JALOUSIE
Non dans la passion implacable qui n'est
Que la rage du fauve — et que pourtant connaît,
Cruellement hélas ! tel à qui la nature
Crut devoir infliger cette étrange torture; —
Mais en ce sentiment mystérieux, discret,
Qui fait qu'on s'ingénie à vouloir un secret
Où nul secret n'existe; à voir glisser une ombre
Où ne passe personne ; à sentir tout un nombre
De petits dards aigus qui lancinent partout,
Sans qu'on en trouve un seul en cherchant n'importe où ;
Qui fait qu'à tous propos, on hésite, on frissonne,
Voulant rompre avec tout, sans rompre avec personne;
Et qu'on sent, cependant, que ce frisson divin,
Que cette fièvre, on l'aime, on l'alimente enfin.
Et cela, jusqu'à l'heure où, d'un mot, d'un sourire,
D'un rien, naît le rayon qu'on ne saurait décrire,
Et qui fait que tous deux, comme pris de remords,
Raniment en pleurant l'essaim des rêves morts,
Se demandant pardon, ne sachant pas eux-mêmes
De quoi, puis se disant: « Jure-moi que tu m'aimes?»