SI JE L'ETAIS
Enfant, pourquoi penser qu'une muse discrète Daigne écouter l'appel éploré de ma voix ; Non, crois-le bien, enfant, ce n'est pas le poète Qui, pour mieux te parler, ose chanter parfois.
Que de fois mon orgueil humilié n'accuse Ce dieu qu'à ton seul nom j'invoquai bien en vain ! Or, si j'étais poète et que j'avais ma muse, Lise, se pourrait-il qu'à ton nom il ne vînt !
Non ! dans mon fier essor ; non ! dans mon beau délire
De poète inspiré vers qui la muse accourt,
Il ne me faudrait rien que le furtif sourire
Rayant ta bouche, ainsi qu'un doux éclair d'amour ;
ftien que ce lent regard qui brûle en ta prunelle Et qui me fait songer, quand je le vois qui luit, Que l'amour vit ma Lise et fit passer en elle Les rayons d'un soleil qui ne brille qu'en lui !
si je l'étais 17
Oui, si j'étais doté de ce don du poète Qui, seul, peut, à son rêve, asservir le réel. Ton nom, qu'au fond du cœur je crie et je répète, Je m'en irais, alors, le clamant sous le ciel :
Et les flots de la mer, — jusqu'aux dernières gouttes ! — Et les arbres des bois, en leur moindres frissons, Et la nature, avec toutes ses voix, — oui, toutes! — - S'en iraient la clamant dans toutes leurs chansons !
Les brises s'en feraient comme une cantilène Et s'en iraient aux fleurs pour le leur répéter; Et chaque fleur, vers toi, dans toute son haleine, Exhalerait son âme et sa virginité !
Et, dans les cœurs, remplis des splendeurs de mon rêve, Dans les esprits, troublé» de l'accent de mon cri, Par moi, Poète allant et le clamant sans trêve, Pour éternellement ton nom serait écrit !
Et lorsque je n'aurais plus rien à mon usage Où le graver toujours pour qu'il soit immortel, Je verrais jusqu'au ciel s'effacer le nuage Et flamboyer ton nom aux profondeurs du ciel !