‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 83 sur 93 · CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE

N'était-ce pas fatal que la chose fût telle?

Elle avait accepté l'heure du rendez vous ;

— A cinq heures, lui dis- je. — A cinq heures, dit-elle ; Et l'on s'était quittés, joyeux comme deux fous.

Après la nuit trop longue, à peine encor passée, Le lendemain, dès l'aube, à la pointe du jour, Gais, l'on se revoyait, promenant la pensée Du doute des* serments aux serments de l'amour :

— Tu ne m'aimes pas ? — Viens ! — J'ai peur ! — Petite sotte! (Et de rire tous deux !) — Depuis quand tu m'attends?

— Et que t'importe quand ? — Touche, mon cœur tressaute !

— Fi, caponne I — Ah ! vilain !... Et nous étions contents !

Nous étions si contents, que, de plus en plus tendre, L'écho de nos deux voix vers le clair firmament Montait, et que le ciel se peuchait, pour entendre Le beau duo d'amour modulé si gaiment.

Donc elle accepte tout: donc la victime est prête Le bois, le feu sont là;... mais Dieu, lui, ne veut pas, Car voilà que soudain un ange crie : Arrête ! Dès que vers le buisson nous dirigeons nos pas.

Ainsi tu l'as voulu, doux ange, — ô Conscience ! Mais, du moins, entends-ia qui me honnit depuis, Accusant mon passé de mon insouciance Disant que je veux tout et que rien... je ne puis!...

Pourtant je suis heureux que la chose fût telle ! Nous aurions trop souffert d'avoir été trop fous. Elle, lasse de moi ; moi, longtemps lassé d'elle, Que serait-il resté de notre rendez-vous?...

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