‹ Pascal, physicien et philosophe. Par NourrisonChapitre 99 sur 102 · Paris, 1842, in · texte numérisé non relu

Paris, 1842, in

2. Citons pourtant encore M. Franlin, Pensées de Biaise l'fiscal. rétablies sur le plan de l'auteur, d'après les textes "liginaux accompagnés des additions et des variantes de Port- H'jyal, Paris, 1833, in-i2; Tabbé Rocher, Pensées de Pascal -nr la religion, publiées d'après le texte authentique et le /i/an de l'auteur, avec des notes jjhilosophiques et théolo- '/i'jues, Tours, 1873, in-8: et présentement, la dernière en ilate, mais non pas une des moins bonnes éditions des Pensées, 1 elle de M. Auguste .Molinier.

:]. 11 ne faudrait cependant point trop médire de l'édition 'le Port-Royal, ni surtout la tenir pour nulle et non avenue. Non seulement en elTet elle est comme une base ou peut servir de point de repère, mais elle a des mérites qui lui sont propres. M. Ferdinand Brunetière Ta fort judicieusement observé : » Si Nicole, Arnauld, le duc de Roannez et M. de Brienne, écrit-il, prirent jadis, en travaillant à la première édition des Pensées, d'étranges libertés avec le texte authentique, je ne répondrais pas que nous ne prissions, nous, des libertés bien autrement étranges encore avec Tesprit de l'Apologie de Pascal, en faisant, comme nous le faisons dans nos éditions prétendues savantes, voyager d'une page et d'un chapitre à l'autre ces immortels fragments. Je penche mèm.e à croire que, si Pascal revenait parmi nous, il se reconnaîtrait plutôt encore dans l'édition de Port-Royal que dans celle même de Faugère, et qu'il

Or, parmi les problèmes qu'a suscités cette révision, il en est un, qne ni M. Faugère, ni M. Havet, ni M. Louandre n'ont résolu , après se l'être posé.

On lit dans les Pensées : « La manière d'écrire d'Epictète, de Montaigne et de Salomon de Tultie est la plus d'usage, qui s'insinue le mieux, qui demeure plus dans la mémoire, et qui se fait le plus citer, parce qu'elle est toute composée de pensées nées sur les entretiens ordinaires de la vie, comme quand on parlera de la commune erreur qui est parmi le mondt^, que la lune est cause de tout, on ne manquera jamais de dire que Salomon de Tultie dit que, lorsqu'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune, etc., qui est la pensée ci-dessus ^ » Et Pascal renvoie à une pensée exprimée plus haut : « Lorsqu'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des hommes, comme, par exemple, la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. Car la maladie principale de l'homme est la curiosité inquiète des choses qu'il ne peut savoir, et il ne lui est pas si mauvais

serait, après tout, plus content du duc de Roannez que de .M. Molinier. » Études critiques xur l'histoire de la Littérature française, Paris, 1880, p. 92 et suiv.

1. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, t. II, p. 118.

d'être dans Terreur, que dans cette curiosité inutile ^ »

Quel peut donc être ce Salomon de Tultie, dont parle Pascal?

« Les éditeurs, écrit M. Louandre ^, ont cherché quel pouvait être ce Salomon de Tultie, mais sans le trouver, ce qui se comprend, Salomon de Tultie n'ayant jamais existé ; c'est évidemment un pseudonyme. »

« Nos recherches et celles de plusieurs érudits, remarque M. Faugère ^, n'ayant pu nous procurer aucune notion sur Salomon de Tultie, nous supposons que Mme Perler, de la main de laquelle ce passage se trouve écrit dans le manuscrit, aura altéré le nom de l'écrivain cité par Pascal. »

« Ce nom, observe M. Havet *, est tracé très distinctement et à deux fois ; mais en supposant que Mme Perier se soit trompée, quel autre nom faudra-t-il mettre à la place? On n'en trouve aucun dans l'histoire littéraire qui convienne ici. Comment Pascal, qui semble avoir si peu lu, citait-il un écrivain que personne ne connaît, et qu'il nomme à

1. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. .Molinier, t. II, p. 147.

