‹ Pascal, physicien et philosophe. Par NourrisonChapitre 45 sur 102 · Id.. ibid., p. 137 et suiv · texte numérisé non relu

Id.. ibid., p. 137 et suiv

y. Tout en admettant la pesanteur de l'air, le P. Noël imaginait qu'une matière subtile semblable à celle de Descartes pénétrait les pores du tuyau de verre où l'on avait fait le vide et y rétablissait le plein.

autant que Péripatéticien, sans rien céder de son opinion favorable au plein, prenait le parti de ne plus argumenter directement et uniquement contre Pascal. En 1648, dans un nouvel écrit qu'il dédiait au prince de Conti et qu'il intitulait le Plein du Vide, tout en s'appliquant à démontrer que les partisans du vide sont inévitablement conduits à affirmer le plein, il affectait de s'en prendre non plus seulement à Pascal, mais aussi et tout d'abord à ce Capucin, qui avait tenté de s'approprier les expériences de Torricelli, au P. Valérien Magni K Un tel biais était sans doute assez gauche. Rien pourtant n'obligeait Pascal à rompre le silence et son débat avec le P. Noël semblait être clos. Aussi bien, Pascal ne pouvait-il pas considérer sa lettre publique à Le Pailleur comme une réfutation suffisante et de la réplique du P. Noël et, par anticipation, de sa dissertation dédiée au prince de Conti ^?

1. C. Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 108 et suiv. « Tout ce discours, concluait le P. Noël, est une confirmation de l'opinion commune, (jne dans le monde il n'y a point de vide. »

2. Id., ihid., p. 170. « Comme j'écrivais ces dernières lignes, disait Pascal à Le Pailleur, le P. Noël m'a fait l'honneur de m'envoyer son livre, qu'il intitule le Plein du Vide; il a donné charge à celui qui a pris la peine de l'apporter, de m'assurer (|u'il n'y avait rien contre moi, et (jue toutes les paroles qui paraissaient aigres, ne s'adressaient pas à moi, mais au R. P. Valerianus Magnus, Cix\^\xcm-. et la raison qu'il m'en a donnée est que ce Père soutient affirmativement le vide, au lieu (juc je fais seulement profession do m'op-

Mais les choses ne se passèrent point ainsi. A la vérité, ce ne fut pas Biaise Pascal qui prit la parole, ce fut Etienne Pascal, auquel les Nouvelles expériences étaient dédiées. Blessé au vif dans son orgueil de père, Etienne Pascal, en effet, n'hésita point à venger ce qu'il estimait un outrage, et, sollicité par son fils même « de faire entendre au P. Noël sa juste plainte de l'avoir, sans occasion quelconque, provoqué », il lui adressa de Rouen en 1G48 une fulminante épitre. « Le véritable sujet de la plainte que mon fils fait de votre procédé, lui disait-il, consiste, mon Père, en ce que, par le titre de votre livret, par la lettre dédicatoire à Son Altesse, vous avez usé d'une façon d'écrire tellement injurieuse, qu'il n'y a que vos seuls ennemis capables de l'approuver, pour vous accoutumer peu à peu à Fusage d'un style impropre à toutes choses, sinon à causer des déplaisirs sans nombre. Et certainement, mon Père, quoique je ne sois pas assez heureux pour avoir le bien de votre connaissance, je ne puis vous dissimuler que vous l'avez été beaucoup, d'avoir entrepris, à si bon marché, de vous commettre en style d'injures contre un jeune homme, qui, se voyant provoqué sans sujet, je dis sans aucun sujet, pouvait, par l'amertume de

poser à ceux qui décident sur ce sujet. Mais le P. Noël m'en aurait mieux décliargé, s'il avait rendu ce témoignage aussi public (jue le soupçon qu'il en a donné. »

l'injure et par la témérité de l'âge, se porter à repousser vos invectives, de soi très mal établies, en termes capables de vous causer un éternel repentir. Vous me direz peut-être que vous n'eussiez pas demeuré sans répartie. Mais estimez-vous qu'il fût de sa part demeuré dans le silence? Et ainsi où eût été le bout de ce beau combat? Vous n'avez donc pas été malheureux d'avoir eu affaire à un jeune homme, lequel, par une modération de nature, qui ne s'accorde pas toujours avec cet âge, au lieu d'en venir à ces extrémités désavantageuses à l'un et à l'autre, mais beaucoup plus à vous, a pris une autre voie pour vous faire entendre sa plainte. C'est par la juste condescendance que j'ai rendue à sa prière que je vous la porte; mais sans injure, sans invective, sans user des termes de faussetés^ d'impostures, d expériences mal reconnues et encore plus mal avérées, etc. ^ »

