ARTICLE I
DE liA PROSE FHA.^ÇAIi^E AVAIVT PAfSCAIi.
Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois.
Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau.
Notre dessein n'est pas de faire ici une histoire complète de la prose française, pas même une revue rapide des révolutions et des progrès qui en ont marqué les principales époques. Nous ne remonterons pas, par conséquent , à l'origine de notre langue pour descendre les siècles avec elle jusqu'à ce qu'elle arrive aux pieds de Pascal. Laissons donc de côté Yillehardouin et son style ferme et concis, Joinville et ses grâces naïves, Froissard l'admirable peintre, le plus aimable des conteurs, Comines déjà si intelligent et si grave. Passons, sans nous arrêter, devant nos premiers essais d'éloquence et arrivons au seizième siècle où nous devons nous établir. Ici encore nous choisirons. Nous n'irons pas, par exemple, parler de Rabelais à propos de Pascal. Sa grande ombre se soulèverait contre nous, si nous mêlions
à l'étude de son génie si pur des souvenirs obscènes. Bon peut-être si nous traitions de La Fontaine : nous ne pourrions guère nous dispenser de traverser Rabelais pour arriver jusqu'à lui. Mais Pascal ne relève en rien de l'auteur de Pantagruel.
C'est assez dire que nous allons nous borner à étudier rapidement les écrivains qui ont pu exercer sur lui une influence sérieuse , ou en contribuant à la formation de la langue du dix-septième siècle, ou eu lui fournissant, par voie d'imitation et d'emprunt, quelques éléments de sa langue personnelle.