POST MORTEM. . . SEMPER
Pense que je suis là, qu'à travers la lumière Du grand astre égoïste absorbant tout le ciel, Je te regarde encore, attendant ta prière Pour la porter, moi-même, au pied de l'Éternel,
Et si tù vois qu'il pleut, dis que peut-être on pleure, Et sois certaine aussi que ce n'est pas en vain : Des souvenirs saignants dont le vol lourd effleure, Quelque vieux rêve éteint qui se rallume enfin 1
Oui, que de rêves morts, de souvenirs étranges Font souffrir, en effet, les élus du bon Dieu! Alors, pleurs de grands saints, larmes de petits anges, Tout, se confondant, tombe, et nous vient peu à peu...
Et tu verras parfois que la petite étoile N'est point venue à l'heure où le soir vient, pourtant; Où la nuit fait tomber des longs plis de son voile Les étoiles, fleurs d'or, dans le ciel éclatant ;
Dis alors que je dors, que peut-être je rêve; Et, pour ne pas troubler le bien-aimé qui dort, Dors, toi, jusqu'à l'heure où, dans l'aube qui se lève, Je viendrai te sourire, en un beau rayon d'or !
Puis, un jour, tu verras l'étoile solitaire
Se détacher, sans bruit, du sein du firmament,
Et descendre, et descendre, et, jusque sur la terre,
Jusqu'à tes pieds, enfant, s'éteindre lentement;
Alors, oh ! ce sera la grande délivrance !
Eternisant l'amour, en dépit de la mort, J'aurai réalisé ma suprême espérance, En venant te chercher, pour nous aimer encor !
Vite, essore avec moi! vite, arrache à ton être Tous les liens mortels qui le rendraient trop lourd, Et monte, heureuse, enfin, de franchir, de connaître L'autre sphère, où l'amour est vraiment de l'amour.