Né en 1G23, Biaise Pascal n'avait pas moins de vingt-cinq ans, lorsque Etienne Pascal son père, prenant sa défense, se chargeait d'exprimer de la

1. Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 177 et suiv. Particularité piquante! Dans cette lettre où il reproche avec la dernière vivacité au P. Noël le titre même de son livret qu'il appelle « un abrégé de dérision », Etienne Pascal se déclare mal convaincu de la réalité des efTets produits par la pesanteur de l'air. » Je veux, écrit-il, proposer à mon fils quelques difficultés qui m'empêchent d'acquiescer, comme il semble le faire, à l'opinion touchant la suspension du vif argent dans le tube par la pesanteur de la colonne d'air. »

ET DESCARTES l'id

sorte son ressentiment. Il est impossible de ne pas le remarquer. En représentant au P. Noël que Biaise Pascal aurait pu repousser ses invectives « en termes capables de lui causer un éternel repentir », Etienne Pascal n'annonce-t-il pas les Provinciales '? Et n'est-il pas aisé de s'expliquer, en partie, l'indignation que les Petites Lettres déverseront à pleins bords, si l'on songe aux rancunes qu'avaient pu accumuler dans l'âme du jeune Biaise et les procédés du P. Noël et ceux des Jésuites de Montferrand ^ Évidemment, lorsque commença leur lutte contre la Compagnie de Jésus, Arnauld et ses amis devaient trouver en Pascal un auxiliaire tout disposé à les seconder. Cependant, des récriminations, non plus que des injures, ne prouvent rien. Qui donc avait raison du P. Noël ' qui défendait la théorie Carté-

1. M. Sainte-Beuve a vu lui-même dans ce passage une sorte de prophétie des Provinciales. (Histoire de Port- Royal, t. II, p. 468.)

2. Si Pascal n'a pas été heureux avec les Jésuites, les Jésuites non plus n'ont pas été heureux avec Pascal. Ainsi lisez les pages ironiques et véhémentes que Pascal a écrites sur le P. Lallouère, Jésuite de Toulouse, à propor* de la Roulette. On croit lire les Provinciales. Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. V, p. 163 et suiv. Histoire de la Roulette, appelée autrement Trocfioïde, ou Cycloïde. — Suite de l'Histoire de la Roulette, « où l'on voit le procédé d'une personne, qui avait voulu s'attribuer l'invention des problèmes proposés sur ce sujet. »

3. Sur le P. Noël, voyez Baillet, Ouvr. cit., 2° partie, p. 28.5. " Le P. Noël, Lorrain de naissance, survéquit plus de neuf ans à Descartes. Ils s'étaient apparemment connus à la Flèche, oii le P. Noël avait régenté, avant que d'y être recteur. >>

sienne du plein, ou de Pascal qui soutenait le vide. A y réfléchir, on en conviendra : les arguments sur lesquels se fonde Pascal pour affirmer le vide ne présentent pas une grande force. Car tous ces arguments reviennent à dire qu'un espace est véritablement vide, tant qu''il est destitué de toutes les matières qui tombent sous nos sens et dont nous avons connaissance. Mais quoi! s'il y a des corps qui tombent sous les sens et dont les propriétés sont organoleptiques, n'y a-t-il pas des corps qui ne tombent point sous les sens et dont les propriétés sont inorganoleptiques? « Je considère, remarquait très bien Descartes, plusieurs parties en chaque corps, qui sont si petites qu'elle ne peuvent être senties, et je sais bien que cela ne sera pas approuvé par ceux qui prennent leurs sens pour la nature des choses qui se peuvent connaître. Mais, c'est, ce me semble, faire grand tort au raisonnement humain, que de ne pas vouloir qu'il aille plus loin que les yeux; il n'y a personne qui puisse douter qu'il n'y ait des corps qui sont si petits, qu'il ne peuvent être aperçus par aucun de nos sens '. » Qu'eût pu répondre Pascal à de semblables paroles? Pascal du moins pouvait-il judicieusement prétendre « que nous trouvons plus de sujet de nier l'existence d'une matière (qui ne tombe pas sous nos sens), parce qu'on ne peut pas

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