Essais, liv. Il, ch. XII
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cette mer vaste, trouble et ondoyante, des opinions humaines, sans bride et sans but : aussitôt qu'elle perd ce grand et commun chemin, elle se va divisant et dissipant en mille routes diverses *. » C'est en ce sens, dans le même sens que Montaigne, non dans un sens absolu, que Pascal, avec l'accent qui lui est propre, déclarera que « le Pyrrhonisme est le vrai )>. « Le Pyrrhonisme est le vrai; car, après tout, les hommes, avant Jésus- Christ, ne savaient où ils en étaient, ni s'ils étaient grands ou petits. Et ceux qui ont dit l'un ou l'autre n'en savaient rien, et devinaient sans raison et par hasard : et même ils erraient toujours, en excluant l'un ou l'autre. Quod erg o ignorantes quaeritis^religio annuntiat vobis. » Qu'on y prenne garde! « tous ceux qui cherchent Dieu hors de Jésus-Christ et qui s'arrêtent dans la nature, ou ils ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse, ou ils arrivent à se former un moyen de connaître Dieu et de le servir sans médiateur : et par là ils tombent, ou dans l'athéisme, ou dans le déisme, qui sont deux choses que la religion chrétienne abhorre presque également. Hors de Jésus-Christ donc nous ne savons ce qu'est ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes -. » Alors que prudemment, trop prudemment peut-être, Des-