2. Pensées de Pascal, édit. Variorum, Paris, 1866, grand in-8, p. 209 en note.

3. Pensées, fragments et lettres de B. Pascal, Paris, 1844, 2 V. iQ-8, t. I, p. 2o2, en note.

4. Pensées de Pascal, publiées dans leur texte authentique avec un commentaire suivi et une étude littéraire, 4832, in-8, p. 108, en noie.

côté dÉpictète et de Montaigne? On serait tenté de croire que Salomon de Tultie n'est qu'un pseudonyme, un ami de Pascal, par exemple, qui lui avait soumis quelque recueil de pensées, où Pascal avait remarqué celle qu'il cite. Ou qui sait si ce n'est pas lui-même que Pascal désigne ainsi? »

Seul, M. Havet avait touché juste. Il se trouve en effet, c'est lui qui nous l'apprend dans une seconde édition de son livre ', il se trouve qu'à la lumière de la conjecture qu'il avait émise, M. Frédéric Chavannes, pasteur à Amsterdam, écrivant sur Pascal dans la Revue de théologie et de philosophie chrétienne (avril 1854), a constaté que sous le nom de Salomon de Tultie, c'est lui-même que Pascal désigne par une anagramme. C'est cette même anagramme, sinon complètement ignorée jusqu'ici, du moins restée longtemps inintelligible aux commentateurs les plus pénétrants, on dirait bien aux curieux de Pascal, qu'a su, de son cAté, déchiffrer M. Léon Bénard, qui semble, malgré tout, n'avoir connu ni la dissertation de M. Chavannes, ni la note de M. Havet, où cette dissertation est mentionnée. Il convient de plus d'observer qu'il a du moins le mérite de justifier par les meilleures raisons ce déchiffrement.

1. Pensées de Pascal, puhlices dans leur te.rte authentique, avec une introduction, des notes et des remarques. Seconde édition du commentaire revue et entièrement transformée, Paris, 1866, 2 v. in-8, t. I, p. 101, en note.

Ainsi et tout d'abord, comment imaginer un seul instant que Salomon de Tultie ne soit pas simplement un pseudonyme, alors que personne, ni avant Pascal, ni du temps de Pascal, si ce n'est Pascal, n'a jamais cité un auteur sous une telle appellation? Quoi! Salomon de Tultie serait un écrivain assez considérable pour que Pascal, qui était certainement bon juge, l'eût placé en compagnie d'Épictète et de Montaigne, et le xviie siècle tout entier n'aurait pas même soupçonné l'existence d'un moraliste de cette importance! Faudrait-il donc admirer en cela l'érudition singulière de Pascal? Mais nous savons, au contraire, et Nicole, son panégyriste, tourne môme ce fait à sa louange, qu'en somme Pascal avait peu de lecture. « Ce qui faisait proprement le mérite de ce rare génie, observait-il dans son Eloge de Pascal, ce n'était pas une vaste érudition qui est le fruit d'un travail long et pénible. C'est là le partage des savants ordinaires, mais ce ne fut pas celui de M. Pascal qui était né plutôt pour inventer les sciences que pour les apprendre, puisqu'il tirait du riche fonds de son esprit ce que les autres sont obligés d'aller puiser dans les monuments des anciens *. » Et Pascal, qui a tellement emprunté à Montaigne que dans Mon-

1. Extrait du Recueil de Pièces pour servir à l'histoire de Port-Royal; Utrecht, 1740, in-12. Cet éloge avait été d'abord rédigé en latin par Nicole, Elogium D, Blasii Pascalii.

taigne à chaque instant on retrouve Pascal et qu'il semble même à Nodier, par exemple, que l'auteur des Pensées ne soit qu'un plagiaire de l'auteur des Essais *, Pascal lui-même revendiquant, à l'encontre

i. Questions de littérature lé(jale. Du plagiat, de la supposition d'auteurs, des supercheries qui ont rapport aux livres, par Charles Nodier, 2" édit., Paris, 1838, in-8. « Montaigne, écrit Nodier (p. 2), a commis beaucoup de plagiats sur Sénèque et Plutarque, mais il s'en accuse à tout moment, et déclare qu'il est bien aise que les critiques donnent à Sénè-

