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LE POETE D'ASSISE

A Ma Mère

Di questa costa, la dov'ella frange Più sua rattezza, nacque al mondo un sole Dante— Par. c. XI.

OAINT-FRANÇOIS était d'Italie,— cette terre de beauté, ^* cette contrée idéale et pittoresque, où la poésie est une " fleur du sol." Dieu l'avait fait naître dans la partie la plus douce, la plus sereine, la plus ensoleillée de ce pays. Assise, petite ville des collines de l'Ombrie, fut son berceau.

L,e sentiment de la nature se révéla chez lui de bonne heure. Tout jeune, il se plaisait à regarder les horizons variés qui l'entouraient. Iye vent, les blés, les pâturages

où erraient les troupeaux, le clair azur du ciel, les coteaux où se dessinait nettement l'ombre des oliviers, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, la splendeur des aurores, les jeux de lumière sur les paysages, la mélancolie des soirs, la lumineuse sérénité des nuits, — tout cela avait pour lui un charme mystérieux et indéfinissable. Sa vive imagination peuplait la terre et l'espace d'êtres invisibles avec lesquels il conversait amoureusement.

lorsque Dieu l'eut appelé à mener une vie parfaite dans les voies de la pauvreté volontaire, son sens esthétique s'affina, se développa encore.

A mesure que son âme s'épurait, se dégageait de la matière, il obtenait une intelligence plus complète de la création, il en comprenait mieux le langage. L,ibre des soucis terrestres, son esprit entrait en communication plus intime et plus profonde avec la nature. Eu se dépouillant de tout, ce poverello s'était comme rapproché de tous ces êtres inférieurs qu'il aimait à appeler ses frères, et qui, non plus que lui, ne se souciaient du lendemain, comptant uniquement sur la Providence du bon Dieu. Par sa condition matérielle, il était devenu comme l'un d'eux.

Toute chose lui était un symbole, un signe, Il savait voir, dans la création, le resplendissement fini des infinies perfections de son Auteur. 1,'Artiste Incréé a mis dans chacune de ses œuvres quelque trait de sa propre beauté. I,e regard limpide du saint découvrait ce rapport, cette ressemblance lointaine que chaque être offre avec Dieu. La vue, même d'un objet infiniment petit, d'un brin d'herbe, d'un insecte, l'élevait à la contemplation des choses célestes. Pour lui, la nature, anitiiée ou inanimée, était diaphane. Par delà ces réalités que percevait son œil corporel, le divin lui apparaissait. Par l'effet d'un rare

don de poésie, mais surtout à force de sainteté, de perfection morale, il en était venu à pénétrer ces mystères du monde physique, qui ne se dévoilent pleinement qu'à l'âme pure. Il concevait, dans leur vérité, l'ordre et le lien des choses.

Parce qu'il avait l'intelligence de la création, il en ressentait l'amour tendre et passionné. Il n'était pas d'être si infime qu'il ne se crut obligé de protéger, de défendre. Il avait un religieux respect pour ceux auxquels Notre Seigneur Jésus-Christ s'était comparé, pour les vers de terre, surtout pour les agneaux. Oh ! de quelle tendresse son âme débordait pour ces chers petits êtres, si doux, qui lui rappelaient le Sauveur, Agneau du monde ! Comme il les caressait amoureusement ! Sa légende rapporte à cet égard des traits d'un charme infini. Il se souvenait aussi que, dans l'Ecriture, la colombe symbolise l'Esprit- Saint, la tourterelle l'âme fidèle et chaste, et c'était merveille de l'entendre rappeler à ces bêtes les grandes choses que Dieu avait voulu signifier par elles.

Oui, il leur parlait, et il en était compris.

Il en était aimé aussi.

I^a Providence avait donné à son parfait serviteur cet empire, ce souverain domaine sur les choses, dont le prennes homme jouissait dans le paradis terrestre. Et, à ce point de vue, son histoire est unique. D'autres, sans doute, ont participé à la même faveur. Mais aucun n'en a joui au même degré, ni d'une façon si constante.

Une parole résumerait toute notre pensée : Saint François d'Assise fut le plus saint des poètes et le plus poète des saints.

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