‹ Pastels [microforme]Chapitre 11 sur 49 · LAISSEZ-MOI MOURIR · texte numérisé non relu

LAISSEZ-MOI MOURIR

A Jérusalem, un matin du mois d'ader.

Dans le ciel magnifique les reflets d’ teintes de saphir.

or se mêlent aux L'air est plus léger, plus subtil, imprégné de sève, épuré par les pluies dernières. Les vallées, les collines en fleurs exhalent leurs parfums avec chaque brise nouvelle, Là-bas, le Temple saint éblouit dans sa blancheur ensoleillée, Sa merveille éclate aux regards Par ce jour radieux. L’or de ses toits étincelle, I1 Y a, sur le marbre de ses colonnades, comme un velouté, Ses lignes découpent nettement l'horizon. Sa masse s’affine, s’effile dans la lumière, s’enlève dans l'azur.

Vers la porte orientale un vieillard s'achemine. Qui est-i1?—Le large manteau flott:nt ajoute à la majesté de son attitude. Sa physionomie a quelque chose de mystérieux qui attire, qui retient. Elle exprime une intense vie intérieure. Les yeux semblent suivre une vision de rêve. L’effort continu de la pensée, s’il a donné au front son ampleur, y a aussi creusé des rides. Pourtant, ce matin, elle s'épanouit, la méditative figure du vieillard; les traits se détendent ; la Peau, encore fraîche, se colore plus vivement . . . Quiest-il?

Dans la ville, on l’appelle le Juste.

Carne tout ce que ce nom représente Sa vie, un mot la résume : aspiration,

Et vraiment, il inde droiture d'âme.

Son regard tou-

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jours fixe l’aveuir, et cela le console des tristesses de l'heure présente. Israël, en effet, est sous la domination de l'étranger, de l'infidèle, Quelle affiiction pour son cœur de pairiote! Puis, sous couleur de religion, les prêtres oppriment les consciences et réduisent tout le culte à un formalisme extérieur . . . Quelle déception pour son âme qui a soif de vre'e sainteté |

Au milieu de ces misères, cet homme d’un autre âge demeure fidèle à son idéal. I1 vit absorbé par ses rêves messianiques. 11 attend le libérateur promis qui viendra consoler son âme de patriote et de croyant. Les espérances des patriarches et des prophètes des anciens jours, il en est l'héritier ; il concentre leurs aspirations. Mais, Celui que ses Pères saluaïent de leur regard mourant, le Christ des primitives visions, ‘e Christ lointain, lui le verra dans la chair. Dieu lui en a fait la promesse.

- Les temps sont accomplis. Déjà 11 a paru, le salut d'Israël, Il s’est levé dans les hauteurs de l'Orient. Et le vieillard monte au temple à cette heure, poussé par l'Esprit Saint, pour la rencontre avec le Désiré des collines éternelles . . . C'est pourquoi son austère physionomie s’illumine, un sourire l'épanouit. Son cœur bat plus fort sous le coup d'une impression profonde. Les longues attentes vont donc finir |

Sous le portique majestueux, une humble femme s’avance. Elle porte un enfant à demi caché dans les plis de son manteau. Une clarté mystérieuse enveloppe cette inconnue. La figure du petit être rayonne une beauté qui n’est pas de laterre. Divinement averti, Siméon s’en approche, il sollicite la faveur de tenir l'enfant. Aussitôt, ravie en extase, son âme exhale ce sublime chant du départ: Seigneur, laissez-moi mourir, car mes yeux ont vu

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votre salut.—Ses désirs sont comblés, ses aspirations réalisées, ses tristesses consolées. Son âme a fini de flotter entre le doute et l'espoir. Son regard, qui a fixé le Christ, peut se fermer à toute autre vision. Siméon veut descendre dans la tombe avec l’image divine de Jésus au fond des yeux et au fond du cœur. Héritier des rêves antiques, il lui tarde d'annoncer à ses Pères l'accomplissement des Promesses primitives. —‘ une dimittis/ Laissez-moi mourir!”’—joyau lyrique—chant de Cygne qu'un homme à cheveux blancs entonne sur un berceau! Et, tandis que touché par l'esprit prophétique, le vieillard déroule à grands traits l’éternelle mission du Messie, et que, devant

lui, s’ouvrent les infinies perspectives de l’avenir

Le ciel garde ses teintes de saphir, le soleil pleut ses

flèches d'or, et le Temple toujours s’affine, s’effile dans la lumière, s’enlève dans l’azur.

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