que des nazardes sur sou nez Charron, de son côté,

remarque-t-il (p. 411), ne fait pas difficulté de copier textuellement les passages les plus magnifiques de Montaigne et à l'aventure ceux que Montaigne copie de Sénècjue ou de tel autre... Lamothe-le-Vayer, La Bruyère, Saint-Evremond, Fontenelle, Bavle et Voltaire ne sont guère plus délicats. » Et Nodier ajoute ensuite, à l'adresse de Pascal, ces dures paroles, que Pascal semble avoir à l'avance réfutées, bien qu'elTectivement à lire les Essais, on y retrouve, comme à chaque instant, les Pensées : « Aucun d'eux pourtant n'approche de Pascal dans l'audace du larcin. Je n'en ai recueilli que sept à huit exemples, presque tous pris d'un même chapitre, mais quiconque lira les Essais et les Pensées avec une attention scrupuleuse, en trouvera une foule que je n'ai eu ni le loisir ni la faculté de rassembler. 11 serait naturel de conjecturer d'abord à quiconque vénère comme moi la réputation de Pascal, et ne peut cependant fermer les yeux sur celle singulière ([uanlilé de traits ingénieux, touchants ou sublimes, qu'il n"a fait qu'extraire des philosophes et des Pères de l'Église, de Montaigne ou de Charron, et dont presque tout le livre des Pensées se compose; il serait, disje, naturel de conjecturer que ce livre ne fut réellement qu'un recueil de notes informes, dont les unes devaient être employées comme autorité, et dont les autres devaient subir une réfutation complète. On est même d'autant plus porté à le croire, au premier aspect, que l'histoire l)ibliographique ne nous donne guère ce livre pour autre chose, puisqu'elle constate qu'il fut fait de papiers rapportés, et sans autre ordre que celui qu'il plut aux éditeurs d'y introduire.

de l'auteur des Bssais, son originalité propre, écrivait plus fièrement peut-être que justement : « Ce n"est pas dans Montaigne, mais dans moi, que je trouve tout ce que j'y vois. Qu'on ne dise pas que

Les raisonnements presque invincibles que Pascal y fait valoir pour rincrédulité en seraient un autre témoignage, luquel je ne pourrais me refuser d'accorder un plein crédit, si je ne voyais que les premiers écrivains de la nation se sont réunis, depuis le temps de Pascal jusqu'au notre, à considérer les Pensées comme le principal titre de sa gloire. En effet, si vous ôtez à Pascal les remarques admirables et profondes dont ce livre est formé, il lui restera encore la réputation d'un des plus grands géomètres de son siècle, celle du dialecticien le plus habile, du raisonneur le plus pressant, de l'écrivain le plus ingénieusement plaisant, le plus brillant et le plus pur qui eût paru en France jusqu'à lui ; mais je chercherai inutilement dans ce qui lui restera de son ouvrage posthume, ce prodigieux génie qui devait jeter tant de lumières sur la religion, que si Dieu l'a retiré du monde, à en croire un célèbre auteur de notre temps, c'était afin que tous les mystères n'en fussent pas éclaircis. Parmi les Pensées, il y en a quelques-unes qui appartiennent en propre à Pascal, et on les reconnaît à je ne sais quel tour d'une mélancolie, non pas philosophique ni chrétienne, mais superstitieuse, morose et comme illuminée, qui trahit l'état où le plongeait sa maladie. L'allure de celte tristesse rêveuse et désespérée n'a rien de bien difficile à saisir, et je lis des écrivains à la mode qui n'y réussissent pas moins bien que Pascal, mais ces élans d'une âme forte, ces traits grands et inattendus dont on a dit qu'ils tenaient plus du Dieu que de l'homme, il faut convenir que c'est Timée de Locres, saint Augustin, Charron, et spécialement Montaigne, qui les ont fournis. Conciura-t-on de là que certains enthousiastes n'ont pas lu Montaigne, ou qu'ils se font un plaisir de sacrifier la gloire d'un sceptique à celle d'un Janséniste"?

