapport, il semble ajouter par ses recherches à ce qu'on savait déjà de l'auteur des Provinciales, du Traité de V Equilibre des Liqueurs^ du Triangle arithmétique et des Pensées. Il explique les ardeurs jansénistes de Pascal; il fait justice de son prétendu scepticisme ou pessimisme; il établit comment et dans quelle mesure Pascal doit entrer en partage avec Descartes, bien plus sans doute qu'avec Torricelli, de la découverte delà pesanteur de l'air et de ses effets;
il montre, dans le commerce de Pascal avec Méré et la société polie du xvii® siècle, une des origines principales, quoique peut-être les moins connues, des Pensées. Nombre d'autres détails, relatifs soit à la vie, soit aux écrits de Pascal, sont également de nature à intéresser le lecteur, qui trouvera dans cet ouvrage, au lieu de Pascal tel que le représente l'esprit de parti ou la légende, le vrai Pascal de l'histoire. »
C'était en ces termes que l'éditeur offrait, pour la première fois, au public, le volume qu'il réimprime aujourd'hui.
« Après tant d'ouvrages dont Pascal a été l'objet, » il a suffi, en tout cas, que le présent volume traitât encore de Pascal, qui, par son génie, appartient à tous les pays de même qu'il est de tous les temps, pour obtenir, soit en France, soit à l'étranger, quelque attention. De là de nombreuses et, en raison même de la diversité naturelle des esprits, de très diverses critiques, qu'il serait évidemment aussi fastidieux qu'inutile de discuter une à une et séparément, mais qui, prises dans leur ensemble, exigent qu'on y réponde par des éclaircissements. Ce sera encore beaucoup moins défendre ce livre, qui, assurément, ne mériterait pas tant de soin, qu'entreprendre une défense de Pascal lui-même, quelles que soient les restrictions qu'impose d'ailleurs à l'admiration profonde qu'il nous inspire, la vérité telle qu'elle nous apparaît.
Ainsi quïl fallait s'y attendre, c'est à propos des Provinciales qu'ont éclaté les plus vifs dissentiments. Chose notable! Tandis que la publication, lente et prudente, des Pensées ^ avait laissé le xvn« siècle comme indifférent (car les Pensées ne s'y trouvent presque jamais citées ou rappelées), les éditions des Petites Lettres s'y étaient, au contraire, succède coup sur coup, et, depuis, ont continué de se multiplier à ce point qu'il ne serait probablement pas excessif d'en porter aujourd'hui le chiffre à près de deux cents ^ C'est qu'en effet, au lieu que les Pensées invitent simplement à la méditation, les Provinciales engagent, bonnes ou mauvaises, toutes les passions. Aussi, quoique nous n'eussions parlé qu'incidemment de ce célèbre pamphlet et afin de ne paraître point nous en taire, ce que nous en avons touché
1 La première édition des Pensées ne parut qu'au commencement de l'année 1610. Cette édition princeps îul réimprimée la même année, avec le titre de seconde édition; Tt l'année suivante, avec le titre de ^roisi^ ^^^^ mais sans aucun changement quant au texte. En 16^8 es Pensées furent réimprimées sous ce titre : Nouvelle édition augmentée de plusieurs pensées du même auteur. L édition de 1618 fut réimprimée en 1687, accompagnée enfin, pour a première fois, de la Vie de Pascal, par Mme Perier. Cf. Faugère, Perisées, fragments et lettres de Biaise Pascal, t. I,
Introduction, p. 19 et suiv. , „ „ n ■ ;., «o
9 Voyez le Catalogue de M. J.-H. Basse, Pans, m-S», Techner, 1818. Ce catalogue d'un simple particulier et qui ne va que jusqu'en 1867, ne comprend pas moins de cent trente-sept articles, tous relatifs à Pascal, et notamment aux éditions des Provinciales.
a-t-il été tout particulièrement approuvé ou contredit. Tellement il est difficile de rallier des opinions contraires en les ramenant à une juste mesure, et par l'exposition sincère ou même la plus pressante des faits, de rompre certaines associations d'idées! Nous n'avons garde de vouloir rouvrir un débat depuis longtemps épuisé. Que ceux, ajouteronsnous pourtant, que ceux qui tiendraient à juger les Provinciales en connaissance de cause et par euxmêmes, prennent d'abord la peine de les lire ou de les relire (la lecture n'en est pas tout enchantement) et puis qu'ils y réfléchissent! Il ne s'agit point d'épiloguer sur des citations, encore moins d'innocenter à aucun degré les maudites maximes que Pascal a si éloquemment flétries, estimant avec raison « ridicule de dire qu'une récompense éternelle est offerte à des mœurs escobartines * ». Mais l'ami d'Arnauld et de Domat ne cédait-il point à quelque ressentiment secret et « à son humeur bouillante », plus qu'il n'obéissait à l'équité, lorsque, d'un autre côté, il écrivait : « Par un malheur ou plutôt un bonheur singulier de la Société, ce qu'un fait est attribué à tous ^ » ? Aussi bien, devant le nom de François Xavier, sa plume s'est-elle brusquement arrêtée. « Quand saint Xavier fait des mira-
1. Fauffère, Pensées, fmriments et lettres de Biaise Pascal^ t. I, p. 271.