POURQUOI NOTRE SEIGNEUR EST-IL MORT EN CROIX
TVJOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST est mort sur A ^ la croix.
Le grand œuvre de notre rédemption a été accompli et consommé par le moyen de cette vile chose, — une croix, une croix de bois, que les bourreaux avaient taillée dans un cèdre quelconque de la montagne, et qu'ils avaient mise sur les épaules de l' Homme-Dieu, en attendant de l'y clouer lui-même.
I*a croix, voilà donc l'autel où le Verbe fait chair a réalisé le sacrifice suprême, et où il a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang pour nous donner la vie.
Tel est le fait attesté par l'Evangile, confirmé par la tradition, inséré au symbole de notre foi.
Or, pourquoi Notre Seigneur a-t-il voulu mourir ainsi, — a-t-il choisi la croix comme instrument principal de son supplice ?
lorsque Dieu décrétait, de toute éternité, la passion de son Fils pour le salut du monde, pourquoi donc ordonnaitil qu'elle aurait lieu par le moyen de la croix, c'est-à-dire par l'instrument de torture le plus douloureux comme le plus ignominieux ?
Puisqu'il n'est pas permis de supposer que le hasard ou le caprice entre, pour si peu que ce soit, dans le plan divin, alors, pour quelles raisons le Verbe fait chair a-t-il préféré, à tous les autres, l'épouvantable martyre du crucifiement ?
Voilà la question à laquelle je voudrais essayer de répondre brièvement.
I,a Théologie scrute les profondeurs de Dieu, pour tâcher de découvrir les raisons admirables de ses actes, dans le temps ou dans l'éternité.
Prenons-la donc pour guide, et demandons-lui, — comme le poète faisait à sa divine Béatrice, — de nous révéler quelque chose du mystère qui nous occupe.
Et d'abord, Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu souffrir et mourir sur une croix, pour nous donner à tous un sublime exemple de courage devant la mort.
L,a mort est le châtiment infligé par la faute primitive. Vous connaissez l'effroyable sentence prononcée par Dieu :
morte morierzs, tu mourras. Et, comme nous avons tous péché dans notre premier père, nous encourons tous aussi la peine qu'il a subie lui-même. Nul n'y échappe. Nous sommes des condamnés.
Pourtant, d'ordinaire, c'est moins la mort que l'on craint, que le coitège d'humiliations et de douleurs qui la précède. En effet, pour l'âme chrétienne, la mort est vraiment une délivrance ; — elle met un terme à cet inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine ; — elle la tire du val des pleurs et la fait naître à un bonheur qui dure.
Mais hélas ! les biens que la mort procure, par quelles douleurs, par quelles angoisses faut-il les acheter souvent ?
Est-il rien de plus pénible que de voir nos plus nobles facultés dépérir? — rien de plus humiliant que de voir le corps refuser d obéir à l'élan, à l'impulsion de l'âme, — la chair, instrument de l'esprit, devenir peu à peu, et pour des années peut-être, incapable de le servir ?
Or, l'exemple de l'Homme-Dieu, marchant à la mort par le plus ignominieux et le plus terrible des supplices, est bien propre à retremper notre courage, à raffermir notre patience.
Quel est le chrétien, qui, en face du Crucifix, en face du Verbe fait chair expirant sur un misérable bois, ne se sent prêt à affronter tous les tourments, physiques ou moraux, par lesquels il pourra plaire à la Providence divine de l'éprouver, avant l'heure dernière ? Pourrons-nous souffrir jamais, soit dans le corps soit dans l'âme, seulement la milième partie de ce que notre Maître Divin a enduré lui-même ?
Et puis, comme, à travers tous les âges, plusieurs des disciples du Christ seraient appelés à donner leur sang en
témoignage de leur foi, de quel secours le souvenir et l'exemple du Christ en croix ne leur seraient-ils pas dans la lutte et dans le martyre ?
En second lieu, Notre Seigneur Jésus-Christ venait pour réparer la faute du premier homme.
Quelle avait donc été cette faute ?
Vous le savez.
C'est en cueillant le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal qu'il s'était attiré le châtiment divin. Par un commandement exprès, Dieu avait protégé contre toute atteinte les fruits de l'arbre mystérieux, planté au milieu du Paradis.
Iy' homme, pour son malheur, ne sut pas respecter l'ordre d'en Haut.
Or, Jésus, sur l'arbre de la croix, répare le vol antique. Jésus est le fruit, si longtemps et si impatiemment «attendu, que Dieu accepte en échange de celui que le premier homme avait ravi. L,e crucifiement de Jésus est un acte de solennelle restitution, faite à Dieu au nom de l'humanité. Voici que, par son sacrifice, tout rentre dans l'ordre. I/harmonie est rétablie. Dieu est satisfait. Son obéissance jusqu'à la mort détruit l'effet de la désobéissance de notre premier père. Ce que celui-ci avait perdu en mangeant du fruit de l'arbre de la science, Jésus nous le rend sur la croix, arbre de vie.
Jésus sur sa croix, se trouvait suspendu entre ciel et terre. Et ainsi, la présence de son corps auguste dans les hauteurs, a eu pour effet de purifier l'air des esprits im-
mondes qui l'infestaient. Déjà, la terre avait été sanctifiée par l'attouchement de ses pas. Au jour de son baptême, il avait, par sa présence dans le fleuve du Jourdain, consacré aussi les eaux universelles. Il fallait que l'atmosphère qui entoure le globe terrestre ressentit également les bienfaisants effets de sa vertu divine. Et c'est au jour de son crucifiement, alors qu'il était élevé entre ciel et terre, que Jésus lui communiqua quelque chose de sa pureté, et en chassa les puissances ténébreuses qui, in visiblement, l'occupaient.
Enfin, la forme de la croix symbolisait merveilleusement l'universalité de la rédemption qu'il venait accomplir. Jésus est mort pour tous sans exception. Et la croix, par ses quatre extrémités, signifie, en effet, la vertu illimitée du sacrifice du calvaire. I,a terre et le ciel, l'orient et l'occident en bénéficient. Toute âme humaine y a des droits. L,e Christ embrasse tout l'univers dans ses grands bras étendus.
Ah ! vraiment, c'était bien en mourant sur une croix qu'il pouvait le mieux nous donner l'idée de la catholicité, de l'universalité de son œuvre rédemptrice.