A. A. ETHIER
.... L,e matin, au crépuscule, " lorsque, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour," entendez-vous, dans le campanile ajouré, un chuchotement de notes? C'est le bronze qui se réveille ! L,es sons se détachent un à un d'abord, comme martelés par le lourd battant; puis ils s'envolent en troupes joyeuses, et vont trembler sur les feuilles, se poser sur les toits qu'ils ébranlent. lueurs légions matinales pénètrent dans les demeures pour inviter l'âme chrétienne à la reconnaissance et à l'amour.
Ad te de luce vigilo. Quand paraissent les teintes rosées du levant, la cloche soupire, et entonne, avant toute créature, un hymne à l' Eternel. C'est un écho du ciel qui retentit. Comme elle murmure suavement, à l'oreille et au cœur, l'Ave Maria de l'ange ! Comme elle nous remet vite sous les yeux la scène qui inaugura l'œuvre rédemptrice ! Ses vibrations vont jusqu'au plus intime de l'âme. N'est-ce pas qu'elles ont quelque chose de la fraîcheur virginale du matin, de la douceur neuve de l'aurore ? Oh ! qu'elle est douce, la mélodie de l'angélus, dans les brumes du réveil ....
I^e midi encore, la cloche nous arrache à l'œuvre quotidienne et nous permet de respirer en regardant le ciel. Ses notes qui tombent, jettent dans notre vie la pensée de l'éternité. Nous sommes si vite repris par les choses de la
terre ! Il faut qu'une voix vienne souvent remettre en nos âmes le souci de l'au-delà. Et la cloche est cette voix. Nos cœurs s'envolent vers Dieu avec ses sons. Elle nous renouvelle, sur l'âpre chemin de la vie, l'affirmation des divines espérances. Elle marque la halte du milieu du jour et retrempe nos courages chrétiens pour le travail qui va suivre. L,e laboureur entend venir sur la plaine ses harmonies, et se découvre comme pour saluer le messager d'en haut. L,es ondulations sonores rafraîchissent la nature ardente ....
L,e soir, enfin, — oh ! qui dira le charme berceur de l'angélus du soir? — Quelle heure délicieuse! Ave Maria sur la terre et les flots ! Du clocher que dorent les rayons mourants, s'épand une rumeur confuse. Il y a, dans les vibrations de la cloche, un peu du calme infini des choses. Pour nous convier à la dernière prière, son âme de bronze a des sonorités de rêve. Dans l'espace tranquille, apaisé, ses notes se prolongent, et ce prolongement ajoute à leur primitive poésie. I^a mélodie est souveraine et trouve plus vite le chemin des cœurs. Au milieu du silence qui suit la fin du jour, rien pour l'atténuer ni pour la faire oublier peut-être. L,es montagnes, les vallées qui s'endorment en répètent les échos. I^es nuages, là-bas, l'accueillent dans leur robe de pourpre. " J'aime les carillons dans les cités antiques." J'aime surtout l'humble cloche du hameau tintant l'angélus du soir ! . . . .