« Toutes réflexions faites, je me crois obligé de reconnaître que le plagiat de Pascal est le plus évident peut-être et le plus manifestement intentionnel dont les fastes de la littérature offrent l'exemple. D'abord c'est un livre de Pensées

je n'ai rien dit de nouveau ; la disposition des matières est nouvelle; quand on joue à la paume, c''est une même balle dont joue l'un et l'autre, mais l'un la place mieux. J'aimerais autant qu'on

jetées au hasard, comme le dit Pascal lui-même, et sans aucune espèce d'ordre; de manière que le mérite de l'ordre et de la conception générale eu étaut soustrait, on n'y peut chercher que l'essence de chaque pensée prise en particulier, et le tour qui la fait valoir. Chaque pensée qui se retrouve ailleurs dans l'essence et dans le tour est donc un plagiat très condamnable. Secondement, Je le trouve aggravé parla précaution qu'y prend l'écrivain d'y modifier quelque chose, soit dans î'anticiuité de l'expression, soit dans la hardiesse, soit dans le rapport des membres de la phrase entre eux, un peu moins, ce semble, pour rendre l'idée plus claire et plus propre à son sujet que pour l'approprier à son style, et l'encadrer sans disparate dans la contexture de ses écrits. Enfin, après avoir fait ces observations dans le détail, ne se trouve-t-on pas aigri du ton tranchant et superbement dédaigneux dont Pascal se sert à l'égard de Montaigne, comme si, non content de s'enrichir de ses écrits, il voulait les perdre de considération dans l'estime des hommes, pour hériter seul de leur gloire? Je le répète : Pascal a plus qu'il ne faut de sa réputation littéraire pour balancer toutes les réputations anciennes et modernes; mais la raison voudrait peut-être qu'on s'en tînt là, et qu'on ne s'obstinât pas aie compter parmi les plus solides appuis de la religion et de la morale, à moins qu'on n'y comprit aussi Aphthone, Publius Syrus, Erasme et tel autre compilateur d'apophtegmes, qui n'ont été que les rhapsodes de la philosophie et de la sagesse antiques. » (juelque excessives ou amères que soient, à certains égards, ces paroles de Nodier, elles n'en restent pas moins, en partie, fort justifiées. Car si Pascal « a mieux placé la balle », il faut convenir que très souvent c'est Montaigne qui l'a fournie. Nous avons eu parfois la fantaisie, et peut-être y cèderons-nous un jour, de reconstituer en quelque sorte avec Montaigne, et toutes différences gardées, Pascal philosophe.

me dît que je me suis servi des mots anciens. Et comme si les mêmes pensées ne formaient pas un autre corps par une disposition différente de discours, aussi bien que les mêmes mots forment d'autres pensées par leur différente disposition ' ! » Cependant, s'il reste avéré que Salomon de Tultie ne peut être qu'un pseudonyme, quel est l'auteur dont la personnalité s'abrite sous ce nom supposé? Serait-ce un des amis de Pascal? L'entourage de Pascal ne nous est pas inconnu. C'est au milieu des amis d'Etienne Pascal, son père, que s'est écoulée sa jeunesse ; c'est surtout dans le monde de Port- Royal que s'est passé son âge mùr. Or, qui entendit jamais prononcer à Port-Royal, où il y eut pourtant beaucoup d'auteurs pseudonymes, le nom de Salomon de Tultie? Ou bien encore, quelle apparence qu'il se soit rencontré un Salomon de Tultie parmi les hommes diversement célèbres, avec lesquels Etienne Pascal avait pu mettre son fils en rapport, un Descartes, un Roberval, un Fermât, un Méziriac, un Des Argues, un Le Pailleur, un Carcavi, et que ce Salomon de Tultie eût choisi le jeune Pascal pour dépositaire ou confident d'un écrit pseudonyme et dont il n'aurait subsisté d'autre trace qu'une phrase isolée? Ou enfin, serait-ce un Miton, un Méré?

1. Les Pejisées de Blaire Pascal, édil. Moliuier, t. I, p. 2i2 et siiiv.

Aussi bien, toute argumentation devient superQue et on arrive à la pleine lumière, dès que l'on s'avise de rapprocher du pseudonyme de Louis de Montalte, sous lequel Pascal finit par publier les Provinciales (les premières parurent avec de simples initiales), le pseudonyme de Salomon de Tultie. On s'assure en effet que ce dernier pseudonyme renferme le même nombre de lettres et les mêmes lettres que le premier.

