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celui qui est cent fois plus large, et en surmontera quatre-vingt-dix-neuf. Et quelque proportion qu'aient ces ouvertures, si les forces qu'on mettra sur les pistons sont comme les ouvertures, elles seront en équilibre. D'où il paraît qu'un vaisseau plein d'eau est un nouveau principe de mécanique, et une machine nouvelle pour multiplier les forces à tel degré qu'on voudra, puisqu'un homme par ce moyen pourra enlever tel fardeau qu'on lui proposera. Et l'on doit admirer qu'il se rencontre en cette machine nouvelle cet ordre constant qui se trouve en toutes les anciennes, savoir : le levier, le tour, la vis sans fin, etc., qid est que le chemin est augmenté en même proportion que la force *. » Kapprochement d'ailleurs vraiment curieux ! Pascal, pour faire comprendre en quelle manière l'air est pesant, se sert exactement de la même comparaison qu'avait à cet effet employée Descartes dans sa Lettre de 1631. Il compare l'air à de la laine. « Comme il arriverait en un grand amas de laine, si on en avait assemblé de la hauteur de vingt ou trente toises, que cette masse se comprimerait elle-même par son propre poids, et que celle qui serait au fond serait bien plus comprimée que celle qui serait au milieu , ou près du haut, parce qu'elle serait pressée d'une plus grande quantité de laine; ainsi la masse de
i. Bossul. Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 22G et suiv.
l'air, qui est un corps conapressible et pesant aussi bien que la laine, se comprime elle-même par son propre poids; et l'air, qui est en bas, c'est-à-dire dans les lieux profonds, est bien plus comprimé que celui qui est plus haut, comme au sommet des montagnes, parce qu'il est chargé d'une plus grande quantité d'air. Comme il arriverait en cette masse de laine, que si l'on en prenait une poignée de celle qui est dans le fond, dans l'état pressé où on la trouve, et qu'on la portât, en la tenant toujours pressée de la même sorte, au milieu de cette masse, elle s'élargirait d'elle-même, étant plus proche du haut, parce qu'elle aurait une moindre quantité de laine à supporter en ce lieu-là; ainsi si l'on portait de l'air, tel qu'il est ici-bas et comprimé comme il y est, sur le sommet d'une montagne, par quelque artifice que ce soit, il devrait s'élargir lui-même, et devenir au même état que celui qui l'environnerait sur cette montagne, parce qu'il serait chargé de moins d'air en cet endroit-là, qu'il n'était au bas; et, par conséquent, si on prenait un ballon à demi plein d'air seulement, et non pas tout enflé comme ils le sont d'ordinaire, et qu'on le portât sur une montagne, il devrait arriver qu'il serait plus enflé au haut de la montagne, et qu'il devrait s'élargir à proportion qu'il serait moins chargé; et la différence devrait en être visible, si la quantité d'air qui est le long de la montagne, et de laquelle il est
déchargé, a un poids assez, considérable pour causer un effet et une différence sensible ' . » On se le demande : entre les paroles de Pascal et celles de Descartes, n'y a-t-il donc qu'une simple coïncidence? Est-ce uniquement par hasard qu'ils se sont l'un et l'autre avisés de comparer l'air à de la laine? Ou plutôt, n'est-il pas fort raisonnable de trouver dans le langage de Pascal comme un écho de ses entretiens avec Descartes, et dans la comparaison à laquelle Pascal a recours, comme une réminiscence d'une comparaison familière à Doscartes, et qu'il avait sans doute employée pour persuader Pascal lui-même que l'air est pesant. Plus on y regarde de près et plus on se convainc, en dépit de revendications altières et d'assertions tranchantes, que c'est à Descartes notamment, à Descartes plus qu'atout autre, que Pascal est redevable de sa découverte de la pesanteur de l'air.
Toutefois, de ce que Pascal en est venu à reconnaître que l'air est pesant et a tiré de ce fait les plus fécondes conséquences, s'ensuit-il qu'il conclue également qu'il n'y a pas de vide? Pas le moins du monde. Sans doute plus tard il écrira : « Qu'y a-t-il de plus absurde que de dire que des corps inanimés ont des passions, des craintes, des horreurs, que des corps insensibles, sans vie et même incapables