Louis de Montai l e 3. 4. 11. 14. 1. 8. 9. 5. 6. 7. 10. 2. 12. 13. 15.

Salomon de Tu 1 t i e 1.2.3.4.5.6.7. 8.9. 10.11.12.13.14.15.

De toute évidence, l'un de ces deux pseudonymes est l'anagramme de l'autre. Dira-t-on que c'est peut-être Louis de Montalte qui a été calqué sur Salomon de Tultie? Mais, à ce compte, il faudrait intervertir l'ordre des temps, et admettre, contre toute certitude, que la date des Provinciales est postérieure à celle où Pascal entreprit d'élever, en l'honneur de la religion chrétienne, un monument dont il put à peine préparer les matériaux. M. Bénard l'a établi d'une manière péremptoire : le pseudonyme de Salomon de Tultie est l'anagramme de Louis de Montalte, et ce nouveau pseudonyme, comme le premier, ne peut s'appliquer qu'à Pascal. Car, encore un coup, quel serait l'auteur que Pascal

aurait voulu désigner de la sorte, et par quelle nécessité, ou plutôt par quel étrange caprice lui aurait-il imposé l'anagramme de son propre pseudonyme? Il y a plus : cette pensée que Pascal attribue à Salomon de Tultie, il a commencé par l'énoncer pour ainsi dire, en son propre nom, et, prise en elle-même, cette pensée n'offre rien qui démente une pareille origine. D'ailleurs, remarquons-le : dans les Pensées, Pascal s'était déjà cité une première fois et sous un premier pseudonyme. « Montalte. Les opinions relâchées plaisent tant aux hommes, qu'il est étrange que les leurs (celles des Jésuites) déplaisent, etc. » Comment s'étonner, après cela, que, dans les Pensées, Pascal se soit cité une fois de plus, sous un nouveau pseudonyme, anagramme du premier? Et alors même qu'il eût toute raison de se persuader que la postérité le mettrait de pair avec Épictète et Montaigne, n'y avait-il pas quelque bienséance à ne point inscrire de sa main et en toutes lettres, à côté de noms aussi illustres, son véritable nom? Evidemment, de Louis de Montalte Pascal a tiré par anagramme Salomon de Tultie, comme de Louis de Montalte il avait déjà tiré par anagramme, le pseudonyme d'Amos Dettonville S dont il convint avec Carcavi, à l'occasion

1. Dans Amos Dettonville, Vu de Louis de Montalte devient un v.

du concours qu'il ouvrit sur les problèmes de la Roulette.

D'un autre côté, M. Bénard l'a fort bien démêlé. Tous ces pseudonymes, Amos Dettonville, Salomon de Tultie, Louis de Montalte, ont pour racine un premier nom fictif, que crut devoir prendre Pascal, lorsqu'à la veille de publier les Provinciales^ il se réfugia dans une petite auberge de la rue des Poirées, à l'enseigne du Roi Damd, derrière la Sorbonne, vis-à-vis le collège de Clermont, c'est-à-dire vis-à-vis l'établissement même des Jésuites \ qu'il allait harceler de ses clandestines attaques. On sait effectivement qu'en entrant dans cet obscur asile, il s'y fit appeler M, de Mons.

« M. de Mons, encore Montalte ! » s'écrie M. Sainte- Beuve *, et le récent historien de Port-Royal paraît croire, mais sans chercher à justifier son affirmation, que c'est là un premier pseudonyme de fantaisie, d'où, par addition ou anagramme, Pascal a dérivé tous ses autres noms supposés.

M. Bénard a insisté davantage. Tout on voyant, comme M. Sainte-Beuve, dans cette dénomination de M. de Mons un pseudonyme, il a essayé de s'en rendre compte. « N'était-ce pas, dit-il, chez Pascal

1. Plus tard le Collège, aujourd'hui le Lycée Louis-le- Grand. Quant à la rue des Poirées, elle a pris et porte actuellement le nom de rue des Cordiers.

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